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Quelques nouvelles du front…

30 janvier 2015 | Par Nicolas Lesaint

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Les maladies du bois, sont un peu comme des sujets tabou dans la profession, une idée de la viticulture abordée régulièrement parce que techniquement la contrainte est forte mais plutôt discrètement. Malheureusement lorsque vous n’avez pas de réelles solutions devant vous pour endiguer le phénomène…

Alors tu racottes, tu fais des trous, des p’tits trous et tu entretiens tes complants parce que si ça coûte déjà assez cher de les mettre en place, c’est pas pour en plus ne pas s’en occuper soigneusement. Quand pour en rajouter une couche vous travaillez mécaniquement sous les rangs désormais, ben le sport devient national. Alors un deuxième marquant apparaît par exemple, tu t’autorises encore des poches de protection pour les stimuler et les protéger des buttages, etc. Mais tout cela n’est que du a-postériori. Tout cela n’empêche pas la maladie, ou plutôt les maladies d’arriver, il faut donc trouver autre chose.

Aucun moyen de lutte chimique n’est actuellement disponible depuis l’interdiction en 2001 des deux fongicides super crados, mais efficaces, que la profession permettait d’utiliser : Arsenite de soude et Carbendazime. Et c’est pas plus mal tellement ces produits étaient détestables sur tant de points de vue. Le taux de ces maladies du bois ( Esca, Eutypiose, BDA) a progressé de 1.6% en 2003 et de 4.8% en 2007…

La dernière étude du réseau de surveillance national nous dit que c’est l’Eutypiose qui a le plus progressé en particulier en Charente et dans le Val de Loire. Pour l’Esca et le BDA la perte de surface productive à cause de ces maladies est estimée entre 4 à 20% selon les situations régionales avec une moyenne de 13% de la surface…

Cet organisme a pu constater en 2012 que 40 à 50% des parcelles exploitées en France sont concernées avec 10 à 15% des ceps atteints. 75% des viticulteurs sont aujourd’hui concernés par les maladies du bois… Si ça c’est pas un problème fédérateur je ne sais plus quoi dire. Mais lorsque l’on voit l’enthousiasme participatif de la profession sur des fléaux comme la Flavescence on est en droit de douter d’un regroupement efficace des forces vives. Sauf que dans ce cas présent, on ne parle pas de traitement puisque aucun fongicide ne fonctionne actuellement…

Alors il faut s’intéresser au volet prophylactique et là il est plus facile de communiquer.

Alors, différentes techniques se mettent en place pour comprendre le fonctionnement de ces champignons et trouver des solutions innovantes. On sait que leur développement va être lié à un état d’équilibre nutritionnel du végétal (ICI), à des nécroses internes dans le bois, induisant des désordres vasculaires, des symptômes sur feuilles avec le développement de ces champignons au sein même de ce système vasculaire.

Alors, certains essayent d’agir au moment de la production des jeunes plants, traitements à chaud, on tente des greffes dites en bouture herbacée, on raisonne la taille en minimisant les portes d’entrées que sont les plaies de taille mais malgré tout, un cep, il faut bien le tailler une fois par an…

Cette installation de champignons “prédateurs” se faisant par les plaies de tailles, certains s’intéressent à la notion de compétition dans cet espace de pénétration en tentant d’introduire au moment de la taille ou très précocement lors de la production des jeunes plans, un autre champignon antagoniste mais lui connu pour ne pas générer ces dégâts vasculaires, c’est Trichoderma. Les résultats semblent encourageants.

De toute manière aujourd’hui toutes les études faites pour tenter de stopper ces champignons par des moyens chimiques n’ont pas pu aboutir à la mise sur le marché de fongicides. Cela a malgré tout un côté rassurant sur le fait que l’efficacité de nouvelles molécules est quand même bien fait et que la pression commerciale, parce que je peux vous dire qu’elle est là, ne se traduit pas forcément par la mise en marché trop précoce de molécules inefficaces…

Après, il y a aussi les Protéodies, je vous en avais déjà parlé…

Arrive maintenant en ligne mire depuis quelques années la notion d’extraction mécanique du champignon par curetage des bois malades. Là ça devient de la haute sculpture et je dois bien avouer que lorsque l’on regarde travailler ceux qui savent réaliser cet art le résultat est assez impressionnant quant à la forme du cep après l’opération… Mais il semblerait que cela soit aussi efficace, du moins dans les premières années qui suivent l’opération. Pour le reste il faudra attendre un peu quand même.

Tout ça en fait pour vous présenter et mettre en avant cette belle vidéo que vous avez juste dessous où la taille Poussard, la moins génératrice de plaies de taille, est présentée, le curetage aussi et enfin le regreffage de pieds apoplectiques. Elle est tellement bien faite que je n’ai pas pu résister à la relayer.

De toute manière la solution ne sera pas unique mais une fois de plus multifactorielle et nous devrons vivre avec ces maladies et continuer à essayer de minimiser leurs impacts. Chercher à les faire disparaître serait utopique, une fois de plus tout n’étant qu’équilibre certainement ont-elles aussi un rôle à jouer ici bas mais malheureusement leurs objectifs ne sont pas forcément les nôtres.

Nicolas.

Commentaires(5)


  1. 2 questions :
    que mettent-ils dans le tube de protection et pourquoi ?
    d’où viennent les greffons et comment ont ils fait pour les sélectionner ?
    d’avance merci.


    • J’ai l’impression que c’est de la sciure ou du sable pour maintenir une humidité, quant aux greffons à mon avis ils sont pris sur place sur des pieds apparemment en bonne santé


  2. Merci Nicolas pour ces explications et cette belle vidéo !


  3. Bonjour Nicolas,
    C’est mon premier commentaire sur votre blog que j’ai découvert il y a quelques temps déjà et dont j’apprécie beaucoup son contenu. Je me présente rapidement, je suis viticulteur à Saint-Amour Bellevue dans le Beaujolais.
    Concernant les pratiques viticoles contre les maladies du bois, il existe un manuel du même nom disponible auprès de la SICAVAC (25 € ).
    Il est composé de textes facilement compréhensibles et bien illustré de photos et de schémas simples. En plus si vous avez la chance de pouvoir participer à une formation(organisée par votre chambre d’agriculture par exemple) avec François Dal, je crois avec beaucoup de convictions que ces maladies du bois ne nous seraient plus autant préjudiciables à moyens termes.
    J’ai suivi cette formation et j’ai été profondément marqué par la notion du respect du flux de sève, ce qui est primordial depuis la reprise du greffon chez le pépiniériste. Malheureusement la demande étant de plus en plus forte en quantité de greffes que les professionnels même reconnus font appel à de la main d’œuvre occasionnelle qui n’a pas forcément reçu un apprentissage de qualité. Il en va de même pour tout ceux qui taillent les vignes et surtout les plantations et complants lors des premières années. Il est clair que si les jeunes plants démarrent leur vie avec des erreurs parfois cruciales, ils ne pourront pas ou difficilement lutter contre ses maladies du bois, avec parfois des facteurs aggravants comme un stress climatique, un sol qui s’appauvri, une blessure mécanique etc.
    Bien cordialement
    Pascal

  4. Nicolas Lesaint


    Merci beaucoup Pascal, je vais me renseigner sur cet ouvrage :-)

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