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La Magoo attitude…

16 septembre 2016 | Par Nicolas Lesaint

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Ce matin, je commence vraiment à m’imprégner de nos Merlots. Pour un début, ce sera une simple déambulation non préméditée sur un secteur que je connais bien, le cœur en devenir d’un Reignac que l’on veut toujours plus personnalisé et respectueux de l’image que l’on se fait de notre Grand vin. Un îlot sur Argiles, un continent de possibles où cohabitent des parcelles âgées de 12 à deux ans, pour les dernières installées.

L’idée est juste de se promener, de toucher, de goûter et de sentir naître un doux mélange intellectuel et physique de ce qui s’est passé, de ce que l’on a fait et de ce qui se déroule en ce moment. Les zones vigoureuses, les zones faibles, je les traverse, main baladeuse, je pioche, je redresse un pied bousculé par les lames qui ont nettoyé le cavaillon, mon esprit navigue.

Commencer à sélectionner à essayer de retrouver au sein de mes papilles les secteurs qui auront plus ou moins d’intérêts à être regroupés ou au contraire séparés parce qu’il faudra les traiter différemment une fois en cuve. Forcément mon amour de la photographie m’amène à utiliser mon nouveau téléphone, dont je me demande encore comment je faisais pour vivre sans, avec une envie particulière de mettre en avant la beauté majestueuse de vieux seigneurs Cabernets francs que je retrouve ce matin.

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Concentré sur mes réglages, mon esprit s’enfonce dans ma réflexion technique et s’éloigne un peu plus du monde réel jusqu’au moment où, l’explosion se fait…

A quelques mètres de moi, mes oreilles sifflent, mon cœur prêt à tout après avoir reçu sa dose d’adrénaline explose, mes muscles se tendent et dans un saut purement réflexe je me retrouve à moitié grimpé sur le piquet le plus proche…

Le silence revient.

Redescendant sur terre, j’ose regarder par dessus le rang pour voir, deux rangs plus loin, un magnifique Bob kaki dernier cri dans lequel gesticule un magnifique Mister Magoo. Secouant les épaules de droite et de gauche je vois bien que ses grognements n’indiquent pas une satisfaction des grands jours où, adepte de la chasse à la galinette cendrée, il avait pu épater la galerie inscrite au tir au pigeon comme chaque année. Non de toute évidence lui aussi est dans son monde…

Alors forcément papi je l’interpelle… Pas de réaction… Trop concentré certainement sur le silence pour entendre ma voix…

Je franchis un rang histoire d’être plus près de lui et repose ma question qui cette fois-ci fait sursauter le prédateur ultime…

Je me retrouve alors face à la réplique vivante d’un Mister Magoo équipé de lunettes à double foyer et de deux magnifiques sonotones sur chaque oreille. Quelques secondes pour me localiser et comprendre que oui, je ne suis pas vraiment au top de ma satisfaction habituelle parce qu’à moins de n’avoir pas tout compris, certes la chasse vient de rouvrir je l’ai bien intégrée puisque dimanche déjà je me faisais allègrement arroser de plomb en taillant ma haie, la chasse est interdite dans toute culture non récoltée…

“En période de chasse, les chasseurs bénéficiant du droit de chasse sur un terrain occupé par du bétail, peuvent y chasser, mais en prenant les mesures nécessaires pour ne pas effrayer ni laisser s’échapper les animaux domestiques. Ils peuvent y passer dès lors qu’ils veillent à la sécurité des animaux et qu’ils ne créent pas de dommages. De même en dehors de tout acte de chasse, notamment pour rejoindre un autre lot de chasse, les chasseurs peuvent passer dans des terres non dépouillées de leurs fruits (cultures de blé, maïs…), sous réserver de ne pas y commettre de dégradations. En cas de chasse sur des terres non encore dépouillées de leurs fruits sans le consentement du propriétaire, les chasseurs peuvent être poursuivis pour chasse sur autrui en plus d’engager leurs responsabilités civiles. Par principe, dans les vergers, les vignes et dans les cultures « en tuyaux », la chasse n’est autorisée qu’à partir de la fin des récoltes. C’est ainsi que pour des raisons de sécurité, le maire peut parfois interdire temporairement la chasse sur des terres non dépouillées de leurs récoltes”.

