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Ce que fut 2017…

15 décembre 2017 | Par Nicolas Lesaint

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J’ai dans mes yeux la pluie.

J’ai dans ma tête le froid.

J’ai aussi par soubresauts la lumière aveuglante sortant de derrière les nuages fondant sur ma rétine pour éblouir ma vue. J’ai ces instants de janvier où il gelait et où le crissement de me pas répondait à la douleur de mes tympans agressés par le froid.

Et puis on s’est avancés. Et puis on a continué à travailler, la taille, la chute des bois, la mise en place des palissages et ce pliage annonçant bientôt le moment de l’attente. Celle qui nous flatte, celle que l’on craint aussi parce que l’on sait aussi qu’elle sonne le début de la course et de cette exposition ouvertement fragile de nos faiblesses face aux éléments.

Les soleils se sont levés, les journées se sont étirées, les larmes de la vigne ont elles aussi coulé rythmant les pas des saisonniers commençant à frotter leurs pieds.

Puis tout s’est arrêté.

Violemment.

Cruellement…

Comme si cette fois-ci le balancier s’était emballé histoire de rappeler à ma jeunesse insouciante qu’il était le plus fort. Alors j’ai pleuré, alors je me suis débattu pour tenter de rassurer et d’agir pour que, les bras ballants cloués au sol, on ne se retrouve pas fossilisés dans notre propre cercueil. Quatre semaines d’attente, trente jours interminables pour savoir et voir enfin un deuxième printemps se produire… Se remettre en mouvement, courir, chercher des hommes et des femmes pour aider à être plus forts, à être meilleurs, tenter de compenser cette catastrophe par un nid de bras cajolant les nouveaux nés.

Désorganisations totales, explosions collatérales et révélations humaines, amor des uns et des autres, soutiens sans fin, s’appeler, se parler, se rassurer, tenter de comprendre et d’être là pour les autres et pour soi-même. Plus le choix, agir, agir, agir, regarde, comprendre, chercher une lumière vinique permettant de continuer pour couler de coteau en coteau et assimiler cette redistribution des cartes magiques qu’il faudra ramasser et grouper dans quelques mois.

Alors l’été s’est passé, alors on a volé, on a découvert d’autres horizons rendant plus clair ce que l’on cherche et ce que l’on veut. Le trajet, le voyage, savoir y aller et revenir, avoir le droit de douter, accepter de ramper pour mieux remonter, attendre, attendre et attendre encore le bon moment. Observer, goûter encore et encore pour être certain du potentiel et du nid à créer. Puis lancer les hommes, les arrêter, repartir courir dans un sens, prendre ce bout, laisser celui-là, aimer cela et reprendre son envole. Planer au-dessus des allées, danser dans ses argiles et saisir au bon moment ces cabernets n’acceptant plus d’aller plus loin, rentrer dans le chai, sentir, boire, chercher les cuves et ne pas comprendre que oui ça y est on est bien dedans.

Se sentir désarmé, ne pas aimer ce jeu et ne plus en dormir. Et si et si… Je ne fuis pas, je ne renonce pas, je vois les autres, j’entends ce millésime de fou, cette rancœur d’exception pour les épargnés et celui de lutte permanente pour les gelés. Puis le bout du tunnel, puis la lumière du soleil, de la chaleur et ce vent de défi permettant d’espérer et de croire en ce que l’on a fait. Un mélange de joie, un début d’apaisement lorsque le dernier matin franchit la cime des arbres. Un regard, encore un, qui me dit qu’il faudra attendre un nouvel hiver pour revivre le défit de cette course qu’on ne vivra plus jamais de la même manière.

Encore une grappe, encore ce jus, cette douceur sucrée arrachée à ce vent du nord… Et toujours sur les sarments ces traces et les momies de ces larmes affreuses que je ne veux plus jamais vivre. Tant d’hommes, tant de femmes et d’enfants voyant cela dans les yeux de leurs parents. Une marque, une borne, un cairn viticole monté de tout cela que je verrai là demain matin, dans peu de temps, alors que me levant pour atteindre ma voiture, conditionné par tout cela, je chercherai sur les bas coté de la route les marques de cette intensité gélive qui alors nous frappa.

J’attendrai, j’attendrai donc qu’arrive le prochain 8 celui qui me dira si notre espérance de demain n’est pas veine et si de cette fracture naîtra un cycle plus vertueux que jamais.

Voilà ce que fut 2017, voilà comment je traversa tout cela. Un peu grandi, beaucoup vieilli, plus sage, plus aigri, plus appeuré et certainement moins joyeux au début du printemps qu’au début de ma carière, je regarderai et entendrai passer les grues en me disant: ” pourvu que, pourvu que….”

Nicolas.

 

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