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En Mai ne fais pas ce qu’il te plait…

2 juin 2016 | Par Nicolas Lesaint

mai

On le dit toujours, chaque millésime a ses propres conditions, ses propres cumuls et sa propre atmosphère amenant à travailler dans des conditions dont le maillage du temps va faire qu’à la fin de l’année on pourra se dire: “Bah finalement c’était pas plus compliqué que ça, voilà c’est décidé je me lance dans une prise de risque un peu plus grande l’année prochaine” ou au contraire “PDBDM ne me parlez plus de 2016 année à 13 lunes année à prendre comme celle qui nous en aura fait baver un maximum. Un étalon de ma loi de l’emmerdement maximum, je reviens au désherbage”

Quand on en parle a posteriori une année difficile, c’est toujours romantique, avec un côté glamour des ennuis pour le visiteur. Mais pour nous ce sont plutôt des années “guerrières” où chaque journée est un coup supplémentaire dans tes convictions et tes motivations ou au contraire lorsque tout se passe bien c’est l’image de celle de la Nature bonne et bien intentionnée qui s’impose face à l’ensemble des objectifs d’amélioration qu’on s’est fixés.

Pour l’instant 2016 rentrerait plus dans la première catégorie… Avec son lot de paramètres météorologiques nous empêchant de faire ce que l’on veut et surtout d’être certain de passer l’année sans encombre, 2016 est assez gratiné. Les cumuls de pluie aussi incroyables que variables vous font croire que les stations météo et les pluviomètres perso débloquent avec des fluctuations de l’ordre de 200 mm entre deux points séparés tout juste d’une vingtaine de kilomètres. Le vent, la grêle pour certains, puis de nouveau la pluie derrière tout cela vous empêchant de rentrer dans vos parcelles pour renouveler vos traitements largement dépassés au niveau des rémanences et des cumuls enregistrés…

Et la floraison qui débute…

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Lorsque vous essayez de tenir compte des prévisions météo ou qu’au contraire n’y croyant plus vous tentez de forcer le passage à coup de 400 litres de bouillie, ben vous vous faites planter et vous vous retrouvez avec 8 ha en situation de protection inexistante regardant le ciel pour que le soleil arrive et priant pour qu’en plus le vent ne se lève pas lorsque enfin pour quelques heures vous pourrez partir traiter…

En plus maintenant l’INRA nous dit que les fameux cépages résistants qui seraient l’avenir de la profession, ben non en fait le Mildiou s’adapte plus vite et de cépages résistants on passe à des cépages amenés à ne plus l’être dans quelques temps : ICI

Depuis deux jours on ne peut plus rouler, alors c’est stand-by, carassonnage des quelques bouts de rangs abîmés et tonte de prés en espérant que demain matin cela change de nouveau.

Dans ces cas là, soit on est fataliste, soit on pète un câble… Je choisis la première option malgré tout heureux que je suis de ne pas avoir à gérer de plantation cette année.

Parallèlement à tout cela c’est l’émulation à Bordeaux avec l’inauguration de la Cité du vin et son cortège de manifs et de récriminations en tout genre parce qu’on vous le dit, tout est moche, tout est nul il n’y a que des problèmes et des déviances dans notre société actuelle… Comme si nous n’étions pas capables de comprendre que du rayonnement d’une ville pouvait naître les améliorations technologiques que tout le monde attend de notre profession. Comme s’il ne fallait pas parler de belles choses et scénographier tout cela pour permettre aux voyageurs de comprendre la richesse de notre métier.

Alors oui, certes, il y a des challenges environnementaux à venir qui sont énormes et je ne referai pas une fois de plus ici la liste des énormes progrès que nous avons tous fait n’en déplaise à certains grincheux, mais est ce que cette cité est bien l’endroit pour aborder ces points là ? Je ne le pense pas.

Faut-il pour autant nier les problèmes et ne pas chercher de solutions telle une magnifique autruche la tête enfoncée dans le sable ? Forcement non.

Mais à trop vouloir laisser la porte ouverte à des personnes adeptes du noircissement du trait pour provoquer la réaction caricaturale de la population on en arrive à ça : ICI

Alors forcément après on se désolidarise de cette attitude anarchiste et criminelle qui prônerait une destruction totale du système pour que, oh miracle, re-germe sur ce purin nauséabond la magnifique fleur du renouveau. Voilà ce qui se passe quand on caricature. Voilà ce qui se passe quand on désinforme et que l’on dénonce à tort et à travers refusant de mettre en balance l’ensemble des améliorations qui se sont mises en place depuis une quinzaine d’années et les conséquences actuelles de pratiques souvent abandonnées.

Marre d’être viticulteur et de se faire caillasser alors que l’on passe un soufre dans ses vignes, marre d’être insulté alors qu’on apporte un engrais foliaire pour encadrer sa floraison.

Marre d’être pris pour un idiot lorsque arrachant une parcelle de vigne derrière trois maisons les propriétaires viennent vous supplier de ne pas vendre en terrain à bâtir et veulent de la vigne de la vigne de la vigne et surtout sans haie entre eux et nous alors que je sais très bien que dans quelque temps, désinformés comme il le seront ce sont eux qui viendront insulter mes chauffeurs parce que oui on est samedi et que oui on traite parce qu’hier il pleuvait et que demain l’eau revient.

Marre de ces regards noirs de certaines personnes qui sont encore convaincus que Bio veut dire ne pas traiter.

Marre de ces idiots qui découvrent aujourd’hui que oui les produits ménagers sont toxiques comme si on ne nous conseillait depuis des années de mettre ce genre de produits sous clé que parce qu’on a peur que nos enfants se mettent à faire spontanément le ménage.

