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Quoi de plus doux que le hululement de la turbine, le soir au coin du balcon ?

1 mai 2014 | Par Nicolas Lesaint
Dieu sait qu’il peut-être compliqué de trouver un créneau météo pour traiter correctement un vignoble. Parce que oui, vous ne le saviez peut-être pas, même si certains modèles idéalistes peuvent laisser penser qu’il est possible de produire du vin sans utiliser le moindre produit phytosanitaire, en région océanique, et d’ailleurs ailleurs aussi, pas de traitement signifie malheureusement pas de récolte. Le destructeur aura juste un nom différent en fonction des régions.
Il est bien évident que pour nous, devoir traiter, appliquer un pesticide, puisque c’est bien ce dont on parle, n’est pas une joie ni un plaisir, et ce, que ce soit du cuivre, du soufre ou tout autre produit dit conventionnel.
Refuser de traiter c’est ne plus produire, mais traiter avec n’importe quoi ou n’importe quand c’est aussi polluer.

Traiter c’est impacter. C’est forcément générer des pertes atmosphériques et au sol de produits, c’est interférer dans un bilan carbone que l’on décortique de plus en plus allant même jusqu’au ridicule de dire qu’un cheval génère un bilan carbone plus négatif qu’un tracteur de par son interférence “permanente” dans notre environnement.
C’est agir sur un parasite qui tend à détruire notre récolte et que l’on considère celui-ci comme un agent infectieux ou comme l’élément d’un tout qui participe à l’environnement du végétal (comme le pense beaucoup de biodynamistes). Agir oui mais en essayant le plus possible de ne cibler que celui que l’on cherche à atteindre.
Peut-on vraiment agir aussi spécifiquement ? Non, évidemment pas, chaque touche que nous réalisons sur le vignoble agit sur l’inclinaison d’un pendule dont l’oscillation peut prendre des amplitudes plus ou moins importantes.
Quel est le problème ici ? Les pesticides et leurs applications.
Il est bien clair qu’un pesticide est une substance capable de détruire un vivant. Que celui-ci soit un champignon ou un insecte le problème est le même. Et nous sommes aussi des vivants.
Il existe donc pour chacun des produits utilisables des conditions restrictives à leur application. Il est même capital de les respecter : vitesse maximale de vent au-dessus de laquelle il est impossible de traiter pour cause de pertes convectives trop importantes, délais de rentrées dans les parcelles après un traitement pour protéger un ouvrier viticole, respect de dates de traitements obligatoires pour certains ravageurs comme la flavescence (pour ceux qui acceptent de respecter la loi), respect de proximité de cours d’eau (tous les produits phytosanitaires, j’ai bien dit tous, étant classés AQUAtoxiques) et donc interdiction de nombreux produits dans certaines zones, respect de la règlementation interdisant un certain nombre de mélanges et j’en passe sachant qu’au milieu de tout cela le nœud du problème reste bien de protéger son vignoble en temps et en heure.
Lorsque l’on sait que par exemple pour nous il nous faut douze heures de travail à deux pulvérisateurs pour couvrir la moitié de la propriété, l’observation du créneau météo et l’éternel jeu de poker restent une activité que nous envient les Casinos Barrière…
Mais désormais une nouvelle contrainte va s’ouvrir à nous qui va rendre nos relations avec le voisinage encore un peu plus compliquées. Déjà que les quelques dimanche de traitements que nous réalisons chaque année amènent leur cohorte de plaintes pour nuisances sonores…
Un arrêté est en cours ( ICI ).
“Ouais, super, on va enfin empêcher tous ces méchants viticulteurs de traiter leur vigne, mais si, je te dis qu’on va réussir à y arriver, ces enfoirés qui ne pensent qu’à eux avec leurs gros tracteurs !”
Celui-ci sera finalisé dans trois mois. Pour le moment l’intitulé prône un arrêt total et définitif de l’utilisation des pesticides en journée… Pour la définition de “pesticides”, se référer aux explications du début…

Donc nous devrons tous traiter de nuit…
Qui a déjà dû réaliser un traitement nocturne sait la dangerosité de l’opération. Osez prendre votre enjambeur équipé d’un pulvérisateur en face par face couvrant quatre rangs complets de nuit et vous réaliserez bien vite que la casse matérielle et humaine ne sont pas bien loin.
Protéger les abeilles, il le faut c’est un devoir pour tous. Mais déjà, à ma connaissance, l’amalgame est fort et les produits classés “Abeille” ne concernent pas des fongicides mais plutôt des insecticides or les fongicides sont bien des pesticides.
Qu’en est-il donc de la réelle volonté du gouvernement ? Va-t-on réellement se retrouver à ne pouvoir traiter que trois heures par jour quel que soit l’objectif du traitement puisque la règle actuelle sous-entend que “l’on ne pourra intervenir qu’après l’heure de coucher du soleil telle que définie par l’éphéméride et dans les trois heures suivantes, dans des conditions permettant d’assurer la sécurité et la santé des opérateurs”ICI ) ?
M’est avis chers collègues que les relations avec vos voisins les plus proches vont se tendre parce qu’une turbine de pulvérisateur pneumatique à 22 heures c’est un peu moins doux que le croassement d’une Rénette amoureuse…
Il nous faudra donc traiter en quatre jours ce que l’on faisait en un et que comme on partageait la propriété en deux zones de surfaces identiques pour être certains d’être au delà des délais minimum obligatoires de réentrée dans les parcelles et bien en fait on va traiter tous les jours…
Amis voisins je vous annonce que notre Eole et notre Pulsar vont vous bercer tout l’été. Mais par contre que tous les jours il va faire beau le soir, c’est cool non?
Et ce d’autant plus que l’on sait bien que, pour celui qui met de temps en temps le nez dehors, la nuit la rosé tombe et que qui dit eau dit ruissellement dit perte d’efficacité et pollution indirecte. Sans compter qu’il pleut plus souvent la nuit que le jour.
Alors certes les choses doivent changer, c’est inévitable et c’est urgent.
Certes il faut que les autorités mettent en place des solutions pour que nous soyons moins impactants sur notre environnement. Mais répondre à une pression médiatique dans l’urgence par des mesurettes, sans peser réalistement les conséquences que ces nouvelles lois peuvent avoir n’est pas pour moi la bonne solution.
Ne devrait-on pas plutôt travailler sur les produits que nous utilisons et sur la manière dont nous les appliquons avant de mettre en place des usines à gaz rendant impossible de travailler ou générant des relations ubuesques avec nos voisins?
Ne devrait-on pas plutôt nous pousser à plus de prise en compte d’un cahier des charges Bio, interdire rapidement et définitivement toute une gamme de produits que déjà les viticulteurs les plus “propres” se refusent à voir rentrer sur leur propriété ?
Oui encore.
Mais frapper de front dans des directions n’aboutissant qu’à des conflits évidents ne relève que d’un seul objectif : diviser pour mieux régner.
Mais on le sait bien, ceci a toujours été l’arme aveuglante la plus efficace de nos différents gouvernements…
Nicolas.

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