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Quand les “Petits” stimulent les “Grands”…

21 juillet 2017 | Par Nicolas Lesaint

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J’ai décidé il y a quelques années de poser mes valises professionnelles à Bordeaux, pas qu’au début j’étais forcément convaincu que c’était bien là que j’allais m’épanouir, non, c’était plutôt, je pense, un savant calcul de potentiel professionnel et d’un non éloignement de ma région d’origine, les Pyrénées.

Franchissez l’Adour et déjà vous êtes dans le Nord, mais dépassez la Dordogne et là c’est terminé c’est la Scandinavie française… Du moins pour un gars du sud comme moi. Alors au début ce fut Pauillac, une année, super, un hiver assez lourd au niveau atmosphère mais une super région viticole malgré tout un peu plate à mon goût…

A vrai dire le plus grand intérêt que j’ai pu y trouver fut ma femme que j’ai bien vite emmenée avec moi dans un coin plus bucolique et vallonné, l’Entre-deux-Mers.

Non seulement le paysage pour moi indispensable à un épanouissement intellectuel et au développement d’une biodiversité potentielle y était présent mais en plus la notion de “challenge” y était plus forte. Loin des carcans locaux qui voulait que chacun reste à sa place et où les premiers de la classe ne devaient côtoyer que les autres premiers se réunissant en groupe exclusif pour ne pas dévoiler aux challengers les idées magiques de l’époque qu’ils avaient pu développer dans leur chais, j’y ai vu en tant que Bordeaux ou Bordeaux supérieurs la possibilité de m’éclater professionnellement. Et ce en cherchant toujours à faire mieux pour qu’un jour je participe moi aussi à faire rayonner la région de Bordeaux qui à une époque fut certainement la plus grande région agricole bordelaise mais qui aujourd’hui se retrouve être le parent pauvre des vins de Bordeaux. Oui je sais c’était un peu utopique je m’en rends compte aujourd’hui même si plusieurs propriétés ont réussi à créer une réelle image d’excellence, l’histoire napoléonienne fera toujours que ce rayonnement devra rester à un certain niveau pour que même sans lunettes de soleil on arrive encore à regarder en face le panneau d’entrée des châteaux en question sous peine de voir débouler la patrouille.

Peu importe, j’ai baissé la tête, couru partout, optimisé les choses, travaillé comme personne avec les bons connaisseurs de la vigne et du vin et je sais avoir acquis aujourd’hui une certaine capacité technique me permettant de comprendre là où il faut aller pour s’améliorer et là où l’on peut tendre en fonction des moyens dont on dispose.

Ce raisonnement a pris racine avec l’arrivée d’une certaine génération de viticulteurs dans les vignes. Il s’est développé, a grossi dans les esprits et les bras des vignerons et ce surtout dans les régions périphériques des grands noms. Evidemment des leaders ce sont mis en place, des techniques imaginées et développées par des grands noms de conseillers œnologiques ont fait mouches et nombre de “petits” se les sont tellement bien appropriées que les grands s’en sont vus remis en question dans leur suprématie absolue. Alors oui ces grands noms, du moins pour certains, belles endormies, ont commencé à se réveiller stimulés qu’ils ont été par le titillement de ces régions oubliées telles que ma douce Entre-deux-Mers.

Cela m’a toujours surpris, me rappelant en 1998 sur Pauillac avoir pour objectif premier, même dans un grand cru, de faire le plein de la déclaration de récolte.

J’ai toujours travaillé dans des structures produisant des AOC Bordeaux, Bordeaux Supérieur ou Entre-deux-mers avec des gammes allant de parcelles très faiblement plantées à 3000 pieds par ha où tout était mécanisé à des parcelles haute couture allant de 7000 à 10000 pieds par ha où là le top du top possible est fait pour qu’au final le terroir puisse parler et le vigneron s’exprimer dans la typicité et la qualité qu’il souhaite faire. Ces derniers vins forcément rivalisent avec les vins couronnés, ils dérangent même parfois, sauf l’amateur éclairé chercheur de pépites et ouvert d’esprit.

