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Une fois de plus…

16 avril 2018 | Par Nicolas Lesaint

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On y est!

Comme le point de départ d’un marathon qu’il faudra négocier une fois de plus, les précédentes courses n’étant à chaque fois qu’un entrainement toujours plus ou moins bien négocié. En telle année je suis parti trop vite, en telle autre pas assez ou alors si, j’étais bien bien mais la météo et ce vent contraire lors de la montée de juin m’a coupé les pattes. L’an dernier c’est la froidure du matin qui m’a posé problème… Comme à d’autres d’ailleurs, nous étions tous groupés sur ce coup là, un faux départ, une attente du nouveau signal et “Pan” c’était reparti, en désordre, sur des faux rythmes mais nous sommes repartis. Des épreuves comme celles-là marquent toujours les esprits, on en tire des conséquences, on évolue, on se dit que l’année prochaine on fera différemment même si sur ce coup là on ne peut pas vraiment faire grand chose de plus ou si, s’assurer peut-être ou investir, quand on le peut, dans du matériel censé nous protéger… A hauteur du coût de l’investissement ça c’est encore une autre histoire…

Pour l’instant ce que je sais c’est que j’ai bien un mois et demi de retard sur ce que j’avais prévu de faire. Nous sommes le 16 avril et le broyage devrait prendre encore une bonne semaine… Pour les décavaillonnages pas de soucis… Ils démarrent aujourd’hui… Sur des sols encore souvent humides et lourds et avec un enherbement important retardant les enjambeurs et ne permettant pas un résultats à la hauteur de toutes mes espérances… Là aussi trop de retard et les grains de sables qui s’accumulent pour tenter de justifier quelque chose dont on se moque puisque de toute façon il faudra y arriver et poursuivre ce développement du travail mécanique des fonds enclenché maintenant depuis plusieurs années et dont je sais que cette année ce ne seront plus 30% mais 15% qui seront encore désherbés chimiquement. Est ce que c’était bien l’année à se lancer un tel défit, une course de côte supplémentaire, une obligation intellectuelle que malheureusement de nombreux détracteurs de la profession ne sont pas capables d’appréhender dans sa dimension humaine technique et psychologique? Mais on s’y plongera en espérant que désormais les conditions climatiques seront avec nous.

Les dix jours à venir semblent beaux. Soleil, chaleur, oui, certes, 26 même 27 degrés qui feront exploser la bombe verte faisant galoper en première ligne les nouvelles pousses désormais, pour les cépages précoces, suffisamment développées pour être réceptives aux spores de mildiou déjà mûrs… Une première intervention programmée dans ma tête, passer avant la prochaine pluie qui sera la première contaminante. Se mettre en situation de préventivité tant qu’on peut le faire, penser aux pulvérisateurs révisés mais pas encore testés vraiment, le retour d’une logique toute personnelle basée sur le rythme des renouvellements, l’observation de la météo et la gestion des équipes. La vie se décentre de sa rotation douce hivernale, la sortie de sa grotte pour l’ours qui sait qu’il va devoir galoper pour réussir à se nourrir.

Est ce que j’aime ça? Un côté maso, une facette craintive ou même désabusée, un semblant de plaisir et de frustration, une volonté d’être déjà en août mais aussi l’attente amoureuse du lever de soleil sur la première fleur. La peur de courir dans ses rangs suite à un rot brun nauséabond observé en bout de rang ou d’une tache de black parce que l’on saura que oui on a pris le risque de trop à vouloir traiter de moins en moins. Un côté cannibale qui te boufferait de l’intérieur, avoir peur, ressentir du plaisir et de la joie, être ensemble aspergé de graisse ou d’huile, les mains collantes et entendre au fond de ta poche ton portable sonner et savoir qu’il va bien falloir que tu réussisses à l’atteindre…

Je ne sais pas, certainement, oui certainement que les moments de plaisirs compensent toujours les douleurs le stress et les peurs pour n’en retenir que le point brillant de la journée, la semaine ou le mois. Et puis de toute manière pourrais je désormais fonctionner autrement sans ce rythme de pousse et de dormance, sans ce jour et cette nuit qui s’enroule autour de moi? Oui il y a les mauvais côtés ou des déceptions qui font que le grand Barnum de la profession finit par m’étouffer et me donne parfois l’envie de retourner vivre dans ma grotte, mais cela je crois qu’à moins d’en vivre cela devient le lot de tous. Demain je m’isolerai, demain je ne me présenterai plus aux petits contrôles d’étape qu’on a bien voulu me rendre obligatoire, de ces obligations de cour d’école pas loin du grand chêne caché derrière le mur pour savoir qui a la plus grande.

Mais ce soir tout repart dans la direction de l’Est pour voir se lever le soleil, le matin, il montera, il grossira et éblouira mes yeux pendant que les tracteurs tourneront pour retourner ces sols et tenter de les faire vivre au mieux de leur millésime. L’Ouest s’approchera alors, les premiers partiront, je retournerai dans mon bureau pour déjà être demain penser et réfléchir anticiper et constater aussi certainement mes erreurs. J’appellerai Paul, on se fera peur jusqu’au bout du supportable et puis il raccrochera en me disant comme toujours: “T’inquiète Nico ça va aller”. Je finirai par rentrer, je redeviendrai une boule de nerfs m’endormant devant la télévision et sautant de trop de rêves dans mon lit à deux heures du mat… Je me réveillerai, fatigué de cauchemars les muscles de mes mâchoires tétanisés d’avoir trop serré les dents… Je n’amènerai plus ma fille à l’école, ermite dans cette maison noire je serai prêt vite, trop vite et partant sur la route j’aurai toujours en tête ce rendez vous radiophonique que je n’écouterai pas ou mal parce que déjà rendu là-bas.

Alors oui, on aime ça, oui on y est liés et bien vivants, sortes d’esprits viniques fourmillant des rangs sans fin nous y vivront encore cette année des aventures extraordinaires qui n’intéresseront que nous et nous feront rêver pendant des années. Le métier est beau, la liqueur est belle, l’investissement est immense mais malgré tout cela ne suffit pas toujours pour que certaines âmes comprennent qu’elles devraient savoir rester modestes lorsque portant ces vins à leurs bouches leur premier réflexe reste le mépris.

La grâce d’une année mise dans un flacon de verre, la beauté d’une année résumée en une gorgée que l’on avale et que l’on fait soi, elle devient notre corps elle remplit nos papilles et embrume nos pensées l’éveillant aux esprits du souvenir et de la mémoire olfactive, la possibilité de partager une chose commune un engagement solidaire et une volonté d’être heureux. Promis cette année encore je ferai tout pour y arriver une fois de plus.

Nicolas.

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