Le blog

de REIGNAC

Shares

Et le coteau fut…

30 octobre 2017 | Par Nicolas Lesaint

20170809_161243

Voilà maintenant neuf années que ma carrière professionnelle m’a amené à poser mes valises à Reignac. Tout d’abord pour remplacer mon prédécesseur dans la partie vignoble, assez rapidement la volonté de remettre en place une organisation plus centralisée a vue le jour et m’a amené à avoir un regard plus général sur l’avenir de Reignac. En est ressorti une volonté de mettre en avant le côté humain de nos engagements respectifs et de communiquer un maximum sur ce qui fait que le terroir reste une part capitale dans la réussite de l’élaboration de très bons vins. Je ne dis pas “grand” même si ce qualificatif me vient à l’esprit car ce n’est pas un terme qui me plait, tant il dépend trop à mon avis du goût personnel, de l’histoire de chacun et de ce que l’on met dans l’attente, que dis-je l’espoir, d’être bousculé par la première gorgée. Plus d’affectif que de raison voilà ce que ce qualificatif m’évoque.

Dans cette logique d’améliorer la qualité de nos vins nous avons pris la décision de recentrer notre parcellaire exclusivement sur des terroirs, des sols de grandes qualités qui, bien cultivés, pourraient nous permettre d’avoir toujours le choix de faire de l’entrée de gamme ou de la tête de cuvée.

Nous nous situons sur deux communes Saint Loubes et Montussan. Des sols très variables, une influence très importantes des deux fleuves et de l’océan ont fait qu’il est possible d’y croiser aussi bien des Graves sèches à argileuses, des Molasses que des Argilo calcaires. C’est indiscutablement une force qui nous permet d’espérer chaque année avoir au moins un type de sol parfaitement adapté aux conditions climatiques du millésime. Ces deux communes sont très proches de Bordeaux, autre frein à cette volonté de s’implanter sur de nouvelles zones tant la pression urbaine est importante. Au point que beaucoup de viticulteurs préfèrent abandonner leur exploitation au fur et à mesure de l’évolution du PLU. Il est dès lors compliqué de réussir à faire coïncider zones intéressantes et possibilités d’achats. Rajoutez à cela l’arrivée inopinée d’un jeune agriculteur avec malgré tout un certain pouvoir financier puisque associé à des personnes puissantes dans la région et la parfois grande lenteur de la SAFER et vous obtiendrez un cocktail détonnant pour mettre beaucoup de temps à réaliser un beau projet.

Mais lorsque l’on y arrive, après six années de bataille intensive, cela donne envie d’en parler et de raconter le projet.

C’est en 2011 que tout a commencé.

Premiers contacts, premiers échanges, des discussions, une volonté de trouver un accord mais tout était alors trop rapide, trop précoce pour le propriétaire de l’époque.

En 2015 les choses ce sont précisées avec un accord de principe entre nous et le propriétaire de l’époque mais forcément une fois que l’intention est déclarée la SAFER arrive et là forcément entre obligations d’explications du projet, appel à candidatures des voisins et déterminations des achats de ceux-ci pour satisfaire aux “obligations de bonnes gestions” et éviter les conflits de voisinages, il aura fallu attendre le printemps 2017 pour être enfin propriétaire des ces deux magnifiques parcelles dont je vais essayer de vous raconter l’histoire. Ou plus exactement ce que nous avons décidé d’y faire pour pouvoir les cultiver au mieux de nos espérances entre sécurité de ceux qui vont devoir travailler dessus (parce qu’il s’agit d’un coteau assez pentu pour nous bordelais :-) ) et bonne mise en valeur de ces argilo-calcaires.

IMAG2708_1

IMAG6954_1

 (Parcelle B)

IMAG6956_1

(Parcelle B)

Historiquement cultivées en l’état de la topographie actuelle, ces deux parcelles plantées encore en 2010 l’étaient en vignes à faible densité et surtout avec d’énormes problématiques culturales de mouillères et de dévers mettant en danger régulièrement la personne qui les cultivait. Il a dès lors été plus qu’évident qu’un gros travail de terrassement devait y être envisagé en particulier pour la parcelle de gauche (A sur le plan). Celle de droite quant à elle (B sur le plan) restait assez saine pour ce qui est le sa topographie à conditions de retoucher quelques zones, de la drainer et surtout de décider de changer l’orientation des rangs quitte à avoir de part et d’autre de celle-ci ce que l’on appelle des encoinsons, des campis bref des rangs courts toujours un peu pénibles culturalement parlant. Mais c’est ici le prix à payer pour la sécurité des chauffeurs.

