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Les Trois cavistes, le Grand vin de Reignac, la cuvée 1901 et Angélus

1 avril 2014 | Par Nicolas Lesaint
Comment vous dire ?
Comment réussir à vous expliquer une fois de plus que la dégustation à l’aveugle, il n’y a que ça de vrai pour réussir à être objectif et à se décharger de tous ses a priori ?
Je dois bien reconnaître que je suis le premier à me faire avoir régulièrement sur cet exercice. Tant mieux parce que cela me ramène à une humilité plus que respectable. Qui n’a pas été influencé par une étiquette, une histoire, une renommée longuement magnifiée par des médias et des films à gros budgets ?
Nous ne sommes que des éponges, nous absorbons et transpirons en permanence nos émotions et celles que notre environnement nous suggère.
Bien évidemment vous aviez déjà pris connaissance de cette dégustation du Grand Jury Européen réalisée en 2009 sur le millésime 2001 au cours de laquelle Reignac avait déjà marqué les esprits.
Bien évidemment celle, toujours du Grand Jury Européen, où avait été réalisé une dégustation comparative à l’aveugle et en connaissance des étiquettes des vins dégustés avait enfoncé le clou montrant qu’une “petite”appellation n’avait aucune chance face à des machines de guerre de communication lorsqu’un panel de dégustateurs professionnels avaient connaissance de ce qu’ils étaient en train de déguster.
Et bien, l’aventure continue.
Hier après midi fut organisée sur Paris, dans la cave “Le lieu du Vin” chez M. Philippe Cuq, une dégustation à l’aveugle en présence de six dégustateurs. Tous cavistes ou amateurs éclairés puisque entre autres parmi eux se trouvaient : Pascal Griaud de la Cave de la Madeleine (Angoulême), Olivier Thibaud de La Treille d’or (Paris), Philippe Cuq de Le Lieu du vin et Arnaud Septime (auteur de La face cachée du vin).
Le but était simple. Savoir se confronter à la problématique suivante : déguster à l’aveugle trois vins bordelais du millésime 2010 ayant des contraintes économiques très différentes mais tous soignant le mieux possible leurs vignes en travaillant sur de petits rendements et en cherchant à mettre leur terroir en valeur pour en tirer le meilleur.
Trois vins avaient alors été sélectionnés :

  • Angélus 2010 :Château Angelus ) Grand Cru Classé A de Saint-Emilion (production 100 000 bouteilles environ).
  • Cuvée 1901 (Château Beauséjour produit par Pierre Bernault) 2010 : Appellation Montagne Saint-Emilion (production 6 000 bouteilles).
  • Grand vin de Reignac 2010 : Appellation Bordeaux Supérieur (production 230 000 bouteilles).
Le tout, évidemment en prenant en compte, au final et après dégustation, la qualité du vin présenté et son prix :
  • Angélus 2010 : 290 à 400 euros la bouteille dans le commerce.
  • Cuvée 1901 : 40 à 50 euros la bouteille.
  • Grand vin de Reignac : 22 euros la bouteille.
Cette dégustation se déroulant à un instant t par un panel choisi pour l’occasion, constitué de personnes professionnelles du vin, en relation directe avec des consommateurs finaux qu’ils côtoient tous les jours. L’exercice était donc intéressant.
Une petite vidéo montrant les commentaires de ces trois cavistes sur les six personnes présentes a été réalisée, la voici.
Au final donc, un classement qui est le suivant (un des membres n’ayant pas su départager deux vins): 
  • Premier : la cuvée 1901 (vin identifié B) avec quatre personnes qui l’ont choisi en premier.
  • Deuxième : le Grand vin de Reignac (vin identifié C) avec deux personnes qui l’ont choisi en premier.
  • Troisième : Angélus (vin identifié A) choisi une seule fois en premier.
Une fois de plus, le plaisir a parlé avant tout mettant en avant que trop souvent c’est le nom inscrit sur le flacon qui détermine le fantasme ressenti lorsque l’on déguste en toute connaissance ce qui nous est présenté. Même si de toute évidence on se trouve face à trois vins d’un très beau niveau qualitatif, fins, élégants et puissants à la fois.

