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Souvenirs liégeux

28 juin 2014 | Par Nicolas Lesaint


Ce midi, comme un rituel habituel, je pousse la porte de la cave pour rentrer dans ma zone de stockage des breuvages viniques.
Un rapide coup d’œil sur les possibles m’oriente vers un souvenir estival. Une rencontre fortuite lors d’un séjour tourangeaux qui nous avait amenés, amicalement vôtre, rassurez-vous (pour ceux qui connaissent), à croiser le chemin du Domaine des Pierrettes. Petit moment de plénitude, accompagné d’une visite des jardins de Chaumont qui forcément, connaissant mes penchants pour le végétal, m’amène à associer ces vins-là à du plaisir en barre.
En plus, la cuvée a une âme, un sens, un caractère, une conviction personnelle du métier, alors ça me plaît. Origines… Rien que le nom est évocateur.
Le flacon est saisi et la transmission de l’émotion est envisagée pour les veinards du jour.
Tire-bouchon armé, bouchon enlevé, accompagné du bruit sec qui rend fou mes voisins…
On sent, on hume et on regarde ce cylindre comme un cachet de liège marquant l’origine du nectar. On le dévisse et d’un auguste geste il part rejoindre le berceau familial déjà bien plein de ses confrères.
Ce berceau, c’est cette panière en osier flanquée là au coin de la cuisine et qui héberge les stigmates émouvants de moments remplis de convivialité. Comme des reliques que j’aime couver du regard et brasser de temps en temps de mes doigts secs.
Bon, je reconnais qu’elle devrait certainement être placée un peu plus en hauteur car voyez-vous la gente féline du domaine semble elle aussi être assez adepte de ce genre de voltige…
J’aime en effet, dans des moments de calme, retourner fureter dans ce coffre à rêves. S’y trouvent assemblés toutes les origines, toutes les typicités et les motivations possibles nécessaires pour des vins qui nous ont plus.
Quelques centimètres de lièges qui en disent beaucoup plus qu’un long discours sur l’âme du vigneron qui les a fait fabriquer.
Un bouchon n’est pas un simple opercule visant à obturer un flacon destiné à être transporté. Évidement le liège a un rôle. Évidement la capsule à vis à une certaine image et d’ailleurs leur conservation ne me viendrait même pas à l’esprit. Le bouchon en liège est pour moi un dernier symbole de rattachement à la terre et à son histoire et l’ultime support d’une conviction personnelle affichée et d’une volonté d’envoyer un message à celui qui l’a extrait.

Certains osent alors y imprimer une passion, un affectif tout particulier qui accompagne le quotidien de celui qui fait le vin. Ou alors une dernière revendication, un cri de liberté dans un rattachement à ses origines.


D’autres, y dessinant des attributs ostentatoires cherchent à rappeler leur position, leur statut dans une profession où règne parfois une classification rigide, directrice et pour certains rassurante.

C’est un espace de liberté, la pièce ultime du puzzle vinique qui peaufine la perception que l’on va avoir du vin, lui conférant un supplément d’âme artistique qui indubitablement participe à l’image que l’on aura du vin à venir.



Alors, on le regarde, on le touche, on sent le côté rouge cherchant déjà à percevoir certains arômes, les parfums de ce bouchon, lui qui aura assuré conservation et vieillissement, si tout va bien.
Prenant une pleine poignée de ces bouchons, je voyage. Je me souviens du Médoc, du Quercy, de Vingrau ou encore de la Hongrie. Je plane au-dessus des coteaux d’Irouléguy, je retrouve Arnaud et les collègues sur les Rougiers du Domaine du Cros.
Je revois les yeux brillants de ma femme nous apportant à Bages un certain Château Chalon et je croque encore le fruit d’un « A nos Amours » estival communion d’un mariage familial.
J’interpelle : « tu te souviens ? »
Oh oui on se souvient et on en redemande pour que chaque flacon continue d’enrichir une histoire personnelle façonnée de repas, d’apéritifs, de rencontres et d’émotions.
Je repose mes bouchons. J’attrape quatre verres. Je verse et je sens.
Explosion au nez, fruits en bouche, tout est là pour que les Origines de ce billet rattrapent l’émotion de ce repas où la famille se réunit et où le plaisir s’anime.
Simple, délicat, efficace comme on voudrait qu’un petit bout de liège nous le rappelle très souvent.
Nicolas.

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