20171030_105724 (2)

Après moultes palabres et discussions aves la SAFER, la signature d’une promesses d’achat et d’une promesse de vente, c’est en septembre 2016 que tout a pu débuter. Ma volonté claire et précise d’avoir au moins deux hivers successifs sur les terrassements avant plantation afin que la stabilité des différents travaux soit assurée nous a poussé à devancer l’officialisation de l’achat, la SAFER nous ayant permis de le faire, c’est avec une joie non dissimulée que la CUMA Périgourdine a pu débuter ce grand chantier.

IMAG3102_1 5BIS

Parcelle A:

Cette parcelle reste fondamentalement la plus compliquée, c’est celle qui nous a demandé le plus de travail quitte à exercer un gros bouleversement des sols qu’il faudra redynamiser par la suite sur le haut du coteau. Sa replantation n’est prévue qu’en 2019, deux années de mise en repos et de succession de différents engrais verts seront nécessaire pour que notre intervention puisse être minimisée avant que de jeunes plants soient mis en place.

Comme on peut le voir sur la photographie, cette topographie bombée sur le haut nous empêche de planter correctement dans n’importe quel sens. Alors oui, certes, il aurait été possible de laisser tout en l’état, de planter en échalats et de tout faire à la main, mais vous le savez que trop bien, nous ne sommes pas en Côte du Rhône et notre rentabilisation économique nous pousse à un minimum de mécanisation du travail. Donc la décision fut prise d’intervenir et de basculer sur le haut gauche de cette parcelle une partie de la terre vers son côté droit afin de faire disparaitre ce côté bombé, ce qui nous permettrait alors de planter de façon à ne plus avoir de contre pente.

Le haut de la parcelle devra donc être décaissé de huit à dix mètres avec tout d’abord une séparation de la terre arrable afin qu’elle soit remise en place sur la parcelle à la fin du chantier et ce sans être mélangée avec la terre du sous-sol. C’est ce que montre les photographies suivantes.

20160928_150144

20160929_132020

Une fois cette opération réalisée, le déplacement de la terre a pu se faire pour combler la partie droite de cette parcelle. Afin d’assurer la stabilité de l’ensemble deux enrochements ont été prévus: un sur le haut de la parcelle A en équère et un sur la droite.

20160928_121205

20160929_132206

20160930_133324

20161002_183926

20161004_090250

Une fois les différents terrassements achevés la mise en place des trois enrochements a pu débuté. En position oblique pour assurer leur stabilité, chacun d’eux a été drainé sur le haut et sur le bas du mur l’ensemble de ces drains ont été par la suite collectés sur l’ensemble du drainage des deux parcelles.

20161011_102813

20161012_122806

20161012_132757

20161019_104327

Une fois les enrochements achevés l’ensemble de la terre arrabe a été remise en place après un décompactage en profondeur des sols.

20161019_105949

Ce chantier très important aura en fait été réalisé assez rapidement puisque qu’il aura nécessité quatre semaines de travail en comptant les travaux effectués sur la parcelle B. Le drainage devait s’enchainer ou être lancé courant décembre 2016 mais des problèmes techniques sur la trancheuse nous auront obligés à repporter ce chantier pour le printemps 2017. Espérant l’arrivée de cet outil une bonne partie de l’hiver aucun engrais vert n’a pu être réalisé ce qui est regrettable mais il faut savoir malheureiusement parfois s’adapter aux prestataires…

La parcelle B:

Celle-ci reste beaucoup plus “saine” au niveau de sa topographie et n’a nécessité que quelques apports de terre pour niveler des défauts de lignes de pente et l’arrachage d’un vieux cerisier dont le temps et le positionnement nous obligeait à son enlèvement même si pour moi c’est toujours un crêve coeur d’arracher un vieux frère.

IMAG3030

IMAG3034

20170613_083133

Le premier hiver est donc passé sur ce coteau. Un peu de pluie, un peu de gel suivi d’un réchauffement des sols, une restabilisation de l’ensemble permettant de visualiser au printemps quelques mouvements de terrains à rectifier avant que la draineuse arrive.

Il est toujours assez impressionnant de voir débarquer ce genre d’engins sur nos allées, monstre mécanique dont le maître reste toujours incroyable de passiance pour réussir à manipuler la bestiole. Drains, Graves sont apportés et c’est parti en se rendant compte assez rapidement que finalement sur le haut, la dalle calcaire est bel et bien là, ralentissant sensiblement le travail et générant quelques casses toujours mal venues…

Fin juin le chantier est enfin achevé et avec empressement après un passage de disque et de rotative fut réalisé un premier engrais vert afin de ne pas laisser ce terrain nu et commencer à penser à recapitaliser sur nos sols, leur apporter une certaine masse organique et stimuler la vie des sols en attendant septembre pour faire les apports de fond prévus: compost et fumier. C’est donc du Sorgho qui fut semé puis détruit juste avant le 15 août.