Mais, pensez-vous que les moyens mis en œuvre pour réaliser les deux premières cuvées soient si inférieurs que cela pour qu’ils justifient de tels écarts de prix ? Créer la rareté, monter un fantasme est aussi une belle réussite, mais il ne faut jamais oublier que ce plaisir à déguster de très belles choses existe dans des structures dont la renommée internationale n’est pas forcément encore très grande.

Pensez-vous par ailleurs que tout ceci puisse justifier un écart de valeurs foncières sur des secteurs tels que Montagne Saint-Emilion où l’hectare se négocie à 50 000 euros, à Saint Loubès (pour nous) à 14 000 euros et au plateau de Saint-Emilion à plus de 300 000 euros et quatre fois ce prix sur Pomerol ?

N’y a-t-il pas quand même un problème dans cette course à la cotation et surtout n’y a-t-il pas un oublié dans l’affaire : le plaisir simple et évident et le rapport qualité / prix ?

Il n’y a pas de grands Terroirs uniquement dans les zones classées où leurs qualités agronomiques riment trop souvent avec leur proximité avec des noms médiatiquement valorisables.

Comment faire comprendre cela ?

Comment expliquer que cette part de fantasmes est en train de rendre impossible l’accès à la propriété pour de jeunes viticulteurs ou tout simplement pour permettre à des familles de conserver leur patrimoine lorsque l’un d’entre eux décède ?

L’emballement est là, il a été sournois et a désormais atteint des proportions fantastiques lorsqu’en plus des systèmes comme la loi Evin vous empêche de communiquer sereinement et d’expliquer notre univers. Cela devient plus que compliqué d’exister dans ce milieu…
Mais je suis certain que cette vidéo ouvrira des discussions très intéressantes dans les jours à venir.

Alors armez vos armes absolues anti-spéculation, revenez à l’essentiel, écoutez-vous et entrez en symbiose avec votre palais. Débouchez des bouteilles, fermez les yeux et laissez-vous guider par vos propres dégustations à l’aveugle, il n’y a que comme cela que la raison reviendra dans nos verres.


Merci encore aux “Trois cavistes” pour cette initiative qui, ma foi, m’a bien plu. Vous pouvez en refaire dès que vous le souhaitez et puis Pierre, la prochaine fois qu’on se rencontre à l’aveugle, je te promets que les Bordeaux sup vaincront !!  ;o)

Nicolas.

Commentaires(12)


  1. C’est un constat que j’ai souvent fait, notement sur des vins bourguignon ou bien sur une comparaison vin du Languedoc Roussillon et des grands crû bordelais.


    • Bonjour,
      Il y a encore beaucoup de belles découvertes à faire dans des petites apellations.
      Oui, la modestie est de rigueur en mettant son plaisir en avant, la curiosité et en s’éloignant des préjugés.
      J’ai dégusté et acheté par le passé de grand cru.
      Aujourd’hui, je trouve d’exellents vins pour 20€00 la bouteilles !

  2. champagne diligent


    une donnée na pas été prise dans l equation ..on a gouté des vins jeunes ( 4 ans enfin 3 1/2) y a t i la dedans des vins qui sont fait pour etre bu avec un vieillissement plus long, d autres avec un vieillissement plus court etc…bref ej suis toujours sceptique comparé des vins qui ne s eveulent aps comparable me semble un exercice difficile et risqué…

  3. Nicolas Lesaint


    Pour chacun de ces vins les propriétaires ont travaillé de façon à assurer une garde longue, surtout sur un tel millésime que 2010. Ces trois vins se veulent de la même garde. C’est exactement ce qui nous était reproché jusqu’à ce qu’en 2009 on fasse cette dégustation avec le millésime 2001. Les commentaires sur le Reignac parlent d’eux même pour ce qui est de son potentiel de garde. La cuvée 1901 est elle aussi imaginée dans cet esprit.


