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A chacun ses Mr Bean…

4 juin 2014 | Par Nicolas Lesaint

Bon, quand on est viticulteur que l’on parle du millésime en cours et que les autres nous écoutent, on doit toujours avoir l’impression de se répéter mais que voulez vous, les années se suivent et parfois nous laissent comme un goût de jamais vu.
Un démarrage lent puis ça reprend, puis ça se calme et de nouveau la pousse repart…
Alors on lève, puis on attend.
Tiens si on épamprait un peu.
Puis on attend.
Puis ça se remet à pousser. Alors on relève.
Puis on décide d’arrêter les saisonniers pendant quelques jours, histoire qu’ils fassent le pont pendant qu’on traite.

C’est la première année où je me retrouve à stopper des saisonniers en saison pour cause de travaux de petites façons à jour. Lorsque l’on regarde les courbes de développement végétatifs des différents millésimes on voit bien que 2014 marque des paliers de pousses et que désormais nous nous retrouvons sur des niveaux de développements équivalents à 2012.
La fleur malgré tout s’enclenche bien, en particulier sur les terroirs chauds. Nous devons être à 40 et 50% de floraison, le beau temps est annoncé, mis à part aujourd’hui, et les températures remontent. Bon, il est certain que le risque est d’avoir une accélération de pousse pile poil à ce moment, mais on ne peut pas tout avoir et il faut bien que le viticulteur, enfin moi, ait peur de quelque chose.
Déjà, la pousse étant un peu moins importante que d’habitude, nous ne nous trouvons pas dans une situation où il faut rogner avant que la fleur ne soit passée. Ce qui est là aussi de bon augure pour la réussite de cette floraison.
Rogner sur la fleur c’est déstabiliser totalement les flux de sève qui se réorganisent alors pour stimuler la pousse végétative des entrecœurs au détriment des fragiles fleurs.
C’est déjà ça de positif par rapport à la floraison de 2013. Les équilibres minéraux étant en plus bien meilleurs que ceux du millésime précédent, tout devrait mieux se passer pour l’ensemble de la profession…

On ne le répétera jamais assez travailler mécaniquement le dessous des rangs n’est pas une mince affaire et trop souvent lorsque l’on pense avoir trouvé une bonne organisation pour réussir à faire ce que l’on souhaite, c’est le manque de main d’oeuvre, la casse mécanique ou les conditions climatiques qui vous rappellent à la dure réalité : Mon p’tit Nico t’es pas encore le roi de la gratouille !

En plus quarante hectares en travail mécaniques à 6600 pieds par hectare pour deux tractoristes cela relève du défit technique et sportif. Mais on m’a toujours montré qu’au ski il fallait pratiquer juste au-dessus de son niveau avec des partenaires légèrement plus expérimentés que soi pour progresser. Je ne doute donc pas que cet objectif fixé en début de saison nous poussera à nous surpasser et à trouver de nouvelles solutions…


En attendant, pensez à nous, parce qu’on a bien l’impression quelques fois de passer notre temps à brasser de la terre dans tous les sens et pour certains de souder des bouts de ferraille sur des lames suivant des idées tout droit sorties de mes cauchemars nocturnes…

Mais des fois, ça paye.
Il nous reste juste à mieux comprendre nos sols pour s’adapter à eux dans l’enchaînement des façons et arrêter, il faut bien se l’avouer quand même des fois, de balader les interceps en ce disant qu’il faut encore les modifier parce que ça ne va pas.

Quoi qu’il arrive, de toute façon ma vision de l’herbe sous les rangs a bien changé en quatre années et je ne la vois définitivement plus comme un ennemi en puissance tapis dans l’ombre n’attendant qu’une période pluvieuse pour nous envahir et monter dans les pieds, mais définitivement comme l’allier d’un équilibre biologique de la parcelle qu’il faut utiliser de plus en plus. Reste à concilier l’envie de conserver un couvert végétal et une présentation culturale correcte. Fini les cavaillons nus et les inter-rangs désertiques, bonjour à un enherbement à la Mister Bean, un peu sauvage, un peu fantasque mais toujours avec une profondeur et un intérêt à être regardé et écouté…
Comme peuvent l’être ces grandes Graminées dégingandées ou ces Erigérons plumeux en fin de saison plaqués contre les piquets de palissages qui vous lancent des œillades craintives de peur d’être repérées dans leur flegme botanique.
Bon, tant qu’il n’y a pas de dinde à farcir ou de mini à conduire pour tondre, tout va bien…

Alors oui, on n’est pas encore assez efficaces, ça c’est certain, on progresse, là aussi c’est indubitable, mais lorsque l’on voit malgré tout le résultat en réussissant à tourner plus d’une journée sans casse, on peut être contents de nous.



Pas de God save the queen quand même, on en est qu’au milieu de la saison et d’ici quelques mois les premiers congés de tractoristes vont arriver. Effectif moindre, réactivité en berne, il faudra que le millésime nous donne un petit coup de main pour maintenir tout cela sous contrôle.

Nicolas.

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