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Trois pauvres pinpins, à quatre pattes, les fesses en l’air…

8 septembre 2016 | Par Nicolas Lesaint

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Ce matin je suis à quatre pattes, en fait nous sommes trois à ramper dans l’herbe fraîche et humide, parce que oui aujourd’hui il crachouille et pour une fois la température ne dépasse pas les 18°C… Le bonheur, un peu de répit même si il ne faut pas se leurrer tout ça ne changera rien à la situation actuelle et au manque sévère d’eau que nous subissons. Donc, à quatre pattes, museaux dressés, nous respirons, nous humons l’air, mais surtout nous regardons de près les grappes de merlot et de cabernet tels des presbytes viticoles, sauf pour Morgan qui elle à trente centimètres du raisin nous dit, là il y en a une, puis une autre là et encore là. Mais si, là, elle est bombée, là jaune et là on voit même le stade tête noire… Tiens là c’est vide…

Bon, nous au milieu des diverses tâches qui recouvrent les baies de raisin je dois bien avouer qu’au début on a eu un peu de mal mais pression oblige il faut toujours bien connaitre son adversaire si l’on veut pouvoir lutter à armes égales. Surtout quand celui-ci commence sa vie en étant aussi petit.

Cela fait maintenant trois années que tout devient extraordinaire. Quand je dis tout, je veux plutôt parler de conditions climatiques et de pressions en ravageurs. Il y a trois ans c’était suzukii, il y a deux ans le Black, puis le Mildiou et enfin maintenant le vers de la grappe… A qui le tour en 2017 ? Une bien moche association de malravageurs à deux ou trois d’un coup ?

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En règle général le vers de la grappe on le connait bien en fonction de ses secteurs avec des sensibilités différentes et donc des pressions différentes. Eudemys, Cochylis, tout dépend d’où vous vous trouvez, Médoc ou Libournais, Entre-deux-Mers ou Sauternais. On les connait, on les suit, on les piège, on les compte pour pouvoir, si besoin est, intervenir au bon moment.

Certains viticulteurs se sont lancés dans la confusion sexuelle, bon, c’est homologué BIO, une hormone de synthèse que tu laisses diffuser toute l’année à tout vent dans l’espoir d’empêcher une rencontre entre mâles et femelles avec des capsules à mettre en place, à enlever puis à retraiter puisque contaminées en hormones… A chacun de voir où se situe le curseur du BIO, ici le facteur “Synthèse” n’étant semble-t-il pas un problème, puisque ça arrange d’avoir une telle solution. Et puis il faut être nombreux pour le faire, pour avoir de grandes surfaces concernées et donc être d’accord entre voisins, là aussi ce n’est pas toujours simple.

Sinon il faut traiter, là aussi avec des produits BIO ou pas, mais il faut intervenir si l’on voit que la population devient trop importante. Sinon, sinon, on peut aussi laisser le biotope agir et là la dérive peut-être importante: perforations, destructions de baies et surtout foyers importants pour des départs de Botrytis…

Donc on regarde, du moins on essaie, en accommodant du mieux qu’on peut, au maximum de ce que nos bras nous permettent… Et puis on voit, on comprend que 2016 sera sur ce point là une année à part, vraiment à part…

Vous expliquer pourquoi tout cela arrive ce sera difficile, mais forcément les conditions climatiques y sont pour quelque chose puisque quelque soit le modèle viticole que l’on a choisi la pression sanitaire est là, énorme et grandissante. Normalement les hivers humides ne leur sont pas favorables, normalement, parce que là c’est pas le cas ou alors qu’est ce que ça aurait été si l’hiver avait été sec. Après, la bestiole, qui se trouve donc être un papillon de nuit, aime les fortes températures, l’absence de pluie et les fortes hygrométries nocturnes… Bon là on comprend un peu mieux pourquoi elle est heureuse même si nom d’un chien au début de la saison l’absence de pluie je ne l’ai pas bien vue… Après, juillet et août n’auront pas été nos alliés c’est certain…

On parle de G1 (génération 1) puis de G2 (deuxième génération) puis G3. En règle générale si l’on traite c’est la G2 et s’en suit une cohabitation pacifique pour tout le monde qui nous permet de récolter ce que l’on veut comme on veut.

Bon ben cette année, après la G2 il a fallu ré-intervenir et puis là ben va falloir y retourner parce que les présences sur grappes sont énormes pour qui sait les voir. Avec des pontes allant de 60 à 100% des grappes et parfois 5 à 10 œufs par grappes.

Parce que voilà, ce sont bien les œufs que l’on cherche à compter ce matin les genoux dans la rosée.

La semaine dernière on était à 15% de grappes touchées aujourd’hui ces parcelles là passent à 50%. La bestiole est là. Vues les conditions météo ses vols de reproduction se sont étalés tellement l’ambiance générale leur a été favorable et résultat on piège tout le temps donc impossible de savoir quand intervenir puisque une fois de plus les produits utilisés ne sont pas du napalm détruisant tout ce qui vole, rampe ou machouille de la chlorophylle, non on fait en sorte de faire attention, comme toujours, comme pour tout. Donc ben voilà tout le monde est passé au travers et apparemment la confusion sexuelle n’a pas donné de meilleurs résultats. Alors quand en plus lorsque vous avez mis en place vos raks de confusion, que vous savez ce que ça coûte et qu’en plus vous vous retrouvez dans la situation où vous devez traiter, je pense qu’on est en droit de se poser des questions sur l’efficacité à long terme de cette technique…

Toujours est-il que voilà bien LA pression parasitaire du millésime en devenir qui va déterminer beaucoup beaucoup de choses à venir.

Pour les Blancs honnêtement je ne m’inquiète plus trop même s’il semblerait que la bestiole ait une préférence pour les Sémillons, mais pour les Rouges, la route est encore longue.

Que risque-t-on alors ? Les vers vont éclore, les applications les plus soft réalisées maintenant à base de Bacillus (homologué en BIO) vont peut-être réussir à atteindre une tranche de la population, mais quoi qu’il arrive désormais une majorité réussiront à franchir cette ultime barrière.

De deux choses l’une: soit il continue à faire chaud et sec et l’on risque la destruction des baies perforées et boulottées qui se dessécheront et on en restera là mais avec une perte en volume fonction du niveau d’attaque.

Ou alors, la météo se met de la partie en décidant que cela fait un bon mois qu’il n’a pas plu et qu’il faut rattraper le temps perdu en nous assaisonnant de salves de pluie successives… Et là forcément cela risque de partir en sucette plus ou moins vite en fonction du travail de préparation et de prophylaxie que l’on aura bien voulu, ou pu, faire au vignoble avec un Botrytis galopant…

Le tout est déjà de savoir ce qu’il se passe à une échelle qui n’est pas toujours facile d’aborder parce que là la taille des œufs qui sont isolés sur les baies ne dépassent pas le demi millimètre. Celui qui ne se penche pas sur le sujet risque bien d’être fortement surpris lorsque dans peu de temps les perforations vont débuter, il sera alors trop tard.

Voilà les œufs c’est ça… Les deux points blancs…

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Pas de répit pour 2016, pas de sérénité à acquérir pour attendre la maturité les doigts de pieds en éventails, des IFT à venir bien au dessus des moyennes, des extrêmes de plus en plus forts, et au milieu de tout cela trois pauvres pinpins à quatre pattes, les fesses en l’air arrosés par les premiers millimètres de septembre en train d’essayer de trouver le chemin de la sortie sans encombre, voilà bien l’image du moment qui va me rester graver un moment dans la tête…

Et ce soir on nous dit ça…

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Nicolas.

 

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