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Mai, fais ce qu’il te plaît…

20 décembre 2017 | Par Nicolas Lesaint

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Avril ne te découvre pas d’un fil…

Mai fais ce qu’il te plaît…

C’est bien ça l’adage ? Bon ben en fait on aurait peut-être dû se couvrir un peu plus fin avril mais que voulez-vous, face aux éléments climatiques toute couverture supplémentaire reste souvent inutile. Quant au mois de mai qui a suivi, a posteriori je pense pouvoir dire que malgré le temps libre disponible et la tristesse générale il était difficile de faire ce qu’il nous plaisait…

Parce que ce qui nous plaît à ce moment précis de l’année c’est plutôt travailler nos sols, épamprer nos têtes et commencer à lever nos plus belles branches. Mais dans ce brouhaha assourdissant au milieu duquel tous les viticulteurs de Gironde et des environs étaient occupés à pleurer leur millésime et à freiner des deux pieds leurs investissements prévus tout en tentant de rassurer leurs marchés, nos autorités juridiques quant à elles continuaient à travailler. Tentant de concilier intérêt collectif, intérêt productiviste, intérêt humain et principe de précaution nos administrations réfléchissaient…

Et le 4 mai 2017 au matin, après un magnifique lever de soleil sur le vignoble bordelais, l’information est tombée… Un nouvel arrêté préfectoral venait d’être émis…

Honnêtement celui-là il m’est passé à dix mille pieds au-dessus de la tête tellement m’intéressait plus la ressortie des pousses de l’année et la recherche d’une hypothétique solution pour améliorer notre sort. La saison s’est écoulée, je pense que maintenant vous la connaissez aussi bien que moi, les mois ont passé et la récolte fut rentrée. A l’abri, au chaud, nos 13hl/ha ont pu être travaillés et aujourd’hui peuvent prétendre pour la plupart à devenir du Grand vin. La saison se calme, la phase hivernale arrive et avec elle un peu plus de temps pour tourner la tête et regarder derrière soi…

On analyse, on regarde, on essaie de prévoir 2018, plan d’action, fertilisation, amélioration de la stratégie phytosanitaire et forcément on se remet à décortiquer la “magnifique” nébuleuse règlementaire qui illumine notre métier. Et l’on voyage dans le temps, et l’on revient en arrière…, ce 4 mai nom de Zeus !!

Le législateur, toujours prompt à légiférer a décidé… Mais quoi donc me direz vous? Oh juste une petite phrase, un rien du tout qui n’a fait réagir personne décentrés que nous étions tous par notre quotidien.

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Donc il y a une évolution des délais de ré-entrée dans les parcelles après traitements. Ma foi ça ne me gène pas trop puisque déjà quelque soit le produit utilisé, bio ou pas, de synthèse ou pas, fertilisant foliaire ou pesticide de toute manière mon habitude de travail est de mettre tous mes délais de ré-entrés à 48 h. Quel est le problème me direz vous alors? Regardez bien et surtout lisez bien ce qui est sous-tendu dans les phrases de cet arrêté préfectoral qui désormais détermine les limites de notre travail.

Il ne sera pas possible de renter dans une parcelle traitée avant 6h, en fait on s’en moque un peu puisque la convention collective pousse automatiquement ce délais à 12h. Mais le problème n’est pas là, si l’on était habitué à gérer des délais ré-entrée dans des parcelles pour des personnes travaillant en “petites façons”, pour la première fois apparait une autre notion, celle de tractoriste… Et que dit-on ?

“En cas de besoin motivé (il faudra donc le justifier par écrit), non anticipé et non prévisible (là aussi il faudra pouvoir prouver qu’on ne pouvait vraiment, vraiment pas faire autrement), ou impérieusement nécessaire (à vous d’apprécier) les délais mentionnés au paragraphe 3 peuvent être réduits au délais de ré-entrée fixés au paragraphe 2 sous réserve du respect de mesures visant à minimiser l’exposition du travailleur, à savoir une rentrée effectuée avec : un tracteur équipé de cabine avec filtre à charbon actif…”

J’ai toujours entendu dire qu’avec la loi il ne fallait pas rigoler et que pour savoir ce que l’on avait le droit de faire il suffisait de comprendre que tout ce qui était autorisé pouvait être fait quant au reste il fallait s’en dispenser ou savoir parfois courir très vite.

Donc si je comprends bien ici, un tractoriste ayant traité une parcelle de vigne aura le droit d’y retourner uniquement à partir du délai de ré-entrée prévu sur la fiche d’utilisation de celui-ci délai qui pourra être réduit à 6 heures uniquement si c’était obligatoire, imprévisible, justifiable, enregistré et à condition que la cabine de son tracteur lui offre la protection idéale prévue à cet effet. Mais dites-moi il n’y aurait pas comme un problème-là ? N’y aurait-il pas une “légère” contradiction dans ces propos ?

Si un tractoriste, même protégé ne peut rentrer dans une parcelle qu’à partir de 6 heures après traitement quelle que soit sa protection cela ne veut-il pas dire que désormais il ne peut pas le faire pendant les cinq premières heures qui suivent le traitement ? Est ce que cela ne veut donc pas dire que les protections obligatoires que ce même législateur a défini comme obligatoires pour réaliser un traitement sont totalement inefficaces puisqu’elle sont soit disant capables de protéger tout applicateur lors de la réalisation du traitement mais pas pendant une simple circulation dans cette même parcelle durant les cinq heures qui suivent cette application ?

Messieurs les législateurs ne seriez vous pas en train de vous enfoncer vos doigts dans les yeux jusqu’aux coudes histoire d’étirer au maximum ce magnifique principe de précaution qui vous plaît tant ? Ne seriez-vous pas en train de nous mettre nous, responsables de propriétés viticoles, dans une situation telle que,  quoi que l’on fasse, rien ne fonctionnera correctement et ne protègera nos salariés ? Si les protections actuelles ne fonctionnent pas une heure après un  traitement, dites le nous que l’on arrête de renouveler les filtres à charbon des cabines de nos enjambeurs même s’ils sont équipés désormais de capteurs nous indiquant leur taux de saturation pour être changés avant que le tractoriste concerné ne soit exposé. Que l’on arrête de renouveler nos cabines pour en avoir des pressurisées. Où alors si vraiment tous ces produits une fois de plus qu’ils soient de synthèse ou pas sont si dangereux que ça, interdisez-les tous que l’on sache vraiment pourquoi on peut laisser entrer nos saisonniers dans nos parcelles juste là pour admirer nos raisins mildiousés…

A trop subir cette pression médiatique on en est amené à faire souvent n’importe quoi et à se mettre dans des impasses techniques et juridiques.

Alors s’il vous plaît avant de courir dans tous les sens et de tenter juste de tirer une couverture législative déjà déchirée dans tous les coins pour vous protéger, posez-vous les bonnes questions et réfléchissez un peu plus pour que l’on puisse vraiment continuer à avancer de façon constructive sans devoir être en permanence accompagnés par des juristes de haut vol pour nous protéger tous.

Allez, passez quand même de bonnes fêtes de fin d’année.

Nicolas.

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