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Regarde tes ceps tomber…

19 novembre 2014 | Par Nicolas Lesaint
Mortifère et damnation, j’avance vers la parcelle des Russes, vers cette masse informe qui cartographie le paysage. Ici gît les vaincus de la viticulture. Ici se trouvent regroupés ceux qui ont su servir, corps et âmes pendant de nombreuses années, le sol dans lequel ils avaient été plantés. Désormais regroupés en tas ils attendent de réchauffer nos carcasse une dernière fois avant de repartir fertiliser les Argiles et les Graves.
Ces ceps sont morts. Racines à l’air comme des épouvantails à Étourneaux grimaçants encore un peu dans un rictus de fin, ils me regardent passer. Chaque jour il en arrive un peu plus, chaque semaine la montagne culmine à une altitude un peu plus grande et le calvaire se poursuit.
Mortalité de pieds, maladies dégénératives du type Esca, Eutypiose, Black Dead Arm, dégâts de travaux mécanisés sous les rangs, l’hécatombe est là, chaque année quantifiée et régulièrement compensée. Mais à quel prix ? Jusqu’à quand est-il tolérable de se créer une telle hétérogénéité au sein même de sa parcelle ?
Certains diront que de l’hétérogénéité naît la complexité que l’on cherche dans un vin… Honnêtement, je n’y crois pas trop.
Alors malgré tout, tous les trois ans on repart en campagne. J’fais des trous des p’tits trous encore des p’tits trous, des trous sous les rangs, des trous bien profonds pour qu’mes pieds ils r’partent bien, pour qu’mes pieds ils arrivent à pousser au milieu des gros gourmands qui sont autour…
Honnêtement j’ai testé pas mal de techniques différentes allant de celle à la va-vite qui laisse peu de chance au pied de repartir, à celle à la tarière qui tourne tourne et retourne pour bien lisser le trou sans descendre assez profondément pour extirper toutes les racines du précédent pied de vigne. Pour finalement trouver la technique qui me convient et qui mérite qu’on perde le temps qu’il faut pour la pratiquer. Parce que Dieu sait que c’est chronophage de racotter ses pieds manquants, Dieu sait que c’est pénible de les suivre en saison et donc que ça revient cher à faire. Alors il serait trop bête de ne pas réaliser correctement la première étape qui détermine beaucoup de chose: installer parfaitement le jeune plant dans un sol adapté à sa bonne et rapide croissance.
Décompacter en profondeur, lui offrir un sol meuble et enrichi d’un compost nourricier, utiliser deux marquants et non plus un, l’encadrer d’attention avant de le laisser vivre sa vie de trente à quarante années… Si tout va bien…


Voici donc que la campagne lancée, voici donc Papa Noël et son traineau qui déambule de rang en rang…
Alors oui il a de la moustache le père Noël et une barbe naissante qui sera au top pour le 25 décembre mais je le soupçonne cette année de nous laisser un peu plus de trous rebouchés que prévus… Estimation pour 2015 : 9500 trous sur 16 hectares plantés à 6600 pieds par hectares, 19000 marquants et 40 tonnes de compost…
10% de nouveaux compagnons, 10% de bébés à s’occuper. La vie, la mort accompagne notre quotidien, tout n’est qu’un éternel recommencement.

Soyez tranquilles les p’tits gars, vos berceaux sont en préparation, laissez passer l’hiver, nous travaillons pour vous et au printemps, votre naissance pourra être fêtée en fanfare !!!

Nicolas.

Commentaires(1)


  1. J’adore magnifiquement écrit, super vidéo, didactique et permet de se rendre compte de l’importance de la tâche

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