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L’AOC comme stimulateur d’écologie ?

3 novembre 2014 | Par Nicolas Lesaint
S’il vous plait m’sieur, quelques jours encore, quelques journées sans trop de pluie et puis allez, tu pourras tout gorger d’eau, on en aura plus rien à faire, cela ne nous gênera plus. Ou si quand même, quand la boue collera aux bottes et que l’eau pénétrera la sous couche du Guy s’étalant en froides flaques à l’intérieur du pull, je me rendrai bien compte que quand même je ne m’en moque pas totalement.
Après les vendanges, classiquement, débute le temps du travail des sols. J’aurais bien aimé pouvoir démarrer un peu plus tôt pour faire davantage de choses, mais après tout il vaut mieux le prendre comme un premier facteur du millésime qui marquera ce que l’on fera, ou pas, pour 2015. J’ai pu faire ça, ça et puis ça et ça par contre, pas eu le temps…
Alors on décompacte l’inter-rang histoire d’aérer les sols, stimuler la repousse racinaire parce qu’on a bien vu cette année qu’en conditions froides au printemps la Magnésie n’était pas à la fête. On chausse les vignes qu’on se dit même, franchement qu’on est un peu maso, qu’on a bataillé toute l’année pour la sortir d’autour des pieds cette foutue terre garnie d’herbes et que là, qu’est ce qu’on fait, maintenant qu’on a réussi ? Ben on la remet à sa place histoire de s’occuper un peu l’année prochaine…
Et puis il y a quelques semis d’engrais verts que cette année, enfin, j’arrive à faire alors que c’est vraiment quelque chose que j’aimerais pouvoir systématiser davantage et surtout le faire un peu plus tôt parce que fin octobre… On verra bien ce que donneront cette Moutarde et cette Navette, mais vendanges obligent et enjambeurs passant bien dans le milieu du rang, il m’est encore bien difficile de les faire avant l’achèvement complet de la rentrée du raisin. Ou alors si, par spots, en passant son temps à dételer, ratteler, repasser les tracteurs en voie étroite et en ayant d’avantage de chauffeurs j’y arriverai un jour. Ou alors semer beaucoup plus tôt, mais ça on verra avec le temps.

Pendant ce temps les premiers écoulages ont débuté. Pas bien vite en fait, juste deux cuves dont une ce matin même. Un mois de cuvaison et puis hop on rend sa part aux demoiselles Droso qui franchement sont plus que présentes cette année… Déjà on les avait vues dans les vignes et là maintenant forcément elles se mettent au chaud. Alors prudence et gardons bien la bouche fermée en allant d’une cuve à l’autre si l’on ne veut pas se lancer dans la nouvelle mode de la protéine animale volante consommée en fast-food…
Et puis débute la période des bilans techniques, savoir faire le point avec tout le monde pour se dire là on a réussi, là on a progressé, en revanche là on s’est totalement emplafonné l’objectif qu’on s’était fixé.
La principale marche que l’on s’était fixée en 2014 a été atteinte, le travail mécanisé sous les rangs de toutes les parcelles situées sur les Graves. Chouette !! Mais bon ce ne fut pas sans les forceps quand même dans des conditions frôlant parfois le funambulisme de haut niveau… Entre les pannes, les usures prématurées, le manque de chauffeurs et de matériel pour être réactif, j’ai blanchi un peu plus de la barbe en 2014 détruisant définitivement le mythe selon lequel pour ma fille je suis un Highlander qui ne vieilli pas…

Là où j’en vois certains être à quatre enjambeurs en pleine action sur trois fois moins de surfaces que nous, nous n’en n’avons qu’un et un vigneron… Alors forcément la vitesse d’action et la réactivité n’est pas la même. L’usure du matériel non plus d’ailleurs…

Donc cet hiver il faut trouver plein de nouvelles modifications dans la manière de procéder, surtout que l’idée n’est pas de stagner mais plutôt de progresser. Actuellement nous sommes à peu près à 50% de la surface plantée ainsi travaillée, l’idée est de passer à 80% le plus rapidement possible… Ça ne sera pas pour 2015 mais déjà si on arrive à mieux s’organiser et à récupérer des petites Decalex, 8 ha en plus ça devrait être possible… Et qu’on ne me dise pas que c’est facile et qu’il suffit de claquer des doigts, les idées on les a, l’envie je vous en parle même pas, les moyens on se les donne mais on n’est pas non-plus dans la famille d’Yves et Stéphanie Poppins…
De toute manière il y a obligation à aller dans cette voie et je ne comprends même pas pourquoi beaucoup ne s’y sont pas encore engagés. Mais certainement que le français est comme ça, tant qu’on ne l’oblige pas par une règle du jeu stricte il n’y va pas. Pourquoi ne ferait-on pas comme pour la restructuration du vignoble une obligation progressive de basculement vers un abandon du désherbage avec obligation de conversion annuelle en travail mécanisé d’un certain pourcentage de la surface plantée ? Même peu, même que 1% par 1%.
L’intégration intellectuelle de cette idée se ferait alors en douceur et je suis certain que tout avancerait beaucoup plus rapidement sur le terrain. Après, tout n’est qu’échanges et discussions pour trouver la combinaison qui fonctionnera chez soi.
Mais voilà, la volonté n’est pas encore là, toujours pas. Alors que des réductions d’intrants sont demandées à tous d’ici quelques années la conversion mécanique n’est pas celle phytosanitaire. Elle n’engage pas la survie de la récolte et peut donc être abordée beaucoup plus sereinement et rationnellement.
Certains critiques les AOC les présentant comme des carcans intellectuels et techniques. Ne pourraient-elles pas alors être les moteurs de ces améliorations écologiques qu’on nous demande en étant leader dans l’exigence de cette progression du travail mécanisé ?
Les AOC ont été créées à l’époque pour améliorer la qualité organoleptique des vins ne pourraient-elles pas se “révolutionner” et prendre ce challenge de l’environnement à bras le corps proposant, exigeant, stimulant les viticulteurs en fonction de leurs régions et de leurs contraintes de production ? Elles redeviendraient des moteurs de la profession n’ayant pas qu’un simple aspect répressif mais forcément améliorateur et fédérateur pour l’orientation environnementale que nous devons tous prendre.
Personne n’aime les carcans, personnes n’aime les contraintes mais certaines adaptations techniques de notre profession sont désormais obligatoires nous le savons. Tout le monde le sait mais beaucoup n’arrivent pas encore à l’admettre campant toujours sur leurs positions. Contraintes économiques, freins intellectuels, problèmes de dimensionnements humains. Est ce que toutes les propriétés actuelles peuvent basculer sur le non désherbage ? Je pense que oui mais pour cela un cadre stricte doit être avancé et un accompagnement administratif reste nécessaire. Et pourquoi pas donner ce rôle à l’INAO ?
Le débat est ouvert, la tendance est donnée, la profession doit avancer en faisant bouger les lignes, à chacun d’accepter qu’un rythme rapide n’est pas forcément possible pour tout le monde. En revanche, tout le monde doit comprendre que le basculement sur ce point technique est inéluctable.
Le mur est devant nous maintenant il nous faut le franchir, d’une manière ou d’une autre.

Nicolas.

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