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Cornofulgure et autres cris de guerre !!

26 novembre 2014 | Par Nicolas Lesaint
Imaginez-vous en pleine saison, il fait beau (pour une fois), le soleil brille, les oiseaux chantent et vous êtes tranquillement assis aux commandes de votre bon vieil enjambeur qui vous permet de rogner vos vignes à 6 km/h. Bonne température, bonne visibilité, forcément petite station radio allumée pour rester open aux infos du moment toujours très intéressantes et très positives…
Les rangs défilent…
La main droite sur le joystick, la gauche sur le volant, l’inter-rang est à vous, vous n’êtes plus un simple vigneron mais un pilote en puissance à bord de son astronef prêt à traverser l’espace spatio-temporel pour atteindre la nébuleuse perdue dite du cep qui rigole.
Le téléphone sonne, et c’est Actarus qui vient prendre de vos nouvelles et s’enquiert de l’avancée du rognage parce que quand même la mission principale c’est bien celle-là …
Quand subitement surgissant de nulle-part tel un insidieux Golgoth l’attaque est foudroyante et passant entre vos roues vous entendez un gros CRACK ne laissant aucun doute quant aux résultat final du combat… Victoire par KO et écrasement total du robot prédateur…

Enjambeur 1 Vitirover 0…

Descendant de votre vaisseau et dégainant votre pistolet à énergie vachement puissante, qu’un simple tir peut vous satelliser dans la stratosphère, vous vous approchez de la bestiole qui dans un dernier râle se traîne vers un pied de vigne où, couinant son impuissance, elle trépasse sans que d’un facétieux coup de botte vous ne l’ayez retournée une dernière fois…

Voilà en fait un peu ma vision de la robotisation des activités viticoles de notre profession… Cela fait quelques années que ces sales bestioles de robots autonomes de bêtise et de stupidité s’entêtent à vouloir envahir nos rangs et nos tournières. Mais est-ce bien le robot ou son inventeur que l’on doit critiquer, voire même plaindre, vu que d’intelligence artificielle pour l’instant ils n’en ont pas vraiment beaucoup de kilos à nous proposer ?
Forcément des tâches répétitives on en a dans notre profession et croire que l’on peut s’en dédouaner reste totalement utopique.
Alors, après avoir voulu lancer le Wall-Ye fantastic et le Vitirover d’argent, voilà que ça continue de fumer sous les casquettes des ingénieurs en herbe…
Comment pourrait-on permettre au viticulteur d’être plus heureux, épanoui, sans cals dans ses mimines et qu’il puisse se concentrer sur son IPhone dernier cri qui lui permettrait de diriger toutes les façons du vignoble sans sortir de son canapé Ikéa ? Hein Roger, comment on peut faire ?
Comment rendre l’homme plus proche de sa flemme, plus dépendant des nouvelles technologies et encore un peu plus éloigné de ses vignes ?
Comment réussir à le court-circuiter un peu plus de ce qui est le fondement de son travail : la proximité de son vignoble, de ses terres, de son environnement pour qu’il nous foute la paix avec ses réflexions à deux balles sur l’impact écologique de son activité ?

Peut-être tout simplement en lui lâchant la grappe encore un peu plus avec toutes ces technologies qui ne servent à rien, qui ne sont pas rentables et qui en plus déforment les fondements même de notre profession. Hein Raymond ?

Un Vitirover qui tond tout seul à raison de 300 à 500 m/h sur une largeur de 32 cm avec un coût de 7990 euros pièce, c’est à dire qu’il vous faut un Golgoth pour gérer un hectare sur l’année… Ben M. Vatelot, il m’en faut 70 des p’tits gars… Imaginez les zigzags dans les vignes quand un plein traitement vous vous penchez par la fenêtre en vous disant : “put… il est où ce c… que j’écrase pas l’équivalent de sept SMIC…”

Et puis c’est pas le seul, désormais la voie est ouverte, et vas-y que je te propose le Robot-boy (Robotic Vineyard pruner) version californienne à 150 000 dollars qui taille un pied à cordon en 1 minute, ou l’Astro boy version Vigne d’Oz (Naïo Technologie) qui soit disant est capable de vous travailler les sols en toute autonomie.
Après, vous avez toute la gamme de ceux qui volant et tourbillonnant vont pouvoir regarder, scruter le feuillage, les grappes, les sols, la couleur des tee-shirts des quelques rares employés qui resteront dans vos vignes et bientôt les autres robots qui leur permettront d’avoir leur vin en fin de saison. Ils vont pouvoir vous inonder de données numériques dont forcément vous ne saurez quoi faire si ce n’est les accumuler dans vos clefs USB en forme de bouchon.

Quand est ce que tous ces gens comprendront que l’avancée technologique ne rime pas avec la disparition des tâches les plus difficiles physiquement ? Quand est ce que ces personnes, qui en plus ont de toute évidence de jolis moyens, intégreront-ils le fait que le travail manuel n’est pas dévalorisant, qu’il faut arrêter de penser en rentabilité économique et que l’homme peut-être le mieux placé pour réaliser certaines tâches?
Cultiver sa vigne n’est pas une activité 2.0. Si l’on décide de s’inscrire dans cette démarche de travail, de production, de création c’est avant tout pour que cette part humaine et manuelle puisse s’exprimer et vivre comme la preuve que l’homme n’est pas mort et que ses bras fonctionnent encore.

N’y aurait-il pas plutôt des moyens humains à développer ? Un retour aux choses simples et concrètes à mettre en lumière pour que cette masse d’humains inactifs prennent conscience des possibles qui s’ouvrent à eux dans la profession ? 
Je reste convaincu que la piste n’est pas bonne. Que la robotique nous assiste dans une décision technique ou dans une répétition de tâches dangereuses je ne dis pas pas qu’elle prenne le pas sur tout et surtout sur les fondamentaux du métier, la proximité du viticulteur avec ce qui fait son terroir et son ressenti totalement arbitraire, je ne suis pas d’accord.

Heureusement cela ne marche pas, heureusement cela ne prend pas ou plutôt si, uniquement chez certains cherchant à communiquer et à exister dans une actualité riche en expression individuelle. Regardez le Wall-Ye désormais disparu alors qu’il était présenté comme une révolution technologique et mondiale sonnant le glas de l’homme tailleur…
Arrêtez de perdre du temps, les challenges ne sont pas là, les priorités à avoir non-plus.
Le High-tech investit nos vignes nous dit Réussir Vigne, moi j’y vois plutôt le Dark-tech et le symbole d’un égarement intellectuel dont le fumet me donne la nausée.
Civilisation de la gadgétisation du travail et du renoncement de sa part manuelle comme si l’homme devait devenir un tétraplégique de l’action, un rangeur de palettes télécommandées par une pensée intellectuelle souveraine pour tout diriger.

Alors, le Capitaine Flam après avoir poussé le Golgoth du bout du pied et l’avoir toisé une dernière fois remonte dans son Dogger interstellaire, relance son moteur thermique, rallume sa rogneuse et s’élance à nouveau à l’assaut de ses rangs de merlot.
Il a le sourire aux lèvres et d’un grand geste majestueux lance un Bonjour chevaleresque à l’équipe du vaisseau Entreprise en train de peaufiner un relevage manuel aux petits oignons.

La matinée s’annonce belle, l’humanité vient encore de remporter une bataille face à sa propre bêtise, le Grand Stratéguerre n’a qu’à bien se tenir les Golgoths ne passeront pas ;o)

Nicolas.

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