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Smells like harvesting spirit

26 septembre 2014 | Par Nicolas Lesaint
En fait, les vendanges, on les sent arriver, on les attend, on les espère, on a un besoin physique de voir rentrer les raisins sur la table de tri et d’observer ces marcs fraîchement rentrés partir en macération. Mettre un pied dans le chai et sentir son souffle baisser, capter ces odeurs de fermentations et ces relents de parfums fruités, de rafles à évacuer, de levain en train d’être préparé. Mais voilà, il faut savoir attendre et espérer revivre ces moments pour effectivement les recroiser au coin de son chai. Et en ce moment c’est un peu ça…
Les machines tournent dans tous les sens et les vendangeurs vident leurs paniers à tour de bras. Des raisins blancs, des rouges, partout ça circule, ça transporte, ça rentre ses trésors au sein des coffres à vinifier, et nous, on regarde tout ça… C’est un peu, “Regarde les raisins tomber”
Forcément, arrive alors le doute. Cette satanée idée qui vous tourbillonne dans la tête, rentre par une oreille, accompagnée d’une histoire de voisin qui voit ses raisins déraper, traverse les tympans et de synapses en synapses arrive à atteindre le cortex central et provoque irrémédiablement un transfert d’informations en direction du ventre qui à son tour libère sa dose d’adrénaline qui vous secoue de bas en haut. C’est alors le corps qui prend le dessus sur l’esprit qui à son tour fait appel au cortex profond, plus raisonnable, qui secoue la cloche du “arrête de faire des conneries” et aide “le Moi” à reprendre le contrôle de la situation.
Quand je vous dis que faire du vin c’est avant tout des neurones, des synapses, du sang, des hormones et des tripes… Le corps parle dans l’action, mais avant tout c’est l’esprit qui doit décider sans trop tenir compte des gouttes de sueur qui perlent au coin des tempes. C’est un savant mélange de dextérité et de patience.
Alors, on s’asseoit au bord du chemin, tranquille, pépère, et on compte les bennes qui passent. Ça fait passer le temps et ça permet de se poser et de reprendre possession de ses esprits. Ensuite on se met un p’tit coup de Ben Harper entre les oreilles, histoire de resserrer les Chakras du raisonnable, on se lève, on retourne dans ses parcelles. Mais pas seul, accompagné c’est mieux, histoire là aussi, de garder les pieds sur terre.
On goûte, on mâche, estimant la résistance des peaux, cherchant des goûts de fruits secs dans les pépins qui se coincent dans votre dent creuse et puis vous crachez. Parce que oui, préparer les vendanges et rechercher la bonne date du démarrage final, c’est aussi ça, savoir cracher les raisins que l’on goûte sans forcément les avaler à chaque fois sinon au bout de quelques jours, je vous raconte pas le transit intestinal… Surtout quand vous êtes stressé et que vous êtes souvent en train de tester la résistance de la pellicule de vos merlots…
C’est bon, c’est super bon le raisin frais, mais bon, le corps sait aussi rappeler au viticulteur que tout ça doit rester professionnel…
Au final, ici, depuis lundi ça ramasse pas mal et certains espèrent même achever leurs merlots début de semaine prochaine… “Nom de d’la“, nous on va essayer de démarrer à fond lundi pour s’arrêter… Lundi soir.
Comme quoi il y a vraiment un effet terroir et la météo des dernières semaines ne permet pas d’être sur le même point d’égalité. Imaginez, quand le Libournais a reçu 70 à 80mm de pluie la semaine dernière accompagnés d’un peu de grêle, nous avons eu la chance, parce que là on ne parle que de ça, de n’en recevoir que 10…
A partir de là, forcément les données ne sont plus les mêmes et s’empresser d’attendre devient pour nous la règle.
Les raisins sont sains, pas trop de flétrissements, pas le moindre élytre de Suzukii à l’horizon  (remarque c’est bien normal puisque c’est un Diptère hein Paul ;o) ) et une météo qui nous parle indien à longueur de journée. Tout se joue là, tout va dépendre de ce que le cortex profond arrivera à faire comprendre au central qui, lui, est sur les starting blocks.
Non on ne s’emballe pas.
Il y a juste 2.3 hectares à point et qui vont nous faire une magnifique cuve de 100 hl à plus de 1000 en anthocyanes, 14 en potentiel, 3.6 de pH et 1.5 de malique ? Eh ben on les prend et puis on s’arrête…
Combien de temps ? (ça c’est la question du moment…).
Et combien de vendangeurs tu vas perdre sachant que déjà avant de commencer, sur les 45 saisonniers recrutés, sept avaient oublié de me prévenir que, mince, c’est balot, mais ils ont décidé de faire autre chose… PDBM !!!!
C’est pourtant pas faute d’avoir été clair sur les conditions et sur les dates ! Eh bien tant pis, c’est pas la peur de perdre des mains qui va me faire accélérer la cadence.
Les gouttes peuvent bien perler sur mes tempes, Kurt peut bien tenter d’accélérer les choses, m’en moque, c’est Ben qui dirige mes pas en ce moment et c’est lui qui maintenant m’accompagne dans mes suivis de maturité.
Les machines peuvent bien tourner, les vendangeurs peuvent bien couper et les cuves de certains fermenter, je reste serein malgré tout et c’est décidé, ce week-end je vendange chez les autres ! Dick attends-nous, on arrive à Lariveau !

Nicolas.

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