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Let’s talk about… flétrissements

23 septembre 2014 | Par Nicolas Lesaint
Voilà, aujourd’hui s’achèvent les vendanges…
Des Blancs… ;o)

Oui, parce que pour le reste, forcément, c’est loin de l’être.
Les degrés continuent de monter tranquillement, les peaux s’affinent, les tanins sont de plus en plus élégants et l’acidité, assez présente cette année, semble vouloir poursuivre sa descente vers des maliques plus acceptables. Il est donc urgent d’attendre, comme on dit dans ces cas là.
La météo est avec nous, l’état sanitaire se maintient alors, what else ?
Ben on attend alors et on finit de se préparer.

Mais tout compte fait, le problème n’est pas là. Le problème, une fois n’est pas coutume, n’est pas la météo et ses variations automnales générant des pluies pouvant nous pousser au démarrage. Un peu comme 2013 qui à la même époque nous donnait un grand coup de pied dans les fesses pour nous rappeler que c’est dame Nature qui décide.
Non, le problème est autre et c’est certainement lui qui déterminera la typicité des vins que l’on aura dans certains coins de Bordeaux cette année. Alors parlons-en.

En effet depuis le début du mois de septembre et encore plus depuis quelques jours, dans le vignoble sont apparus des symptômes de flétrissements. Vous savez, visuellement ça vous donne des baies qui se dégonflent, se fripent et cela peut même aller jusqu’au dessèchement complet de la grappe.
Ce phénomène peut être dû à énormément de facteurs aussi différents que la nature du cépage, du porte-greffe, du sol, des conditions climatiques et donc de l’ensemble des facteurs nutritionnels de la plante.

Bon, et cette année alors ?
En fait pour comprendre un peu mieux ce qui se passe en ce moment il faut revenir à la saison que nous avons eue et plus particulièrement aux conditions estivales que nous avons rencontrées. Si l’on peut parler d’été d’ailleurs… Certains disaient il y a peu de temps que nous étions cette année dans des conditions classiques pour un millésime à Bordeaux et que seuls les vacanciers avaient été gênés par la météo du mois d’août… On a pas dû être au même endroit au même moment je vois pas d’autres explications.


Toujours est-il qu’au cours des mois de juillet et d’août les conditions ont été plutôt des conditions printanières de pousse et de croissance pour la vigne plutôt que celles d’un arrêt de croissance progressif et d’une réorientation en douceur de sa physiologie vers ses fruits. Résultats, fin août, la vigne poussait toujours.

Donc déjà dans cette phase de véraison et de chamboulements physiologiques, un facteur a commencé à bloquer la machine : le magnésium, dont le prélèvement dans les sols est directement lié aux conditions d’humidités des sols et de températures, basses la journée, et à un développement cyclique de toute la zone des poils absorbant racinaires censés réaliser cette assimilation.

Deuxième paramètre à prendre en compte si j’ai bien tout compris, c’est la production hormonale de la plante. Attention, j’en vois déjà certains qui se braquent à l’évocation de ce terme, mais désolé tout cela est bel et bien naturel et ce sont les hormones végétales qui déterminent énormément d’équilibres physiologiques au cours du développement de la plante. Mais là, on en regardera une en particulier : l’acide abscissique.
Bon comme son nom l’indique, elle régule en partie, l’abscission de feuilles, leur chute quoi, mais aussi la maturation du raisin puisque intervenant dans les flux de sèves dans les feuilles et les fruits.

Donc qu’est ce qui se passe en ce moment ?
En fait, physiologiquement parlant nous avons deux pics de production de cette hormone au cours de la pousse de la vigne : autour de la floraison puis à partir de la véraison. C’est à ce moment précis que se lance la maturation des grappes. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que cette production en temps normal se fait de façon progressive pour aboutir à la chute des feuilles en automne et la maturité complète du raisin. Or cette année, rien ne se passe normalement suite à ces fameuses conditions estivales si habituelles que nous avons eues…
Nous étions heureux il y a quelques semaines de voir enfin arriver soleil et chaleur, c’est certain, le problème c’est que tout cela est arrivé trop vite, beaucoup trop vite.
Les ceps ce sont alors trouvés dans une situation de stress important avec parfois même des phénomènes de foltage, brûlures du feuillages, sur certains terroirs. La physiologie s’est alors brutalement réorientée vers une production forte d’acide abscissique et cela, cumulé à une nutrition magnésienne en déficit provoque par endroit des dessèchement de rafles ou de bouts de rafles entraînant un flétrissement brutal et irrémédiable.
Rien ne s’est donc fait en douceur c’est ce qui explique le fait que certaines grappes en claquent.

Cela est d’autant plus vrai que l’on se situe sur des sols percolants comme les Graves, les Sables ou les Argilo-calcaires vrais. Le phénomène semble moins prononcés sur des argiles fortes moins sensibles à ces mouvements d’eau brutaux.

Et donc quoi faire maintenant ?
Rien malheureusement, le mal est fait et il était difficile de l’anticiper puisque même nous qui grâce à nos analyses sur baies d’avant véraison avions constaté ces carences magnésiennes et qui les avions corrigées, on voit apparaître ce phénomène dans certaines zones. On peut se demander ce qu’il se serait passé si nous n’étions pas intervenus d’ailleurs…

L’état de fait est là. Tous les cépages sont concernés avec de ce qu’on me dit des faciès un peu différents en fonction des portes-greffes.
Ce qui est flétri est perdu, surtout s’il date de début septembre puisque là on a une concentration de choses pas mûres. Pour ce qui se passe maintenant, le “passerillage” apportera quelques notes intéressantes à conditions que la proportion de grains atteints reste faible.
Quoi qu’il en soit, il y aura un gros tri à expliquer le plus clairement possible aux vendangeurs au moment de la coupe. A nous d’être pédagogues et de savoir trouver les bons mots pour expliquer nos propos.

Alors aujourd’hui beaucoup ont démarré, certains se dépêchent. Pour notre part nous attendons et nous observons ce qu’il se passe. Tout devrait débuter lundi prochain.

Quand je demandais hier en me moquant qu’on me prête quelques neurones d’intelligence pour décider du bon moment pour déclencher les vendanges, je ne pensais pas avoir autant raison. 2014 aura été surprenant tout au long de l’année, il le sera encore plus pour les vendanges.
Heureusement que les conditions climatiques actuelles sont idéales pour freiner ce phénomène de flétrissement qui apparemment concerne de larges zones de Bordeaux. Températures basses la nuit, 7°C ce matin et 23 à 25°C la journée…

De toute évidence ce n’est pas le moment de s’endormir et d’arrêter d’aller dans ses vignes. Chaque millésime nous apprend l’humilité et une fois de plus dame Nature nous remet à notre place…

Nicolas.

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