Le blog

de REIGNAC

Shares

Le schmilblick viticole n’est pas un œuf et n’avance toujours pas…

19 octobre 2017 | Par Nicolas Lesaint

fcecc1cd

Le sujet des traitements phytosanitaires reste et restera longtemps un sujet d’actualité viti-vinicole pouvant générer des débats longs et laborieux. Dans un sens, c’est très bien puisque nous le savons tous, l’enjeux humain et environnemental est tellement énorme qu’espérer trouver une solution simple et réaliste en un temps très court m’apparaît très utopiste. Parce que non, la solution la plus simple qui serait d’arrêter de traiter n’existe pas pour le moment. Les doux rêves de perfectionnistes voulant un retour poétique à la terre ou la déconnexion de bobos citadins persuadés de tout connaitre n’y feront rien, seuls le temps, la discussion et la recherche permettront de trouver des solutions viables et respectueuses de tous.

Mais les citoyens que nous sommes, les pères, les mères, les grands parents, veulent protéger leur avenir et celui de leurs proches. Quoi de plus louable? Entre un mode de vie occidental prônant l’individualisme à outrance et une consommation débridée moteur de notre économie, vient s’immiscer depuis une dizaine d’années une volonté de rompre avec ces habitudes et de reprendre en mains la destinée de notre espèce. Cela en envisageant que soit vraie la condition qui voudrait que la volonté d’une poignée puisse déteindre sur l’ensemble de la planète nous espérons que les colibris que nous sommes tous pourraient désormais voler de plus en plus vite au travers des tweeter et autres réseaux sociaux et ainsi influencer l’avenir. De la puissance d’un tweet naîtrait la survie de l’humanité…

Il est des actualités choquantes génératrices d’évolutions ou plutôt d’envies d’évoluer. Celle de l’école de Blaye en a été une il y a trois ans, tout comme le reportage de Cash investigation sur l’école de Pomerol, même si pour ce dernier il y aurait tellement à dire tellement l’interprétation des données scientifiques mises en avant a été biaisée. Malgré cela une chose est certaine, il y a eu un avant et un après, une prise de conscience du grand public et d’une partie de la profession que certaines pratiques d’une autre époque devaient être abandonnées. Et ce même si une part importante de la profession s’était déjà emparé du sujet tendant vers des nouvelles pratiques, abandonnant certaines classes de produits phytosanitaires, régulant la quantité annuelle d’autres, développant des pratiques “reconnues” comme plus écologiques, tendant donc à réaliser une révolution verte envisageable par l’ensemble des propriétés viticoles toutes AOC confondues.

Malheureusement l’emballement médiatique, même si parfois celui-ci peut provoquer des electro-choques salvateurs, reste trop souvent un levier de pression peu ou pas constructif tant il se mélange à une volonté politique et sociétale de tout mettre par terre sans tenir compte des échouages collatéraux que tout cela peut générer. Ceci associé à une incapacité plus ou moins forte que nous avons tous à nous remettre en question sur nos propres mauvaises habitudes ainsi que notre responsabilité individuelle dans la difficulté collective dans laquelle nous nous sommes mis, ne permet pas aujourd’hui de trouver sereinement des solutions constructives, rapides, efficaces et surtout viables pour tous.

Dès lors nos hommes politiques et nos administrations, forcément très impliqués dans la responsabilité de décider pour l’ensemble de la population, ont tendance à tirer la couverture et eux, rendant brillant le formidable principe de précaution, ils sont amenés à prendre des décisions qui se veulent rapides, efficaces et pertinentes. Encore faudrait-il pour cela qu’ils soient bien conseillés et qu’ils arrêtent de penser à leurs potentielles réélections.

22552446_10210922847732502_6196784160083472926_n

Aujourd’hui on contractualise ce qui devrait être évident, heureusement: On ne traite pas à côté d’une école en pleine récréation (forcément qui peut être assez idiot pour le faire?), de toute évidence cela se faisait, on tient compte des milieux aquatiques tout produit phytosanitaire qu’ils soit de synthèse ou homologué d’origine naturel étant AQUA Toxique et donc on les interdit à certaines distances des cours d’eau, on ne traite pas quand il y a du vent, on attend bien que l’humidité ait disparue pour éviter de perdre inutilement produits pénétrants ou de contact, on se protège, on protège les autres au maximum de ce que l’on peut faire, on fait disparaître un à un les désherbants en n’oubliant pas que les collectivités et les particuliers doivent eux aussi les abandonner, etc. Mais trop souvent, voulant aller plus vite que la moyenne, certains sont amenés à prendre des initiatives, des arrêtés préfectoraux et autres décisions administratives parfois proposées par nos propres ODG, n’amenant rien ne plus si ce n’est compliquer l’adaptation que nous devons tous mettre en oeuvre et ayant parfois même tendance à être contre productif. J’en veux pour preuve cette décision vue sur la zone d’AOC de Gevrey Chambertin où l’ODG de la région a pris la décision d’interdire tout traitement phytosanitaire quel qu’il soit entre 7h du matin et 18h30…

Cette ODG a-t-elle déjà eu à gérer des traitements viticoles ? On est en droit de se le demander.

