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De nerfs et de peur…

10 octobre 2014 | Par Nicolas Lesaint
Dans cette période de vendanges, des décisions qui engagent tout le monde, on en prend. On est habitué à ça, on est engagé pour ça. Toute l’année il nous faut diriger, encadrer, conseiller, orienter, dessiner par nos décisions le millésime que l’on va faire. C’est le job, c’est comme ça et dans toute entreprise il faut un décideur, un aiguilleur du ciel qui va déterminer un cap technique vers lequel on doit aller.
Après, il y a des coups de vents, des grains un peu plus forts que les autres ou au contraire de belles accalmies qui permettent de retrouver un peu de sérénité.

Toute l’année, par ce blog j’essaye de montrer combien le côté humain de la profession est important, capital, vital et que c’est certainement un des facteurs les plus importants qui trace et influence la typicité des vins que l’on obtient.
Est ce que cela s’apprend d’être ainsi ? Est-ce que l’on naît avec la capacité à encadrer, diriger et tirer le meilleurs des personnes avec lesquelles on travaille au quotidien ? Je ne le pense pas. Je crois que l’éducation qu’on nous donne, l’écoute qu’on nous offre quand on est enfant et les modèles humains que l’on a alors nous poussent à cela.

Est-ce que je suis un meneur d’homme moi le un solitaire endurci dans tout ce que je fais ? Moi qui aime me refermer sur moi pour mieux m’écouter me perdant dans mes passions paysagères ou graphiques ?
Je ne sais pas.

En tout cas j’y arrive un peu. Je tends à créer une émulation indispensable à l’écoute de l’autre. J’essaye d’engager tout le monde dans ma passion du vin. Mais peut-on demander à chaque membre de notre propriété d’être aussi engagé que nous le sommes, nous les cadres, d’avoir la même passion pour le vin que l’on fait, pour l’image que l’on renvoie ?
Peut-être pas.

Mais peut-être peut-on faire naître une fierté du travail accompli, une joie de la reconnaissance de l’engagement que chacun est capable de mettre dans les responsabilités qu’on lui donne.
En ce moment et plus que jamais il faut prendre des décisions fermes et définitives. On y va ou on n’y va pas ? On attend ou on court ?
Et le stress est là. Pas celui d’être critiqué parce qu’on a pris telle ou telle décision mais plutôt une peur de mal faire, de gâcher, de décevoir tout ceux qui se sont engagés par leur travail pendant toute une année.

En ce moment en plus la météo est perturbée. Elle change, elle s’éclaircit puis s’obscurcit pour finalement ne pas donner ce qui était prévu, ou pas autant, ou au contraire referme la fenêtre qui était visible à quelques jours.
On goûte, on goûte, on re-goûte encore, circulant, sillonnant les rangs que l’on connait, cherchant à estimer la progression gustative que l’on a eu, comptabilisant ce flétrissement qui progresse peut-être un peu. On mâche, on crache on observe cette cicadelle de la grillure, ce mosaïque et on se dit que tout se joue là, tout s’engage sur cette décision d’avancer ou pas.
Puissance de ramassage, rapidité d’évolution en cas de cracking, disponibilités humaines, résistance des nerfs à la tension…

Alors finalement, on décide de faire une pause.
Mais dès qu’on est arrêté, on doute, on réfléchit de nouveau, ne montrant rien de cette tempête qui nous habite au quotidien. Alors on repart dans les vignes, on les observe de nouveau à s’en rendre marteau en se disant qu’on a pas dû bien voir. Oui, c’est vrai au fait et ce bas de côte que je n’ai pas côtoyé depuis trois jours !!! Et vas-y que ça galope aux quatre coins de la propriété…

Aujourd’hui c’est un peu tout ça à la fois. Occupé jusqu’à présent dans un quotidien programmé par l’absence des coupeurs et des chauffeurs j’étais calme il y a encore une heure puis, malencontreusement, un instant de ralentissement, voilà j’ai fait tout ce que j’avais prévu avant le week-end et là relâchement musculaire et donc montée d’adrénaline générant un pic d’angoisse tsunamique m’oppressant la poitrine. Forcément je me trompe, forcément j’ai pas encore pris le temps d’aller voir les Merlots du plateau que je voulais côtoyer du regard ce matin…
Alors cours Forest cours dans ton Combo, cavale dans les six hectares de ce plateau magnifique d’où sera tiré la deuxième sélection qui fera le Balthus…

Une heure plus tard, le calme est revenu et la tension baisse me poussant toutefois à exprimer sur le clavier cette peur qui désormais m’habitera au quotidien jusqu’à ce que les Merlots soient tous rentrés. 20 hectares sont encore dehors et mon estomac va devoir s’y faire. La force de l’esprit et du regard sur les mains pour les empêcher d’attraper un sécateur et de partir à l’attaque.

Voir ceux que l’on connait achever leurs vendanges rajoute indubitablement quelques kilos sur ma poitrine et renforce le doute qui en permanence accompagne le vol des Yakuza entre les rangs.
Mais non, la beauté du métier vient de là, du fait que l’on est décisionnaire de notre avenir et que l’on trace le chemin de notre récolte.
Alors on l’assumera, on l’expliquera on le défendra contre ceux qui imprimeront un avis définitif sur ce millésime 2014. Une fois de plus il n’y aura pas eu une histoire mais des centaines de romans écrits par des viticulteurs amoureux de leurs raisins et de ce qu’ils deviendront.

Pour le moment nous sommes à la croisée de nombreux chemins nous avons pris la décision d’attendre depuis hier et jusqu’à lundi, le week-end va être long pour ma cervelle mais je sais que nous avons pris la bonne décision.

Pourtant j’ai déjà les mains qui tremblent…

Nicolas.

Commentaires(2)


  1. magnifique billet, tout y est, impression d’être avec toi dans les vignes…impression que la prochaine fois que je boirai ton vin, j’entendrai ton verbe, tes pas…passe un bon week end.
    Sébastien

  2. Christophe Guibert


    Bravo !!

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