Pour le professionnel que je suis je peux dire que ce sont ces vignerons là qui m’ont apporté et m’apportent toujours le plus. Parce qu’à la recherche permanente du mieux, parce que connaissant leurs sols et leurs vignes mieux que personne ils savent qu’il n’y a de barrières que dans les têtes et que même si l’on a pas les moyens on a des neurones qui marchent bien et que des idées on en manque pas alors pourquoi ne pas les partager avec les autres. Ca discute, ça se frotte, ça améliore, ça mutualise les idées de l’Entre-deux-Mers à Montagne, de Castillon à Fronsac, bref ça fait avancer les choses, et c’est souvent d’eux, les “petits”, que viennent les améliorations de demain.

Alors voyant les décisions de notre AOC je suis aujourd’hui content même s’il est vrai qu’on pourrait encore aller plus loin. De voir certaines pratiques interdites ou certaines démarches rendues obligatoires alors qu’encore une fois des AOC prestigieuses ne vont pas aussi loin j’ai le sourire aux lèvres en voyant déjà que certains dormant sur leurs lauriers vont se voir secouer les branches par les “petits”.

Ainsi le 29 juin dernier le syndicat de l’Entre-deux-Mers a voté l’obligation pour ses adhérents d’être en Bio ou dans une démarche environnementale de niveau 2 d’ici 2020. Quelle AOC a rendu une telle démarche obligatoire sur Bordeaux ou même en France?

Le syndicat des Bordeaux et Bordeaux sup de son côté a quant à lui décidé en décembre dernier d’inscrire comme interdit l’usage d’herbicide sur le contour des parcelles et d’interdire l’usage d’herbicide sur la totalité de la surface du sol. Autrement dit fini le désherbage intégral si l’on veut rentrer dans ces AOC là. Et voilà comment l’image des petits Bordeaux va pouvoir progresser et certaines propriétés médocaines vont être obligées de basculer vers une amélioration continue demandée depuis tellement longtemps puisque habituées à valoriser leurs plus mauvaises cuves en AOC Bordeaux à valeur ajoutées beaucoup plus faibles que des Pauillac, Saint Estèphes ou autres Margaux ou Listrac. Celles-ci encore trop souvent adeptes de la technique du désherbage intégral, mais si, éloignez vous de la magnifique route des châteaux pour vous en rendre compte, vont devoir revoir leur copie bousculés qu’elles sont par les AOC “du bas”. Et ça ça me plait.

Je souhaiterais tellement que tout cela aille plus loin encore avec une AOC qui prendrait en charge cette transition écologique que nous devront avoir en nous encadrant, en nous aidant, en stimulant les Premium que nous sommes.

Parce que oui, je dis Premium parce que voilà bien ce que nous sommes. Certains qualificatifs nous étant interdits créons nous en un identifié clairement comme moteur d’amélioration continu, révélateur de nouveauté et d’une vision plus éclairée de ce que la viticulture de demain devrait être avec des objectifs écologiques clairs et précis sortant des hiérarchisations anciennes et dépassées n’ayant de brillant que l’histoire à laquelle elles sont associées.

Nous sommes en 2017, la prise de conscience environnementale est de plus en plus forte, les listes de produits suspects de plus en plus nombreuses et au milieu de tout cela nous devons continuer à exister et à nous améliorer. Alors oui une tranche de la population critique les AOC cherchant désespérément à leur associer une image de nivellement par le bas et d’homogénéisation négative alors que de tout évidence elles peuvent être tout le contraire.

J’espère bien que c’est par elles et par les hommes qui les dirigent que viendra le renouveau de notre profession.

Quant à nous nous ne pouvons que continuer à avancer, à stimuler, à échanger pour qu’un jour de tout cela sorte des idées novatrices pour nous permettre d’imaginer nos vins de demain.

Nicolas.

Commentaires(2)

  1. Guillaume Gondinet


    Paroles très justes: les avancées éco-responsables doivent être portées par ces AOC, afin de renforcer ces appellations et trouver une vraie accroche nouvelle auprès des consommateurs.

    A noter également les choix de l’AOC St Emilion (traitement effluents, certif env/bio obligatoire avant 2019, désherbage en plein interdit…), les engagements du BIVB, les réflexions en Rhône et ailleurs…(je renvoie au N°299 de La Vigne)

    Pensée à Bernard F. qui a permis par son attentisme de rendre ce décalage environnemental possible.


    • On peut nommer Bernard Farge que j’ai pu écouter plusieurs fois et pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Il a vraiment fait bcp pour Bordeaux.

      Merci à mon époux pour toujours porter plus haut le drapeau.

      Merci de nous projeter vers des demains meilleurs.

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