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Un p’tit coup sèche cheveux m’sieur Lesaint ?

18 juillet 2014 | Par Nicolas Lesaint
L’info circule vite, elle plane, elle glisse, elle surfe sur les ondes et les réseaux sociaux dès ce matin 5h40 quand j’allume mon PC histoire d’attendre que mon Benco quotidien arrive à température optimale. La météo change, elle évolue, elle bascule vers un je ne sais quoi qui ne sent pas bon. Alerte orange sur une vingtaine de départements dont celui, égoïstement, qui nous intéresse un peu plus, forcément, on est tous pareils.
Hier c’était l’explosion des températures alors que dimanche dernier, avec 19 petits degrés on aurait presque refait une flambée tellement l’ambiance irlandaise était prenante. Nous avons eu un bon gros 38°C à l’ombre, alors je vous dis pas au soleil et en plus avec un petit vent bien asséchant qui donnait à l’humain que je suis l’impression que tout cela était plus supportable, mais pour le végétal…

Imaginez vous chez votre barbier préféré, cheveux lavés, coupe réalisée et Lulu la coiffeuse qui vous pose la question fatidique : ” On reste comme ça ou je vous les sèche ? On les sèche un peu, hein ? C’est mieux quand même, comme ça je vous ferai un effet volume, vous m’en direz des nouvelles. Allez, chéri, on y va ! “
Et vas-y qu’elle te dégaine son plus beau Braun modèle turbo à double rotors et que la demoiselle vous brosse d’un côté et vous ventile de l’autre un air pulsé à 40°C.
Et puis, voilà-t-y pas que sa collègue se met à lui parler à la gazelle. Parce que vous, vous êtes bien concentré sur le Paris Match de l’an dernier qui traîne sur le comptoir, que vous aimeriez bien attraper d’ailleurs, mais voilà, il est trop loin, alors vous essayez de lire les gros titres à l’envers. Et blablabla et blablabla… Mais voilà que d’une façon imperceptible les mouvements de la demoiselle se ralentissent et que le sèche cheveux reste de plus en plus longtemps immobile à quelques centimètres de votre cuir chevelu… Et là, ça commence à vous picoter le bulbe sérieusement pour finalement vous le décoller carrément après que dans un geste de désespoir vous ayez envoyé balader le dit objet à dix mètres de vous en trouvant de magnifiques surnoms à la bimbo capiloqualifiée qui de surprise s’est elle même mise à hurler et a atterri sur la mamie que sa collègue était en train de transformer en yéti violet…


Bon ben, voilà un peu ce qu’ont dû ressentir des milliers de petites baies de raisin durant ces deux derniers jours, subissant une exposition thermique aussi brutale que dévastatrice.
Quand ça chauffe, ça chauffe, et là vous ne pouvez pas faire grand chose pour l’empêcher. Ça serait un peu comme un orage de pluie brûlant qui vous passerait dessus en faisant cloquer ce que chaque goutte d’eau toucherait.
Après vous me direz, on peut essayer de l’empêcher en n’effeuillant pas, en gardant un maximum de végétation pour protéger les petits trésors à venir. Oui mais non, parce que bien souvent c’est une bulle de chaleur qui passe faisant éclater des baies encore protégées par les feuilles. Et puis on le sait bien, la loi de l’emmerdement maximum régnant en maître, il suffit de ne pas effeuiller pour que ce soit une année comme 2013 où celui qui ne le fait pas se retrouve avec un manque de maturité et du Botrytis à foison.
Nous ne sommes pas dans le Sud Est de la France où la réalisation ou non d’une telle opération en vert ne se pose même pas.

Alors déjà ce matin en me levant je n’avais qu’une idée en tête, aller estimer les dégâts et constater ce que d’autres viticulteurs de Saint-Emilion me disaient déjà hier suite à la journée de mercredi. Mais là en plus maintenant, c’est la deuxième gifle en partance. L’aller-retour qui peut faire très mal et achever des dégâts déjà encaissés. Alerte orange avec de gros risques de grêles sur le Landes, la Gironde et les Charentes et un déclenchement des hostilités vers 17h.
Alors ça discute, ça s’échange ses modèles météo préférés pour essayer de compiler les données en croisant les doigts pour avoir un maximum de prévisionnels allant dans le sens d’un épisode pas si méchant que ça.
Bon, on verra bien.