De quoi parle-t-on ici puisque de tout évidence cela concerne une zone habitée de cette AOC, je n’ose imaginer que ce soit l’ensemble de l’AOC qui soit concernée?

Aucun viticulteur ne pourra traiter dans cette fourchette, enfin ce râteau d’heures plutôt parce qu’à ce niveau ce n’est plus une gestion de récréation ou de période de repas ou de sortie d’école. A mon avis il va y avoir de l’embouteillage de pulvés à partir de 18h 30 parce que faire l’ensemble de sa surface avant 22h, heure à laquelle on vous agressera pour tapage nocturne (vu que c’est ce que définissent la plus part des arrêtés préfectoraux sur le sujet) ça va être compliqué… En espérant que la limite des 20km/h de vent ne soit pas atteinte à ce moment là…

Ou alors c’est plutôt le matin qu’il faudra traiter c’est bien ça? Avant 7h? Lorsque l’on sait, quand on vit la chose, qu’un traitement efficace ne doit jamais être appliqué sur végétation humide sous peine de gaspillage de produit et donc de pollution directe des sols par lessivage et que pour éviter cela en règle générale on ne peut commencer à traiter avant 9h30 voire 10h, je ne pense pas que ce soit là une bonne solution pour minimiser les risques sanitaires.

Je tiens par ailleurs à rappeler que la période des traitements la plus forte est en été, forcément en pleine végétation, alors que fait-on ici en ne traitant qu’à partir de 18h30? Eh bien nous attendons que les gens soient bien chez eux, dans les zones à risques, fenêtres ouvertes parce que c’est ce que nous faisons tous à cette époque, et nous appliquons notre traitement avec le maximum de chance d’incommoder les riverains.

Je ne vois donc ici rien qui fasse avancer le schmilblick, bien au contraire. Partant d’une bonne volonté de protéger et d’être plus attentif aux autres on se retrouve dans une situation qui peut aggraver le problème. Amplifiant les rancœurs, les agressions verbales et physiques parce que les nuisances sonores et sanitaires vont augmenter et que certes les écoles et administrations seront mieux “protégées” mais pas le citadins rentrant chez lui.

Que l’on soit amenés à s’améliorer sur le choix des produits de traitements obligeant à n’utiliser qu’une catégorie toxicologique de produits phytosanitaires et pas forcément ceux dont l’image médiatique est la plus belle, d’accord. Que l’on interdise toute une catégorie de pulvérisateurs pour ne retenir que ceux ayant des dérives minimales, encore une fois oui, avec malgré tout la prise en compte du coût d’achat de tels pulvérisateurs pour une petite structure. Mais qu’on arrête de faire de la communication pour de la communication, je ne comprends pas que cette ODG n’ait pas consulté ses viticulteurs avant de prendre une telle décision et si elle l’a fait cela me laisse totalement pantois.

Encore une fois, l’enjeu est colossal, il est de santé publique, il n’est pas électoraliste ou populiste, il est trop sérieux et vital pour être ainsi traité n’apportant pour ma part que de la désinformation et brouillant des débats pour donner de faux arguments et de fausses solutions à des citoyens dépassés par la montagne d’informations qu’ils reçoivent quotidiennement.

J’espère juste que cela ne deviendra pas une mode pour d’autres communes qui décideraient d’appliquer les mêmes arrêtés pensant mettre en place des solutions adaptées qui en fait ne sont que des placébos totalement inefficaces.

L’avenir nous le dira…

Il semblerait qu’au final la zone concerne un collège et quelques habitations des environs, cela semble dès lors plus raisonnable même si la problématique de l’application des traitements reste la même ainsi que le risque d’une extension de telles contraintes à l’ensemble de nos vignobles.

Nicolas.

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :


  • Contact
  • Boutique
  • Vidéos
  • Blog
  • Facebook
  • Twitter
  • Google+
  • Youtube
  • Instagram
  • Tripadvisor