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Mort pour Reignac !

15 juillet 2014 | Par Nicolas Lesaint
 
Par un matin d’été, par un soleil doré, les jurés sont arrivés.
Allumant leurs cigarettes et coinçant leurs mégots au coin des lèvres ils se sont présentés.
Mains frottées, gants enfilés, sécateurs à la mains ils se sont avancés.
Décisions prises et humeurs joyeuses la cohorte des bourreaux s’est approchée, parlant, échangeant, regardant pour certains les premiers rayons du soleil réchauffant leurs fronts tendus.
Par deux, par trois ou bien seuls, les pas sont lents.
Les premiers s’arrêtent.
Un nuage de poussières atteint les seconds qui déjà se taisent.
Geste lent de la main droite, l’ordre est donné et chacun s’avance, sans regret mais sans hâte non-plus vers l’office qui les attend.
Les regards se croisent, les mains se ferment sur les armes, serrant les dents face à la tâche à accomplir. Ils sont prêts.
Chacun son rang, chacun son devoir, tous mandatés pour accomplir ce que d’autres ont décidé.
Ils doivent faire tomber…
Alors, d’un geste lent, le premier d’entre-eux donne le rythme. La main gauche attrape, la droite coupe laissant s’échapper le fruit choisi.
Frottant les feuilles dans sa chute le fruit vert rebondit choqué de droite et de gauche, accroché par une aste collée au fils, il chancèle et dans une dernière pirouette atteint le sol.
Déjà l’ombre passe.
Le messager relève sa carcasse, bascule ses jambes qui propulsent le corps en avant, puis genou à terre, il reprend sa tâche.
Le rythme est pris, la cadence s’affiche, les raisins tombent.
Couvrant le sol, abandonnés au soleil qui déjà réchauffe l’ambiance, la parole se libère.
Premières phrases, premières blagues. L’un fredonne, l’autre ronchonne, la troupe avance arrachant à chaque cep le tribut nécessaire à la naissance d’un grand vin.
Vendanger. Vendanger en juillet qui l’eut cru.
Sans porteur. Sans hotte. En condamnant des fruits à ne pas murir pour mieux nourrir ceux que déjà on cajole du regard. Ceux qui par leur force, leur équilibre et leur nombre verront naitre un Grand Vin.
Mort pour Reignac !
Éliminés pour céder leur place sur l’autel des sacrifiés.
Les bourreaux se rejoignent au bout des rangs, s’entraident pour achever leur besogne et se retournent sur le tableau…
Instant de peur, d’angoisse discrète, le sol est vert…
Un millier de petites billes sont tombées au champ d’honneur.
Mais déjà, nous le savons, celles restées sur pieds rougissent, s’affinent et la transparence les gagne.
Les ceps se rattachent à elles comme les derniers porteurs d’un message terrestre. De celui que l’on ressentira dès la première gorgée de vin.
Des grappes sont mortes, mais pour mieux donner la vie.
Nicolas.

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