Le blog

de REIGNAC

Shares

Tout relatif reste l’effort du viticulteur

7 septembre 2014 | Par Nicolas Lesaint
J’ai toujours été passionné par les arbres, leurs formes, leur puissance, l’énergie qu’ils donnent et la notion toute relative qu’ils nous transmettent de la place que nous prenons dans le lieu où l’on se trouve. Alors, transposer sur eux ce que l’on est m’apparait forcément tout naturel.
Les regarder grandir, pour ceux que j’ai plantés, ceux que j’ai accompagnés de mon arrosoir du haut de mes cinq ans et qui maintenant atteignent des hauteurs astronomiques, après m’avoir regardé partir tous les matins à l’école, aux entrainements, vers mes soirées entre amis, mes moments durs, très durs et mes joies d’adultes, me ramène forcément vers ce cèdre majestueux de mon enfance. Leurs formes nous parlent. Leurs branches nous happent pour nous transmettre leur vécu, l’histoire des millésimes qu’ils ont traversés. Là une courbe, ici une torsion et l’on se revoit cet été-là où un orage arracha ce chablis qui maintenant laisse à cet endroit un orifice sombre. Ce sont aussi nos choix de travail.
Ils illustrent la difficulté avec laquelle nous avançons et les décisions que nous prenons pour aller là où l’on a décidé d’aller. Une fourche et c’est un choix technique pris. Une cassure, c’est une erreur, une torsion, un passage en force face à des éléments contradictoires.
Alors je regarde, je scrute, toujours désappointé lorsqu’il n’y a rien à regarder. Pas d’arbres, pas d’histoire, pas de panneaux indicateurs m’expliquant l’histoire du lieu et du vignoble où je me trouve. Pas de guetteurs autour des vignes, pas de courbes majestueuses ou tordues pour nous montrer ce que le viticulteur a estimé être important pour son travail et la vie de sa propriété.
Parfois même ce désert m’étouffe et me rend grognon, totalement inapte à déguster les vins qui y sont produits. Monoculture de bas étage n’apportant au paysage que ce que le cep seul peut lui donner : de la rectitude, de la monotonie car ce qui fait qu’un vin est ce qu’il est c’est tout ce qu’il y a autour de la culture, ce que son environnement, aiguillé par l’homme, transmet aux racines de Vinifera.
Donnez de la hauteur à un paysage et c’est tout un équilibre qui s’élève, ouvrez une perspective et la minéralité devient compréhensible.
Je reprends mon arrosoir et je remonte le temps de mon enfance. Je revois tout et je comprends que je fonctionne ainsi. Besoin de planter, de tailler, d’aider une pousse. Tout cela me structure et atteint forcément les vins que je fais. Le vin et la vigne sont dans ma vie mais plus encore le végétal m’entoure et me travaille au corps.
Alors que les deux ne font qu’un, trop souvent le rapprochement ne se fait pas. Trop souvent on se contente de cultiver cette plante fruitière et l’on cherche à la séparer des autres détruisant tout autour ce qui peut lui faire de l’ombre, l’isolant du reste alors qu’au contraire le lien doit être étroit.
Je dois malheureusement avouer que je serais bien incapable de travailler dans ces grands espaces où seule la vigne est installée. Certes quelques résidus d’aubépines ou de pruneliers se trouvent encore là par endroits pour nous rappeler que la botanique est là et sommeille, bien cachée dans un talus n’attendant qu’un coup de pousse pour exploser, mais cela ne m’atteint pas.
J’ai besoin d’arbres, j’ai besoins de frères, de liens terrestres avec ce qui nous surplombe et ce qui nous porte. Un ancrage puissant pour un fonctionnement en cohésion avec sa terre.
Alors, passant à l’aplomb de mon Noyer centenaire tordu et penché vers l’Est, je lève la tête et je suis cette branche. Mon regard se ballade et se perd vers la cime. Il remonte et tend vers les sphères vertes du sommet…
Trente petits centimètres de pousse cette année qui résumeront à eux seuls une année d’un travail éreintant…
Tout relatif reste l’effort du viticulteur…
Trente centimètres d’un molosse qui était là avant nous et qui le sera bien après et dont chaque branche résumera nos vies et nos vins…
Mon regard redescend, il passe sur mon Erable, puis mon Liquidambar qui déjà se teint en rouge.
L’automne approche.
Les vendanges aussi.
Peu de choses nous sommes. Restons modestes, regardons autour de nous et surtout entourons-nous d’arbres, nos vins n’en seront que plus beaux.
Nicolas. 

Commentaires(1)

  1. Guillaume Gondinet


    Superbe texte horticole, Nicolas. Merci!

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :


  • Contact
  • Boutique
  • Vidéos
  • Blog
  • Facebook
  • Twitter
  • Google+
  • Youtube
  • Instagram
  • Tripadvisor