20170724_152344

20170724_152808

20170905_123319

Sur les analyses de sols effectuée pas de doute, nous sommes bien sur des sols calcaires, on s’en serait douté en voyant les photos, avec un calcaire actif suffisament présent pour nous obliger à avoir des porte-greffes connus pour être résistants à cette contrainte. Mais pas de corrections suplémentaires à réaliser en plus des apports de compost et de fumier prévus. Ces argiles fortes nous confirment bien que ce seront des cabernets francs qui seront ici plantés en 2018 puis 2019. Une jolie sélection massale que nous propose les Pépinières De Guillaumes.

N’étant pas équipé pour réaliser ces épandages c’est un prestataire équipé grande culture qui est venu épandre ces 60t/ha de compost et 30t/ha de fumier de vaches. Afin d’aider à la restructuration des sols sur la partie haute de la parcelle A compte tenu du fait que nous avons été obligés de faire de gros terrassements, un deuxième apport de 30t de compost supplémentaires a été réalisé sur la partie haute de ce coteau.

Puis se fut le labour d’avant plantation pour la parcelle B qui fut fait. J’aime bien réaliser ce labour pendant les vendanges pour que les conditions hivernales fassent le travail de décompactage à nore place, même s’il est vrai que nous restons sur un terrain nu pendant sept mois ce qui n’est jamais l’idéal. Mais que faire? Sur des argiles fortes il suffit que vous ayez un printemps humide et cela peut devenir très problématique pour assurer un travail des sols permettant une plantation avant la mi-mai puisque c’est la conyrainyte agronomique que je me mets pour être certain d’une parfaite reprise sans à avair à arroser après plantation. je me suis déjà fait avoir une fois, résultat une année de perdue… Pas cette fois.

L’autre point qui peut faire réagir sur mes choix agronomiques, est le fait de faire les apports organiques avant le labour car en effet il peut être très négatif d’enfouir profondément ces apports organiqiues qui alors peuvent évoluer d’une mauvaise façon et avoir un effet négatif sur la vie des sols. Je préfère toujours ne plus rouler sur les sols une fois qu’ils ont été décompactés, j’ai tellement assisté à des embourbements spectaculaires d’épandeurs roulant sur les labours, faisant plus de mal que de bien, que je préfère faire un labour à 40 cm sur mes apports avec un simple versoir qui a plus tendance à basculer la terre qu’à la retourner. Pour le moment à la vue des parcelles ainsi plantées depuis 2009 cela marche bien.

Donc après une ouverture du labour à la mini-pelle, celui-cia pu être réalisé.

Quant à la seconde parcelle, la A, la plus perturbée par les terrassements, un deuxième engrais vert prévu pour couvrir les sols pendant l’hiver, les enrichir et les stimuler en particulier pour la partie haute, a été effectué.

A cet effet, un mélange d’Avoine rude (15%), de Vesce pourpre (20%), de Trèfle incarnat (8%), de Phacelie (4%), de Moutarde (1%), de Seigle (14%), de Radis asiatique (6%), de Trèfle d’Alexandrie (8%), de Lin (6%) et de Vesce velue (18%) a été choisi. Il ne sera enfoui qu’au printemps 2018 et sera suivi d’un dernier engrais vert certainement de nouveau du Sorgho.

Désormais nous sommes prêts. Winter peut comming nous sommes dans les temps et nous avons réussi grâce à cette incroyable arrière saison à faire tout ce que nous espérions.

L’engrais vert n’a plus qu’à pousser, le gel et la pluie n’ont plus qu’à faire leur effet sur le labour.

Croyez bien que je continuerai à vous expliquer l’évolution de ce coteau qui j’en suis convaincu deviendra très rapidement une de nos plus belle parcelle.

20171006_120925

20171016_155429

20171016_155411

Maintenant nous comptons sur vous pour nous aider à trouver deux jolis noms pour ces parcelles en naissance car trop souvent peu originaux nous nous laissons guidés par des souvenirs très peu poetiques aboutissant à des noms de parcelles très” particuliers” comme: poches bleues, legumes, les russes, noisetier, ruisseau, lavoir, ou même écureuil parce qu’un jour un magnifique représentant de son espèce y a été croisé… Donc lâchés vous et trouvez nous de belles idées ;-)

Nicolas.

Commentaires(1)


  1. Le Cerisier, bien sur…
    et Les Balais ? (a cause du sorgho)

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :


  • Contact
  • Boutique
  • Vidéos
  • Blog
  • Facebook
  • Twitter
  • Google+
  • Youtube
  • Instagram
  • Tripadvisor