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Mon 74ème ami…

20 février 2015 | Par Nicolas Lesaint

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Je crois que ce métier me fera en permanence découvrir de nouvelles choses sur les autres et sur moi… Évidemment il y aura toujours la rencontre, la belle, celle d’un dégustateur qui vient vous voir pour partager, comprendre et écouter et qui embellira votre journée en partageant votre passion. Il y aura le nouveau saisonnier qui passait par là et que finalement vous avez pris dans l’équipe alors qu’a priori la nécessité n’était pas forcément là mais parce qu’un je ne sais quoi vous a convaincu au fond de son cristallin qu’il apporterait une touche intéressante à l’ensemble.  L’ami lui aussi est venu et d’un geste, d’un appel téléphonique ou d’un sms bien placé vous a décoché cette exclamation exquise de plaisir que vous emporterez ce soir dans votre foyer et qui apportera encore un peu plus de lumière à votre vie d’amoureux. Ça vous éclaire de l’intérieur, ça vous émeut, ça vous attriste ou vous met en joie mais en tout cas ça vous fait vibrer et une journée ne mérite d’être vécue que si elle vous fait au moins rire et pleurer une fois en la parcourant et je crois bien que cette année en 5 commence sous des astres titilleurs parfaitement connaisseurs des règles de cet art ancien.

Et puis le 74ème visiteur arrive, le 74ème de vos mauvais rêves, le dernier que vous vouliez rencontrer. Mais il est là, il s’accroche, vous bouscule, vous renverse faisant naître en vous des tempêtes d’adrénaline et des tornades brûlantes écrasant sinus et tempes, compressant le tout pour vous laisser là seul dans votre lit les yeux ronds à regarder le plafond. Abrutissant à l’excès, révélant au début ce qu’il y a de plus mauvais et de plus dur en vous il sait pourtant extraire de bonnes choses à n’en pas douter, un je ne sais quoi qui vous fait grandir d’un coup. Ce 74ème visiteur ce mois-ci m’aura appris beaucoup, il m’aura fait plier un peu les épaules et aura aussi très certainement cassé quelque chose. Une perte d’utopie, une destruction d’humanité et de créativité mais aussi un nouvel atterrissage dans un métier qui désormais ne sera plus le même pour moi. Et moi de mieux comprendre désormais certains combats, d’appréhender plus concrètement les plaintes de certains et les angoisses d’autres.

Je pense à Jean-Luc. Le Z de ma jeunesse professionnelle, le voisin de travail, le viticulteur pointilleux, très pointilleux qui peu a peu a vu sa capacité à gérer le stress et les tensions techniques, commerciales et administratives diminuer de jour en jour. Un appel, un coup de téléphone et je venais le voir, lui, paniqué dans ses vignes qu’il voyait désormais plus comme une contrainte que comme une manière de sortir de belles choses de son ventre. Je comprends mieux aujourd’hui comment ce stress peut monter et tout écraser autour de soi sans que l’on puisse en prendre le contrôle. Il est là à votre réveil, il est là dans vos rangs, et vous nargue d’un geste désinvolte provoquant une panne de pulvé à un moment toujours capital, il vous crache dessus d’une grêle scélérate et se moque de vous en invitant quelques champignons au sein de vos grappes mais il sait aussi parfois faire naître en vous la belle chose qui vous amène à vous surpasser. Encore faut-il savoir la retenir cette chose extraordinaire le jour où l’éternelle loi revient à la charge…

Et puis Jean-Luc monte, monte dans des sphères où plus personne ne peut l’atteindre, il s’envole dans ses délires et ne redescendra que cassé, bras tordu et parole perdue…

Alors revient la volonté, celle de revenir et forcément ce sera aussi un autre moment de vie et une découverte d’un sillon intérieur qui redonne une direction.

Mon 74ème ami m’a bien secoué depuis un mois et demi, son voisin aussi d’ailleurs. Mais je sais qu’ils m’auront appris énormément de choses sur moi et sur les autres sur la manière d’aborder son travail, son devoir et ses responsabilités. Faites moi encore pleurer, rire, trembler, vomir, chanter, crier, hurler du Tostaky ou du Nowhere à plein poumons que la tripaille se secoue, qu’elle se balance pour faire sortir de moi ce que vous y cherchez, j’ai donné tout ce que j’ai pu, j’ai avancé face à vous et j’ai visité votre tanière, je suis venu, j’ai vu et le souvenir que tout cela a imprimé restera indélébile dans mon crâne. Mais je sais que ce 74ème maillon fait parti d’un tout, d’un ensemble qui façonne ma vie, mon quotidien tout comme Angel qui restera forcément longtemps un phare espagnol dans ma cervelle cramée, lavée, rincée mais réveillée.

Je suis là, je me relève, je repars, je reprends la main de mes émotions et de ma vie. Je suis vivant et je sais bien que désormais les chemins des possibles et les falaises des dangers seront encore plus cristallins qu’avant dans mes rêves de poète vinique et alors, éperdu de moments de joie, je mitraille à tout va l’espace qui m’entoure, mon appareil n’en peut plus, je cours, je vole je redémarre, je tourne la page écrivant un nouveau chapitre, je reprends le goût d’écrire, sur moi, sur les autres, sur ceux qui ont su faire germer une nouvelle portion de vécu et de possibles, je tape frénétiquement sur ce clavier sans savoir exactement où il va me mener mais au moins m’aura-t-il permis ce soir de poser ici une constatation invariable : ça aussi, c’est passé… ça aussi.

Nicolas.

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