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Allez, mademoiselle combien j’te dois?

2 septembre 2014 | Par Nicolas Lesaint
Ce matin, petit détour chez le “contact” du coin pour l’achat annuel de mes poches de congélation modèle spécial pour prélèvements de maturité !! Ça sent les vendanges, moi je vous le dis !!
Donc, choisissant nonchalamment le volume de mes sachets dans le rayon ultra fourni en outils du genre, me demandant  même comment il était possible d’avoir un tel choix, je fus doublé à la caisse par deux d’jeunes en casquettes dont la gestuelle et la démarche montraient un réel empressement à quitter la boutique.

- Eh mademoiselle, vas-y dépêchez toi, c’est la rentrée, faut qu’on y aille, on va pas être en retard dès le premier jour, hein Tony !!!
- Ah ben oui quand même pas, les autres nous attendent on est à l’heure nous !
- Allez, mademoiselle combien j’te dois?

Je dois préciser que le tapis de caisse était encombré de deux bouteilles de Coca et de deux mignonnettes de Whisky..

- Mais il va me falloir une pièce d’identité messieurs…
- Vas-y Tony, montre ta carte, c’est toi le grand !!!
- Mais vous allez faire quoi avec tout ça à cette heure ?
- M’enfin c’est aujourd’hui le bahut mademoiselle, c’est la rentrée mademoiselle, c’est l’apéro cartable, faut bien fêter tout ça quand même !!
- Allez vas-y speed toi, les autres vont encore nous râler, ils auront pas assez de temps…

Apéro cartable !! Non mais franchement, que si tu leur pinçais le nez il leur en sortirait du lait…
Petits regards gênés de la caissière qui finit par me lâcher un : ” Je pouvais pas faire autrement, il y en avait un majeur “.
Le “binge drinking à l’école”, nouvelle mode dont les médias nous parlaient il y a encore peu de temps lors des départs en vacances, mais dont je n’avais pas vu le bout du nez du fond de ma campagne profonde. Dur percussion avec la réalité de jeunesse qui va nous rattraper…
D’où l’image de l’alcool, d’où la caricature de notre profession et de nos aspirations à faire vivre un terroir, d’où une loi Evin qui nous plombe l’existence.
C’était pas un grand vin rouge qu’ils avaient acheté les alcooliques en herbe, pourtant, ils y ont mis le prix du haut de leur scooter customisé mais tant pis, toute caricature est dès lors justifiée et même si notre magnifique nouveau gouvernement vient d’affirmer haut et fort que non il n’étendra pas l’interdiction de communiquer sur le vin à l’ensemble du web, le mal est fait…

En regagnant ma voiture avec mon paquet de poches de congélations sous le bras j’ai alors vu repartir les lascars, casques sur le sommet du crane et tout klaxon hurlant en pensant à ma Lilou qui aujourd’hui rentre en sixième et devient la petite parmi les grands…
Tout bouge, beaucoup de choses dérapent et foutent le camp et la voir s’éloigner de nous pour rentrer dans cet univers où nous ne seront plus ses références, où le groupe deviendra les siennes, m’angoisse un peu.

Alors je suis reparti m’isoler dans mes vignes. Un petit bonjour au voisin qui lui n’a pas pris de vacances et j’ai laissé mon esprit déambuler des Sauvignons gris aux blancs en passant par les Sémillons…
C’est donc aujourd’hui que débute le journal des vendanges 2014. Oh, pas que ce soit le premier jour de ramassage, non, il doit bien nous rester un mois d’attente avant le lancement des Rouges, du moins je l’espère, mais c’est maintenant que le retour est effectué et que l’attente se met en place, que oui, ce journal doit commencer.
Il y renfermera de l’observation, des doutes, des dégustations, des débats, des préparations techniques et tout cela vous montrera bien ce que seront les vendanges 2014 à Reignac.
Déjà, je peux vous dire que ce ne sera pas un coup de sifflet donné pour un ban des vendanges décidé par une administration bureaucratique qui l’aura lancé mais plutôt la part humaine de ceux qui sont les pieds dans la Grave et l’Argile et qui se débattent dans ce millésime 2014 à nulle autre pareil.

On ne se refait pas et je vois bien que même si les vendanges ne sont pas programmées pour demain, mes petits voisins sont comme moi, nous avons tous envie de savoir où nous en sommes dans cette veille de récolte, où en sont les raisins, acidité, taux de sucres, pH, tanins. Alors oui, on goûte déjà, on croque mais forcément les peaux ne lâchent pas grand chose d’intéressant pour le palais, alors c’est vers le laboratoire qu’il faut se tourner pour l’instant.
Premiers prélèvements ce matin, première cueillette aléatoire dans les rangs de Blancs parce que pour l’instant ce sont eux qui m’intéressent un peu plus. Pour les autres, c’est quand même un peu tôt.

Alors je retrouve mes rangs habituels pour cette étape, et je marche d’un regard oscillant de droite et de gauche en décidant le plus librement possible quels raisins je prends, sans me laisser tenter par une baie plus que par une autre. Je coupe des bouts de grappes, en haut, en bas, une épaule, un côté soleil, un côté ombre et je remplis ma petite poche de congélation achetée ce matin.
Rapidement déposés au laboratoire, ce sont les premiers prélèvements de la saison pour eux aussi.

La récolte des raisins destinés aux crémants a déjà débutée sur Génissac, toujours des grands pressés, et je ne doute pas que l’on verra très bientôt sur Pessac s’activer la course à qui sera le premier à être vu à la télé.
C’est de bonne guerre dans cet univers de communication à tout-va, mais tout le monde sait bien que ces démarrages ne concernent chaque années que quelques jeunes parcelles un peu plus stressées que la moyenne et que tout est vraiment lancé un peu plus tard.

Tout se met en place doucement, on commence à regarder de plus près le matériel de réception et déjà on me pose plus d’une fois par jour le fameux : “Alors les vendanges tu les vois quand ? “

Pour l’instant, je ne les vois pas, j’essaie plutôt de goûter et de sentir les raisins et c’est déjà pas mal…

Nicolas.

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