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Lettre ouverte à nos députés

13 octobre 2017 | Par Nicolas Lesaint

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Mesdames, Messieurs les Députés,

Il était une fois un beau pays, une belle nation dont l’histoire souvent mouvementée a influencé le monde, servant de modèle à l’émancipation des peuples, faisant référence dans l’histoire de l’abolition des droits de persécutions que certains hommes pensaient avoir sur d’autres.

Il était une fois un beau et magnifique pays jouissant d’une campagne verdoyante façonnée par ses paysans, travaillant la terre, aménageant les paysages, les entretenant quotidiennement, participant activement au rayonnement de celui-ci et élaborant des breuvages dont la réputation ne cesse encore aujourd’hui d’alimenter cette image de savoir vivre à la française que bon nombre de pays nous envient.

Certes le français est un râleur, toujours soupe au lait, rapide à l’emballement verbal et refusant bien souvent un bouleversement de ses habitudes. Il n’en reste pas moins attaché à ses traditions, son patrimoine et ce qui fait que son pays, aussi petit soit-il de par ses dimensions géographiques, continue d’être écouté attentivement par les autres nations. Fier de sa gastronomie, de ses produits régionaux et de ses vins, il reste aussi attentif à toutes les nouvelles technologies développant de plus en plus un sentiment exacerbé de respect de l’environnement et d’urgence citoyenne à ne pas oublier que la démocratie reste fragile.

Les dernières élections ont démontré une volonté de renouveau, un retour à des valeurs participatives qui permettraient de réunir tous les gens de bonnes volontés afin que du dialogue naisse l’entente.

Et c’est donc vous qui avaient été choisis pour cela.

Nombreux sont ceux parmi vous qui débutent dans ces fonctions remarquables et ce vent de changement ne peut que me donner le sentiment d’un avenir citoyen plein de promesses. Vous êtes nos représentants. Vous êtes ceux qui, portant nos voix, nos peurs, nos doutes et nos idées, devront conduire l’ensemble de la population française dans un vingt et unième siècle rempli de challenges et d’équilibres précaires. Aussi attendons-nous de vous d’être à l’image de vos promesses, d’être les ambassadeurs de notre mode de vie respectant, mettant en valeur, ventant la qualité de notre travail et de nos savoir-faire.

Je suis viticulteur, pas propriétaire, non, juste un salarié, les mains dans le cambouis et les pieds dans la terre. Un de ceux à qui on a confié la gestion d’une propriété viticole ayant traversé les âges et qui sait qu’il ne fera que préparer le vignoble qu’il cultive pour la génération suivante. Je suis profondément habité par le respect de nos terroirs et du travail de ceux qui arrivent à en extraire une liqueur vinique diamétralement opposée à cette notion industrielle si chère à une part importante de notre civilisation. Nos vins sont nos mains, ils sont nos tripes, ils reflètent millésime après millésime les engagements, les drames, les joies, les peurs de ceux qui laborieux au vignoble essayent d’apporter des moments de vie à ceux qui ouvriront une de nos bouteilles, un soir, un midi, en famille seul ou avec des amis.

Vous avez la chance de faire partie de l’élite de notre société et ainsi d’avoir certainement accès à des lieux dont seuls ceux qui font l’histoire peuvent prétendre admirer l’éclat. L’assemblée nationale en fait partie. Palais magique, théâtre de tant d’évènements, de débats et d’instants gravés dans le marbre dont vous devez être aujourd’hui les acteurs premiers. Comment pouvez-vous refuser d’être dès lors les porte-paroles de professionnels tels que les viticulteurs en préférant consommer coca cola et autres sodas lors de vos moments de repos au sein même de l’hémicycle ? Avez-vous un tel dédain pour ces vins qui représentent la deuxième source de revenus à l’exportation pour la France que vous ne puissiez être suffisamment ouverts d’esprit pour apprendre à les consommer avec modération ? Dans certaines régions de France, à certains moment de l’année, votre Coca zéro pourrait être associé à quelques vins rouges et ainsi délier les langues plus rapidement lors de vos débats politiques, peut-être doit-on y voir là les restes d’une vie estudiantine captivante, mais la richesse de nos AOC est si grande qu’il vous suffirait de vous pencher un instant dessus pour prendre conscience de votre double erreur.

Rien ne peut égaler la fraicheur d’un Sancerre, la rondeur d’un Layon, le pétillant d’un Vouvray, La puissance d’un Bordeaux, l’élégance d’un Bourgogne et encore tant d’autres qualificatifs de grandeur de joie et de plaisir que seul le vin est capable de générer chez l’homme. La boisson des poètes, la liqueur des Dieux, le meilleur conciliateur entre deux personnes dont les idées politiques sont étouffées parfois par des postures de partis politiques jouant trop souvent avec le buzz.