Marre de ces contraintes administratives, économiques, environnementales qui rendent impossibles d’imaginer des programmes de traitement adaptés aux conditions difficiles que nous rencontrons aujourd’hui.

Marre de voir cette législation évoluer en permanence et devoir courir toujours plus vite pour en être informés puisque maintenant même certains pays nordiques veulent interdire l’utilisation d’hydroxyde de cuivre.

Et pourtant j’aime mon métier et pourtant je suis fier de ce que nous entreprenons, ce basculement, ce changement, cette amélioration permanente de nos pratiques, mais qu’on nous laisse juste le temps de mette en place tout cela.

Alors continuez si vous voulez à tout bloquer, à développer ce bordel que vous idéalisez, sachez juste que derrière tout cela nous, nous sommes là, actifs, dynamiques et que nous faisons en sorte d’être meilleurs que cela, sans trompettes ni tambours, sans feux d’artifices où projections sur façades.

A cesser de croire qu’il n’y a qu’une seule voie on finit par monter son propre clan contre soi, à être anti-constructif et à réveiller les instincts les plus noirs de l’homme.

J’ose espérer que l’ensemble des associations indépendantes de tout horizon et de toute région visant à mettre en place un renouveau de notre système de production agricole dénonceront officiellement, et pas seulement celles du Mâconnais, ce genre de lettre de menaces, qu’elles aussi prennent leurs responsabilités face à tout cela déclarant clairement si elles sont d’accord ou non avec ce genre de procédés et de menaces.

Que ce mouvement de renouveau viticole, même s’il est souvent trop caricatural, ne soit pas dénaturé par quelques fêlés et que tous nous arrivions vraiment à avancer de façon constructive et positive pour notre profession.

Nous ne sommes pas dans un monde où les gros patrons sont contre les petits ouvriers viticoles, ce n’est pas non-plus les méchants actionnaires contre les pauvres consommateurs, non évidemment non.

Tout cela n’est qu’une étape à franchir conséquence de croyances lointaines ou d’utopie intellectuelles qui certainement ont fait dévier nos grands principes de respect de la Nature.

Reprenons-nous, ressaisissez-vous, et alors forcément le changement se fera. Mais sans cailloux, sans pavés et sans que le sang coule ou que la maladie l’emporte.

Nicolas.

Commentaires(3)


  1. Bravo pour ce coup de gueule Nicolas
    Marre aussi de ces journalistes et politiques qui diffusent des informations partiales ou populistes sans réellement connaître les contraintes de notre métier ou climatiques et qui sont prêts à nous bercer d’illusion à défaut de jeter le bébé avec l’eau du bain
    GO on !


  2. bravo..tout simplement…pour ce beau coup de gueule!
    et bon courage à tous les vignerons d’ici et d’ailleurs (je pense à ceux de Chablis qui souffrent aussi durement en ce début 2016)
    courage!


  3. Allons, allons cher confrère. Vous tombez dans les travers que vous reprochez à vos voisins… Avez vous fait une petite rechercher pour voir quels sont les principaux bailleurs de fond de l’INRA Bordeaux??? Cet organisme et sa maison mère n’ont jamais rien fait pour étudier sérieusement les solutions agronomiques alternatives, si ce n’est pour les discréditer au profit des solutions de leurs généreux mécènes…
    Au demeurant, les 3 cépages étudiés ne sont pas connus pour leur résistance importante et cette étude pose de nombreux problèmes sur le plan méthodologique.
    Pourquoi diable cette équipe ne s’est elle pas intéressé aux hybrides bien de chez nous qui résistent depuis des lustres à nos petits copains cryptogamiques sans que le temps ne semble réellement faire baisser leur résistance.
    Sur un plan plus général, ne nous incombe t il pas de reprendre une agriculture qui laisse à notre plante une chance d’évoluer génétiquement, soit naturellement, soit sous l’influence de la volonté humaine. Et qui sait, reprendre la reproduction sexuée et les croisements provoqués comme l’on fait de tout temps nos prédécesseurs, conduirait peut être à des solutions pérennes, en tout cas montrerait à la population un autre visage de la viticulture que celui qu’elle a montré ces 40 dernières années.
    Peut être meme que l’INRA pourrait se lancer dans autre chose que du débinage systématique des solutions autres que celles prônées par l’industrie agrochimique.
    Tous les vignerons, y compris conventionnels, qui ont vécu le film du dépérissement de la syrah et du combat de l’INRA mandaté par les syndicats viticoles et de pépiniéristes, pour minimiser la responsabilité des instances agronomiques dans les erreurs commises lors de la selection des clones, l’ineptie de la politique de selection clonale, le dénigrement systématique et le refus d’étudier les solutions alternatives comme le surgreffage en dessous du bourrelet de greffe, ont rendu les plus fervents supporters de la viticulture conventionnelle et syndicale, plus que sceptiques quant à la neutralité de l’INRA.
    Bon courage pour le reste de cette saison compliquée.
    Et suivez de près les études menées sur le sujet des cépages résistants par l’ AGROSCOPE CHANGINS, à Wädenswil, en Suisse ou le STAATLICHES WEINBAUINSTITUT, à Fribourg, en Allemagne.
    Ils vous accueilleront en vous expliquant en premier lieu leur independence vis à vis des prescripteurs et professionnels fournisseurs de la viticulture conventionnelle…
    Et vous y découvrirez des résultats étonnants et qui posent bien des questions sur notre viticulture contemporaine.

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