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Ma tête se gonfle d’idées et mes yeux brillent…

4 septembre 2018 | Par Nicolas Lesaint

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Je flânais hier sur les différents billets que j’ai pu écrire sur ce blog désormais âgé de… huit ans…

Oui, déjà autant de temps passé à découvrir ce que mes doigts étaient capables de transcrire, rechercher la phrase ou l’atmosphère qui réussiraient à transmettre parfaitement l’instant que je vis. En faisant cela, je me suis rendu compte combien ce rendez-vous avec moi-même avait pu être important à une époque où m’habitait un besoin de transmettre et d’expliquer les fondements d’une passion. Puis les billets se sont fait un peu plus rares pour finalement quasiment cesser d’exister. Mon esprit est passé à autre chose, peut-être le sentiment de tourner en rond ou aussi certainement le renoncement d’intervenir dans des querelles professionnelles n’attirant à moi que les mêmes personnes pour au final avoir en bouche le sentiment d’avoir brassé de l’air sans avoir fait avancer le bidule. Ou si, auprès de certains confrères déjà convaincus par ce que je voulais dire au grand public.

Est-ce que cela a changé quelque chose? Non je ne le pense pas, juste le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait au moment où je devais le faire. Il m’apparaît du coup tout à fait clair que ce lieu ne doit être pour moi qu’un îlot de pensées, un réverbère allumé juste pour donner un peu de lumière à celui qui voudrait encore lire alors que les autres sont déjà couchés. Un univers, une ambiance, une clarté blafarde qui avant tout ne servirait qu’à moi et à mon voisin insomniaque. Croire que l’on peut changer les choses de cette manière dans ce petit monde viticole m’apparaît illusoire et surtout destiné à des personnes décidément beaucoup plus médiatiques que moi. Alors on en restera là et cela me va très bien. Un retour au quotidien mêlé d’un regard sur ce qui fait que j’en suis là.

Les 12 degrés de ce matin ont achevé d’imprimer cela sur mes joues et dans ma tête. Une meute qui gratte à ma porte, le chien du voisin qui aboie au passage d’un tracteur et l’aspiration vers les bords de la Dordogne illuminée dans mon dos par un de ces levers de soleil que septembre sait faire naître. Plus d’humidité dans l’air qu’il y a encore quelques jours, un peu de brume même au détour d’un virage et cette envie mêlée de peur d’un retour au bercail. Celui-là même dont on s’est éloigné sans jamais vraiment y réussir tout à fait à le faire parce qu’au fond on en n’avait pas si envie que cela et parce peut-être, trop imbu de sa personne, on a le sentiment que si l’on est pas là forcément ça va mal se passer… Le ronronnement du bitume me berce alors que volent encore autour de moi les doux moments vécus ces derniers jours… De la chaleur, de la douceur, un rythme ralenti au strict minimum et le besoin d’organiser juste ses propres minutes. Un virage, deux virages… Et je glisse dans les vignes. Leur pousse définitivement stoppée par la chaleur et cette contrainte hydrique que l’on attend tellement pour assurer les bons millésimes, elles sont concentrées sur leurs enfants, repliées sur eux pour mieux les couver.

Je descends et déjà les odeurs sont là. Oh non, pas celles du raisin ni celles de cette pulpe que bientôt je vais goûter. Non, c’est l’environnement qui parle, celui-là même qui nous donne la marque d’où l’on est. Ici l’herbe rasée, là des fonds laissés plus sauvages dans lesquels se mélangent ces herbes folles qui me ravissent. Une haie d’essences locales et un soleil qui rase les branches arrachant au passage une onde d’humidité qui caresse mes narines.

J’avance lentement, je sens le frottement des feuilles sans pour autant espérer un contact autre que physique pour deux espèces si éloignées l’une de l’autre alors que me revient en tête l’idée selon laquelle mon patrimoine génétique serait à 60% identique à celui de la banane… Rire intérieur… Peut-être 70% avec vinifera qui sait… En tout cas sa vibration ne se transforme pas en mots ni en paroles, plutôt une invitation à regarder son port. Une bonne tenue, un bout de rang plus stressé par ce coup de chaud du mois d’août, alors que devant moi décolle un groupe d’étourneaux occupé à faire son propre suivi de maturité.

De façon surprenante lorsque je retrace l’ensemble de cette saison si compliquée, pas la moindre présence de botrytis, le barbu n’est pas là. Les baies sont belles, pleines, gonflées de cette fraîcheur arrachée à l’argile. Une face dorée, l’autre plus dans des jaunes brillants, des sauvignons gris dont le rose-orangé appelle à croquer, alors je craque… Je prélève, je goûte, je cherche sans chercher, j’attrape sans choisir, je gobe sans réfléchir. Je rentre dans la grappe, je la déguste de part et d’autre pour tenter d’imprimer une image mentale en forme de goût spatial m’expliquant si finalement quelque chose détonne dans la maturité des raisins. Un trop plein d’acidité, une douceur excessive, des notes de fruits cuits dans quelques baies flétries, la  fraîcheur de la chair d’une pêche de vigne cueillie hier soir dans mon potager et gobée, là, instantanément alors que MaChat se frotte contre mes jambes… un pépin pénètre entre deux molaires et arrachant une partie de sa peau me transmet ses tanins… Goût de fruits secs, un peu de verdeur, on est pas loin. La peau reste seule dans ma bouche, elle circule sur ma langue et de papilles en papilles m’informe elle aussi sur cette tannicité peu recherchée pour nos blancs, ou alors si pour ce vin orange qu’enfin je pourrai certainement refaire cette année.

Puis je crache et analysant mes sens, comptant dans ma tête, regardant déjà au-delà du constat de maturité… Les cagettes se transportent seules hors du grenier alors que les plateaux sont rapatriés du hangar extérieur, le pressoir est en place et la cuve CO2 est pleine. Je traverse mentalement le cuvier et vois la rénovation inachevée, le froid à finaliser, la peinture à arrêter désormais les vins vont devoir bouger, les recrutements à finaliser…. 45 personnes à trouver…

Mais non rien de tout cela, aucune vague de cette adrénaline en train de monter en moi ne réussira à occulter ce plaisir que j’ai à retrouver le goût des choses, le sucres de ces baies et cette fraîcheur à venir, les odeurs de fermentation, les rires des vendangeurs et la lumière des phares le soir en débauchant. Je repars en campagne, et monte dans ma voiture, ma tête se charge de contraintes et de solutions, de peurs et de plaisir, mon ventre se vrille, ma tête se gonfle d’idées et mes yeux brillent, je suis en action, je suis en marche, la journée n’a plus de fin et la nuit s’emplit de rêve, je suis heureux et terrorisé à la fois, je suis en vendanges, je suis en vendanges et s’ouvre devant moi la page de cette récolte dont bientôt vous boirez les fruits.

Nicolas.

 

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