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Un peu de zique dans votre vin ?

17 novembre 2014 | Par Nicolas Lesaint

Le vin est politique, il est le tremplin de l’expression de nos choix, de nos goûts, de nos idées et de nos convictions. Dès lors ne demandons pas à quelqu’un d’être objectif pour ce qui est de la qualité du vin qu’il est en train de déguster, il en est bien incapable puisque ce qu’il ressent, ce qu’il perçoit dépend fondamentalement de son histoire, de son passif, de ses envies, de son humeur, de ses convictions, de son patrimoine génétique, de ce qui fait qu’il est présent maintenant dans la vie réelle.
Personne ne peut affirmer être objectif lorsqu’il déguste un vin. Trop de paramètres entrent en jeu, trop de chemins des possibles ont déjà été cloisonnés avant que la première goutte de vin atteigne le palais du dégustateur.
Quel est le temps d’aujourd’hui, comment vous vous êtes levés ce matin, comment vous ressentez le cadre ou le lieu dans lequel vous allez devoir écouter vos sens, dans quel état sont vos sens, lesquels conscients ou inconscients, sont en éveil ?
Parce que le problème se trouve bien là.
Connaissez-vous les sens qui vous influencent le plus ? Les voyez-vous vous diriger, vous mentir, se jouer de vous face à une situation ou un événement ?
Lorsque l’on connaît la force du psychisme, pensez-vous qu’à tout moment dans le cadre d’une analyse gustative d’un vin on puisse se départir de la fausseté de son vécu ?
Forcément non.

Donc déjà, il faut en être conscient pour ramener son ego à sa juste valeur et arrêter d’affirmer ses goûts comme des vérités absolues modelées par la plus grande fausseté d’une objectivité toute relative.
Même si beaucoup de professionnels en sont conscients, et encore certains devraient certainement se remettre en question un peu plus souvent, je croise trop d’amateurs éclairés affirmant contre vents et marées des convictions politico-vinicoles totalement arbitraires. Résolument amoureux par rapport à des choix émotionnels, mais par définition non objectifs puisque ce sont des choix affectifs.

Pourquoi aimons-nous un vin plus qu’un autre ? Qu’est-ce qui nous pousse à défendre un producteur plus qu’un autre ?
Forcément on tente des rapprochements, forcément on s’approprie les convictions de l’homme ou de la femme qui l’ont fait parce qu’ils sont capables de transformer quelque chose d’abstrait, des convictions, des philosophies, des idées de partage et d’échanges ou de dominance, en quelque chose de concret.
Dès lors nos idées, nos moteurs se cristallisent en un flacon porteur de vérités que l’on transmet à son voisin, que l’on échange entre castes d’initiés comme un étendard de ce qui est beau et bon. Ce drapeau ne peut donc pas nous décevoir. Ou alors, un peu, peut-être, mais pas autant que celui du voisin que l’on a toujours considéré comme un peu moins fier que le sien.

Le goût dépend de chacun, l’odorat, la vue, l’ouïe aussi. Rajoutez un arôme de vanille ou de caramel à une solution d’eau sucrée et vous verrez que les gens trouverons systématiquement que ces solutions sont plus sucrées que la première sans ces arômes. Le goût et l’odorat se mélangent pour mieux nous tromper.
Écoutez cette personne qui utilise des termes relevant du goût pour décrire une odeur. Nous mélangeons nos sens nous tentons de les utiliser dans le bon sens mais eux savent aussi nous mentir en fonction des connexions neuronales que l’on a su leur associer au cours de notre vie personnelle.
Alors les formes de verres, les lumières, les couleurs des vins je ne vous en parle même pas.

Et l’ouïe alors ? Le bruit du bouchon que l’on sort, celui du verre qui se remplit ou des bulles qui éclatent à la surface de la flûte, ne seraient-ils pas capables d’entrée de nous orienter vers tel plaisir ou telle déception fortuite ?
Et la musique diffusée au moment de lever le coude n’aurait-elle pas une influence précise sur l’appréciation que vous aurez quelques secondes plus tard ? Comme ces grandes surfaces qui choisissent précautionneusement ce qui est diffusé dans ses rayons, croyez-vous qu’elles le fassent au hasard, elles les spécialistes de la manipulation mentale de l’achat compulsif ?

Certains chercheurs du département de psychologie expérimentale d’Oxford se sont penchés sur le sujet et ont tenté de mettre en évidence l’influence de la musique sur l’appréciation d’un vin (Revue des Œnologues n°153).
Y a-t-il une musique privilégiée pour un type de vin ? Un ensemble de personnes est-il capable de trouver un consensus sur ce sujet indépendamment de leurs goûts musicaux eux aussi fortement chargés en revendications sociales et politiques ?
Pour cela ils se sont amusés à proposer d’associer quatre vins très différents (Domaine D. Dagueneau Pouilly-Fumé Silex 2010; Domaine Ponsot Clos de la Roche 2009; Château Margaux 2004 et Château Climens Sauternes 2001) et huit morceaux de musique eux aussi contrastés dans leur style issus de cinq compositeurs de musique classique (Mozart, Tchaïkovski, Ravel, Debussy ou Bach).
Est-ce que l’acidité, le côté aromatique ou la masse tannique d’un vin pourraient être mieux perçus sur une musique lourde et puissante comme Carmina Burana ou avec les Beachboys et leur Surf in USA ?

Au final, et aussi surprenant que cela puisse paraître, des consensus ressortent sur certains styles de vins. Les notes graves correspondraient mieux à des goûts amers et les notes aiguës aux goûts sucrés. Un son grave pourrait-il alors paraître plus pesant qu’un son aigu ? Le choix d’une musique appropriée pourrait-il aider à mieux détecter certains arômes et aider à former un palais à une dégustation plus précise ?


Lorsque l’on regarde le résumé de cette étude, ce que je trouve amusant c’est le contraste entre deux vins totalement opposés comme Le Château Margaux et la Cuvée Silex qui permet de montrer qu’il y a des musiques de prédilection opposées pour ces deux vins qui sont sur des styles aux antipodes l’un de l’autre alors qu’il y aurait plus de consensus peut-être pour un vin sucré.

Tout ça uniquement pour rappeler que nous sommes prisonniers de nos sens et même de ceux que l’on ne pense pas forcément utiliser au moment où l’on déguste un vin.

Alors affirmer telle ou telle chose sur la qualité intrinsèque d’un vin bien fait devrait se faire de façon certainement plus modérée et davantage dans le respect de celui qui l’a fait. N’oublions pas que nous ne sommes que des hommes et même si certains on peut-être davantage de connaissances théoriques sur le sujet de la dégustation ils n’en restent pas moins faillibles et exposés à leur propre nature humaine.

En prendre conscience est déjà énorme, se l’approprier pour mieux respecter les vins que l’on déguste en est une autre.

Apprenons à rester modestes, abreuvons-nous de bons vins et de bonnes musiques, varions les associations et tout le monde pourrait être surpris de se rendre compte que définitivement le Rock reste la meilleure zique pour déguster un Reignac.

Mais si je suis objectif, j’ai tout testé je vous dis, j’ai tout essayé… ;o)

Nicolas.

Commentaires(1)


  1. bonjour nicolas
    en attendant le 7
    http://boisetcharbontoulouse.blogspot.fr/

    sébastien braun

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