-Mais je fais attention, je vous avais vu…

- Vu le sursaut ça m’étonnerait un peu non ?

-Comment ?

-Je dis vu le sursaut que vous avez fait quand je vous ai parlé ça m’étonnerait…

- Mais si, mais si je cherchais mon chien…

-En tout cas merci de sortir d’ici, aller tirer ce magnifique coq d’élevage que vous venez de rater un peu plus loin, j’ai envie de garder mes deux yeux quelque temps…

-Comment ?

-Merci d’aller plus loin.

-Oui, oui, on va faire ça, on va faire ça.

-Faites…

Oui c’est ça amis chasseurs, faites, faites… Je n’ai rien contre la chasse régulatrice, au contraire, j’ai parfaitement compris l’importance de tout cela surtout lorsque l’on est confrontés comme nous le sommes aux dégâts de chevreuils ou de sangliers dans les vignes, mais de là à lâcher des faisans ou des perdrix à qui il faut donner un coup de pied pour espérer les voir se faire dézinguer en vol au milieu de saisonniers en pleines vendanges, mon cœur de poète a quelques ratées…

Sachez qu’actuellement on continue à sillonner nos vignes, parfois même on travaille dedans à ré-effeuiller ou à épamprer quelques pieds oubliés, alors oui je reconnais, des fois on est un peu bornés sur nos principes de travail, sur notre vision du métier ou même sur ce qui fait qu’un vin est bon ou pas, mais pas besoin de nous mettre du plomb dans la tête pour nous faire comprendre que tout est relatif dans la vie et qu’il faut savoir écouter l’autre et cohabiter ensemble…

Regardez, même les crus bourgeois du Médoc ont enfin compris, à 74%, qu’ils pouvaient de nouveau vivre ensemble, c’est pas un signe ça ? ( ICI ) Refaire un classement, ré-exister médiatiquement, montrer qu’on est dans l’excellence et l’amélioration de soi, de ses vins et même peut-être de ses pratiques parce que voilà bien l’enjeu obligatoire que doit avoir une telle évolution si l’on veut être reconnus, acceptés et montrés en exemple.

Déjà, que les 26% d’adhérents qui n’ont pas voté “pour” s’engagent à ne pas porter l’affaire devant les tribunaux si ce nouveau classement n’est pas en leur faveur et que surtout une part environnementale importante soit donnée à ce classement pour montrer que l’excellence ne vient pas forcément de la taille d’un parking mais plutôt de l’investissement technique que l’on met à faire de meilleurs vins tout en préservant la qualité de nos terroirs et de ceux qui y vivent. Ne faites pas l’erreur de Saint-Emilion.

Alors non pas forcément le Bio, le Bio, le Bio, je pense que ceux qui me lisent connaissent désormais mon avis sur la chose et la fausse image qui lui colle à la peau de ce qui peut se faire de mieux, mais plutôt la mise en avant d’un abandon du désherbage chimique ou la valorisation d’une part toujours plus importante de produits non classés ou plus softs  dans la partie lutte phytosanitaire, encore faudrait-il qu’un produit puisse l’être qu’il soit Bio ou pas. Que le retraitement des déchets soit pris en compte, que les bilans énergétiques des chais le soient aussi, qu’une ouverture des mentalités se fassent et peut-être que dans cette région où les tensions sont certainement les plus fortes de Bordeaux les choses pourraient enfin devenir constructives…

Mais on me susurre qu’ils sont en train d’y penser…

Alors en voyant repartir M. Magoo fusil sur l’épaule, canon non cassé, je m’écarte un peu histoire de donner de l’angle avec ce fusil qui me vise et je me dis que tout pourrait être si simple si on faisait un peu plus attention à l’autre.

Bien sûr M. Magoo remonte dans son carrosse sans appeler de chien, mais peut-être est ce lui qui a pris la dernière salve… “Ça a bougé, j’ai tiré...”

Je reprends ma marche, je poursuis mon imprégnation “merlotique”, je plonge de nouveau dans mes sens, non sans garder au fond de moi l’appréhension d’être pris pour un pigeon…

Cinq minutes plus tard, nouvelle détonation, à trente mètres de moi…

Nicolas.

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