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2015 Vendanges de privilégié…

14 octobre 2015 | Par Nicolas Lesaint

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Plus les jours passent et plus j’ai de mal à entendre mon réveil sonné le matin. C’est un fait, le corps commence sérieusement à marquer le coup. Les maux de têtes quotidiens reviennent, mes cervicales me font souffrir, ma gorge me rappelle à l’ordre et mes reins font des siennes… Alors caféine, paracétamol et ibuprofènes remplacent les séances de piscine du soir qu’il va de toute évidence falloir que je reprenne dès que les vendanges seront achevées. Mon corps me rappelle à son existence comme s’il me soufflait à l’oreille que bon, ça commence à bien faire de pas dormir beaucoup et d’avoir l’esprit et le corps en éveil toute la journée. Cette année, une fois de plus comme pour 2014, la récolte aura durée plus d’un mois… Début le 02 septembre pour les Blancs, le 14 pour les Rouges et fin le 17 octobre…

Donc si tout va bien demain soir tout sera au chaud et les derniers cabernets auront rejoint les merlots. Si tout va bien, oui, parce que ce matin une crevaison et une roue de machine pleine de vendange qui déjante ça retarde un peu surtout lorsque ça se passe à cinquante mètres du bout du rang…

De toute manière, ça y est les feuillages commencent à entamer leur basculement automnale et de toute évidence la mise en sommeil arrive à grands pas. Ce matin, zéro degrés, l’herbe crisse sous mes chaussures en suivant la machine pour les premiers réglages. Premières gelées blanches qui vont changer bien des choses, remarque, il suffisait de lever le nez pour le prévoir, depuis deux jours les grues commencent à passer direction plein sud. Et nous nous sommes au milieu de tout cela, à regarder, à admirer ces mouvements de la Nature qui devraient nous rappeler notre place…

Je rentre dans le chai, j’allume, pas de bruit si ce n’est le “pchitt” d’une électrovanne qui se ferme pour réguler la température d’une cuve suivant la consigne qu’on lui a donnée. J’arrive dans le chai à barrique, température à vingt quatre degrés, l’impression de rentrer dans une étuve et de voir émerger de la nuit le soixante douze bébé Balthus. Le premier lot déjà sec macère, les pleins ont été faits et leur travail est désormais réduit au stricte minimum. Quant au deuxième lot il cavale et se situe déjà aux environs des 1020 de densité. Incroyable cette année comme les cinétiques fermentaires sont rapides, de véritables V2 rendant même un peu difficile la tenue des plannings de travail des marcs tant la perte de densité est rapide. C’est bien là l’avantage de faire des préfermentaires à froid d’une semaine qui permettent de réaliser cette extraction en milieu aqueux de début de fermentation si importante pour une extraction de tanins fins et élégants.

Au compteur nous devrions être exactement au même volume de récolte que 2014, bravo pour les vendanges vertes et l’estimation des rendements parcellaires pour se retrouver aux 1.3 Kg par pied et donc aux 2500 hl de vin fini. Bon j’attends avec impatience de voir les ratios en jus lors des premiers écoulages… Si on est proche des 80% habituel ce sera impeccable. Comme quoi il est toujours plaisant de se dire que oui il est possible d’estimer précisément une récolte et de la réguler pour s’adapter au millésime, cette année à 6600 pieds par ha pour 35hl/ha de vin fini en tenant compte de l’épisode caniculaire et des manquants, c’était bien 9 à 10 grappes par pied qu’il fallait être.

Il est toujours plus que stressant d’intervenir sur ce volume, même si l’on sait que cela est indispensable pour la qualité de concentration que l’on souhaite, mais constater que l’on s’est trompé d’une ou deux grappes par pied dans la charge à conserver dès la première parcelle rentrée peut vous pourrir des vendanges… Ce ne fut pas le cas une fois de plus Ouf… Obligation de résultat qualitatif et quantitatif, on est en bonne voie pour ces deux paramètres et rien que pour cela j’ai le sourire aux lèvres.

Un peu un sentiment de devoir accompli, comme si voilà, on sait que la période hivernal va arriver, que la récolte est rentrée et protégé que notre avenir est assuré. Oui, il y a a encore beaucoup de travail à faire et les embûches sont encore nombreuses avant d’y arriver mais une énorme étape vient d’être franchie pour les producteurs terriens que nous sommes.

Je sens un poids qui quitte mes épaules, il fait beau, il fait frais, la vie est belle…

Peut-on déjà comparer ce millésime avec un autre je ne le sais pas, d’ailleurs je n’ai pas encore vraiment de retours pour les autres régions bordelaises si ce n’est le Médoc où l’on me dit que les fortes pluies de septembre n’ont pas été les bien venues et ont provoqué des démarrages que certains auraient souhaités plus tardifs.

J’ai souvent l’habitude de qualifié les derniers millésimes de celui du viticulteur tant il a fallu avoir le nez creux les années précédentes pour arriver à bon port, savoir anticiper les choses, savoir être hyper réactifs et attentifs pour attendre le juste moment. Pour 2015 le début de saison aura été sur les starting block et on ne peut plus stressant pour ce qui est de la pression sanitaire, et puis le millésime est venu tout seul à notre rescousse. Par la suite c’est la canicule qui s’est installée et de salvatrice elle aura été marquante du millésime, entamant parfois certaines acidités en fin de récolte pour les terroirs drainants. Les Argiles quant à elles se sont mieux tenues et l’arrière saison aura fait le reste. Il aura juste fallu être là, regarder, sentir, goûter et choisir son moment en fonction de ce que l’on voulait faire. Situation incroyable du privilégié qui nous aura fait ramasser de merlots après des cabernets sauvignon ou des cabernets francs après des cabernets sauvignons mais l’inverse aussi… A la carte, le millésime de celui qui aura su choisir, celui qui peut-être aura été le plus à l’écoute de ses terroirs tous ses a prioris d’habitudes de ramassages pour une fois oubliés.

En tout cas nous sommes là et nous sommes heureux de cela.

Les premières cuves de merlots sèches commencent à s’accumuler sur le comptoir de dégustation, ça macère tranquillement sans qu’on aie vraiment besoin de monter en température. Les squelettes se remplissent, la chair est là, les tanins se polymérisent déjà, on sent cette évolution à deux jours, on voit les couleurs incroyables et ces équilibres que l’on pensait lourdauds suite à ce coup de chaud sont plus que plaisants et prometteurs.

Sommet du plaisir, vendredi la Pitite douceur maison nous attend, elle nous tend les bras et l’on devrait une fois de plus réussir à se créer un nouveau lien humain…

Que dire de plus si ce n’est que cette récolte 2015 qui s’achève m’aura emballé et montré qu’une fois de plus les beaux terroirs bien menés savent rendre au centuple l’engagement qu’on leur montre. C’est du bonheur, du plaisir en barre, un peu de fatigue certes mais de celle dont on voit le résultat et dont on sait pourquoi elle est là.

Une fatigue comme celle-là, à une journée de la fin du ramassage,  j’en veux tous les ans !

Ce soir je rentre chez moi, heureux, un sentiment de plénitude autour de moi presque palpable, mon Camille est à mes côtés, il se gratte la tête, remet sa casquette et je sais que là-haut il est fier de moi. Je t’embrasse.

Nicolas.

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