Déjà le ciel s’assombrit, ça gronde, ça goutte un peu histoire de coller la poussière aux chemins mais pas plus pour le moment.
Cette année Le Nord Médoc, les Charentes, la région toulousaine, le Minervois, la Bourgogne, le Beaujolais et la Touraine ont déjà été touchés ça serait peut-être bien que tout ces épisodes violents se calment.
Alors lorsque l’on parle de ces stress météorologiques sur les réseaux sociaux je vois toujours débarquer quelques arrogants provocateurs ayant tout compris et vomissant leurs rancœurs sur les viticulteurs en disant que de toute manière nous ne sommes pas à plaindre que comme on assure sa voiture il suffit de prendre une assurance supplémentaire et puis que de toute façon ces nantis de viticulteurs avec toutes les primes qu’ils touchent et les tarifs auxquels ils vendent leurs vins ils ne sont pas à plaindre et qu’ils ne méritent même pas que les médias s’intéressent à eux.
Pauvres, pauvres petits mesquins, pauvres ignorants de notre vie et de nos efforts au quotidien, de l’investissement humain et économique qu’un tel métier demande. Croyez-vous que si les choses étaient aussi binaires nous n’irions pas vers de tels fonctionnements ? Imaginez-vous un instant travailler dans votre petit bureau ou dans votre petit commerce toute une année ou même plusieurs années et arriver au bout de vos 52 semaines effectuées on vous dit : ” Ben non, désolé, cette année on vous paye pas et en plus l’année prochaine vous aurez peut-être que la moitié de ce que vous avez habituellement, parce que oui on sait jamais ce qu’il peut se passer.” Imaginez votre investissement, imaginez les projets que vous avez montés, motivés comme vous étiez au début de l’année, et qu’il vous faut recommencer à zéro. Oh ne vous inquiétez pas on vous finance un peu on avait une assurance, mais vous recommencez à zéro et attention comme votre projet n’a pas abouti, vous n’avez rien à fournir à vos clients qui vont devoir patienter quelques temps sans changer de crèmerie. Evidemment ils vont le faire, ils vous aiment avec votre investissement permanent et puis en plus vous êtes le seul sur le marché…

Bien sûr que l’on peut s’assurer, si on en a les moyens, évidemment qu’une couverture financière peut aider un temps mais que croyez vous qu’il se passe dans la tête d’un viticulteur de Beaune grêlé à 80% trois années consécutives ? Comment réagiriez vous si on s’amusait à vous casser ce que vous mettez des années à élaborer après moult efforts et sacrifices ? La viticulture n’est pas qu’une économie de marché ni un marketing géré par des groupes d’investisseurs peu scrupuleux, c’est le don de soi, l’écoute de son milieu et de sa profession le choix d’un mode de vie qui nous expose aux éléments et face auxquels nous restons tous modestes.

Alors vous, messieurs mesdames qui vous cachez derrière votre clavier d’ordinateur pour balancer votre rancœur en des moments pareils, tout comme ceux commentant l’accident de camion à Saint-Emilion qui s’est produit cette semaine transportant 18 000 bouteilles d’un Grand cru partant à l’habillage et qui déclarent, si je résume bien les pensées de ces gens là : “Ah ah, bien fait pour eux, transporter du vin sans capsule et sans étiquette, il n’y a qu’à Bordeaux qu’on peut voir de telles choses, ça pue le trafic à plein nez !”, fermez là un peu et renseignez vous avant de parler et de dire de telles inepties, ça nous fera gagner du temps à tous.

Mais voilà c’est ça aussi la force et la faiblesse des réseaux sociaux où tout peut circuler écrasant indubitablement la voix de celui qui réfléchissant plus lentement mais sûrement que les autres, met un peu plus de temps, s’il l’ose, à réagir à ce qu’il voit et lit.
Alors donc, avec mon petit projecteur personnel que j’ai réussi à créer, j’espère que j’ai pu donner un autre écho à tout cela et si certains viennent me mettre quelques commentaires acerbes, rassurez-vous je ne tarderai pas à réagir, j’essaie de ne pas être trop lent à la détente.

Nicolas.

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