  4. Comme Nicolas, je pense que la dégustation à l’aveugle, il n’y a que ça de vrai!!! On s’intéresse alors à ce qu’il y a dans la bouteille et uniquement en s’affranchissant des paramètres extérieurs. Une fois de plus, cette dégustation le prouve…


  5. Il faudrait faire cette dégustation avec un dégustateur qui a de la légitimité comme Jean Marc Quarin. Ces dégustations à l’aveugle orientée par des gens qui vendent les vins et qui ne sont pas journalistes ne représentent rien, et en aucun cas la réalité. Il est évident que tout palais normalement constitué placerait Angelus à des kilomètres devant ses deux prétendants qui sont de bons rapports qualité/prix en entrée de gamme, mais incomparables avec la gamme supérieure, surtout lorsque l’on parle d’Angelus qui reste la référence avec Cheval Blanc de ce côté de la rive. J’espère que les visiteurs ne se laisseront pas berner par ce genre de pseudos dégustations.

  6. Nicolas Lesaint


    Je ne savais pas que les membres du grand jury européen comme Bernard Burtshy, M. Mauss, M. Abidur, Olivier Poussier étaient des amateurs et que donc ils n’avaient aucune légitimité à vos yeux, mais je dois me tromper. Pourquoi pensez vous que M. Quarin ne fait jamais de telles expériences de façons officielles et pourquoi toutes ces dégustations débouchant sur des classifications dans de belles revues de prescription se font en connaissant l’étiquette, avez vous vraiment regardé les deux premières vidéo ? trop de risques pour ces gens là.


  7. Bernard Burtshy ne goute pas bien il suffit de lire ses commentaires qui ne ressemblent que rarement à ce que l’on trouve dans le verre, envoyez des échantillons à la revue du vin de France, ou à Quarin et demandez leur de faire la dégustation à l’aveugle et la on pourra vous approuver légitimement.

  8. Nicolas Lesaint


    Alors, si vous pensez que ces gens là ne savent pas déguster, c’est que vous avez tout compris et je pense alors que nous n’avons pas grand chose à nous dire ou si faites cette expérience vous même et à mon avis vous deviendrez plus modeste


  9. Monsieur Gaspin, j’ai goûté Reignac plus de fois qu’Angélus, c’est certain. Mais sur ses qualités, il fait partie des meilleurs Bordeaux. C’est un vin très structuré. Millésimes goûtés : 2002, 2006, 2008, 2010. Après 10 ans, le 2002 – que j’ai pu apprécier il y a 2 ans environ – n’était que fraîcheur et éclat du fruit, en un mot : jeunesse. L’argument comme quoi ces vins ne tiennent pas sur la durée ne tient pas lui-même.

    Sur l’intégrité des dégustateurs, je pense qu’il y a plus d’intégrité à goûter à l’aveugle face à une caméra plutôt que face à l’étiquette derrière un magazine…

    Monsieur Lesaint, le fait est que vous produisez une cuvée “Château de Reignac” vendue autour de 10€ et une autre cuvée “Grand Vin de Reignac” autour de 20€. Les gens confondent facilement les deux car on parle facilement de “Reignac” tout court. La première est un peu trop boisée à mon goût mais déjà très structurée pour sa gamme de prix. Quant à la seconde, je renvoie le lecteur au premier paragraphe… en lui souhaitant une bonne dégustation !


  10. Oui il est vrai qu’il faut régulièrement réexpliquer les noms de ces cuvées. Lorsque M. Vatelot a acheté la propriété en 1990 il n’existait qu’un seul vin : le Château Reignac qu’il a donc continué à produire pendant quelques années. En 1996 il a pris la décision de commencer à réaliser des sélections parcellaires plus précises afin de créer un haut de gamme. La question s’est alors posée du nom de cette cuvée. Fallait-il faire évoluer le Château ou au contraire fallait-il créer un nouveau nom. C’est le second choix qui a été choisi compte tenu du fait qu’étant Bordeaux supérieur il nous fallait créer une notion de marque pour se “dédouaner” de l’image de cette AOC. Le Château est donc bien notre vin d’entrée de gamme et le Grand vin notre cuvée haut de gamme au dessus de laquelle se situe un autre standard : le Balthus.
    Le Château représente 130000 bouteilles alors que le Grand vin peut aller jusqu’à 230000 bouteilles (ce fut le cas en 2010). Pour le Balthus, nous nous situons aux environs de 10000 bouteilles.
    Encore merci M. Sabourin pour votre éclairage et votre avis sur la typicité de chacune de ces cuvées au plaisir de vous croiser à Reignac :o)

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