Mais vous n’êtes pas cette ancienne génération, non, vous êtes un renouveau, un vent frais pour cette nation, vous êtes ceux qui sauront faire le grand écart entre un passé vous obligeant à avoir des épaules larges et puissantes et un futur qui ne devra sa réussite qu’au maintien de valeurs fondamentales de respect de nos traditions.

J’espère dès lors que vous renoncerez à la vente de cette magnifique cave de l’Assemblée Nationale ce qui serait un message fort d’engagement dans le sens de ce qu’attendent tous les viticulteurs de France. Appelez nous, contactez nous et nous viendrons de nouveau vous expliquer ce qu’est le vin, ce qu’il représente pour nous, pour vos parents et ce qu’il sera pour vos enfants. Soyez nos ambassadeurs, aidez-nous à rayonner et à continuer à faire vivre ce savoir-faire et cette grâce œnologique que tant de générations ont fait perdurer. Le monde entier vous regarde, riant de vos erreurs, commentant vos faits d’armes et vos échanges parfois houleux, mais il prend aussi note de vos engagements et de la fermeté de vos décisions.

Montrez-nous que le monde paysan existe pour vous et que le respect de ceux qui s’engagent et font avancer la renommée de notre pays est le fondement de notre démocratie. Montrez-nous votre part humaine, renoncez à celle industrielle et mondialisante qui déforme notre civilisation, revenez vers nous, entendez nous, goûtez, sentez, dégustez et alors vous comprendrez qu’il existe des symboles forts capables de fédérer toutes les générations.

Nicolas.

Commentaires(9)


  1. Tout ceci est frappé par le bon sens et le bon goût devrait être la règle implicite de nos élus !


  2. Tu es surtout salarié d’un domaine viticole et cela fait toute la différence avec le propriétaire.
    Il a les mêmes tracas que toi mais c’est lui seul qui assume les aléas de la vie.
    Dans tous les cas tu as ton salaire et ta protection sociale. Alors profil bas.
    J’ai un vignoble gelé en entre deux mers et c’est moi qui assume.


  3. Il faudrait m’expliquer le lien entre votre commentaire et l’article….vous êtes totalement hors sujet….


  4. Monsieur,
    j’ai une autre hypothèse à vous soumettre, nous sommes (les jeunes députés) tous amoureux de notre terroir, de notre culture, de votre savoir-faire et croyez -moi nous en sommes les premiers défenseurs (je vous invite à lire les annonces des États Généraux de l’Alimentation, qui remettent au cœur du débat la valeur du travail des agriculteurs).
    Cependant, pour apprécier ce qui est le fruit du travail de toute une année, on ne peut se permettre une consommation rapide à la buvette de l’assemblée entre 2 débats.
    De plus, pour respecter celles et ceux qui nous ont fait confiance, en nous permettant de rentrer à l’assemblée nationale nous nous devons de travailler (en commissions comme dans l’hémicycle) quitte à passer moins de temps autour d’un verre.
    Cela reste mon analyse, vue de l’intérieur, elle n’engage que moi.
    Il y a, parmi nous, des députés ayant un attachement familial au monde paysan.
    Je suis moi-même petit fils de Viticulteur, j’étais la semaine dernière à la fête des vendanges de Saint Michel d’Euzet, je serai,ce soir, intronisé par la Confrérie des Jaugeurs de Lirac, et demain aux Vendanges de l’Histoire à Chusclan.
    Oui, nous aimons notre agriculture. Oui, nous aimons nos viticulteurs.
    L’amour ne se jauge pas en fonction de la fréquence de sa consommation, mais de sa déclaration et de ses actes.

    Au plaisir d’une dégustation

    Anthony Cellier député du Gard


  5. Merci pour votre réponse et la sincérité de vos propos mon idée n’était évidemment pas de pousser à la consommation mais au contraire de tout faire pour préserver la diversité que doit avoir la cave de l’Assemblée Nationale en tant que representation de notre patrimoine vinicole.


  6. Merci Monsieur Lesaint,

    nous avons tous un très gros travail à mener auprès de nos nombreux nouveaux parlementaires.
    Nous avons besoin qu’ils encouragent les profondes évolutions de notre métier, comme la capacité de tous les vignerons , négociants , acteurs de cette filière à produire des richesses pour nos territoires. BF

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