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Sylvain et Bruno j’embrasse vos crânes…

13 octobre 2018 | Par Nicolas Lesaint

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Les derniers jours de vendanges sont toujours les plus longs, la fatigue s’accumule même si il faut bien le reconnaître ce millésime 2018 rentré sur un mois nous aura permis de faire des pauses dans la rentrée de ce raisin. Le moindre petit truc qui va de travers se met à vous énerver, comme le fait, PDBDM, de ne pas avoir levé la tête depuis que je viens de commencer ce billet et de me rendre compte que ce p… de clavier est resté en mode MAJUSCULE… Bon je reprends, oui tout vous fatigue, vous tire vers le bas avec heureusement un raisin extraordinaire et une météo clémente qui rattrapent beaucoup de ces petits soucis quotidiens qui nous minent. Alors un samedi de plus à vendanger, ça n’est pas bien grave, on y va avec le sourire en plus.

Ok, finie la radio sur la route avec ses “magnifiques” infos du monde qui vous dépriment pour la journée, c’est plutôt Noir Désir, Linkin Park ou les Foofighters histoire de pas voir ses paupières se dérouler devant soi. Mais quoi qu’il arrive on est toujours dans le noir brillant de la nuit pour ouvrir le cuvier, sentir les odeurs de fermentation, toucher les parois réchauffées ou refroidies et d’un transfert d’influx déjà comprendre si l’on se trouve dans la normalité des consignes demandées la veille au soir ou si au contraire un bug s’est produit.

La lumière se fait progressivement dans l’ambiance Star wars du cuvier, mais déjà la lumière renvoyée par l’écran de contrôle du cuvier me transmet sur les parois des cuves environnantes une luminosité qui ne ressemble pas à celle habituelle. Comme si la vue désormais allait devenir un nouveau sens de contrôle rapide de l’état général des fermentations. Ça clignote, certaines écritures de températures ont basculé à l’orange, certaines valeurs apparaissant comme aberrantes montrent clairement la nature du problème. Le système s’est mis en rideau. Plus d’information de températures, l’automate s’est refermé sur lui même, tentant d’éviter le pire il a désormais perdu toute confiance en ses yeux électroniques. Un coup d’oeil rapide sur mes mails me confirme une série de 150 mails d’alerte à supprimer prochainement dans ma boite, parce que oui l’automate désormais prévient l’humain et comme il le fait sur deux boites mails que j’ai défini, cela me fera donc 300 mails à supprimer tout à l’heure. Sachant que je n’ai pas encore pris le temps d’effacer les 200 de la journée d’hier liés à une micro coupure électrique du secteur… M’est avis qu’on va peut-être changer quelque chose là quand même pour les mois à venir…

Téléphone allumé à la main je pars donc dans le noir vers le local technique, le cœur de la régulation thermique du cuvier dans lequel se trouve la chaudière, un des deux groupes froid, le compresseur et toute l’intelligence du nouvel automate gérant notre thermorégulation. Déjà mon nez m’alerte à un point où je me demande s’il est raisonnable de rentrer dans cette pièce… Une odeur de suie et de caoutchouc brûlé me prend à la gorge, l’impression d’être collé sur place par ce que je respire. La lumière se fait sur une pièce claire mais recouverte au sol d’une poussière brune inhabituelle ne m’empêchant pas pour autant d’atteindre l’armoire électrique magique dans laquelle très vite je trouve le différentiel sauté que je remets en charge. Bizarrement rien ne me parait normal, l’ambiance générale, le ronronnement habituel des pompes de circulation qui devraient tourner. Ma main frotte les ballons tampon, une phalange les frappe, le bruit comme indicateur, l’ouïe pour savoir et comprendre, le ballon tampon de la chaudière est vide!!!!, sa pompe ne tourne plus non-plus, tout est désespérément froid!!! Qu’à cela ne tienne, pression à zéro je branche mon tuyau et remets de l’eau. Tout en attendant que la pression remonte mon œil se perd de nouveau dans cette poussière brune au sol, quand même c’est bizarre, et cette pression qui ne remonte pas quand même… L’ouïe me titille alors, “des bruits d’eau Nico, de l’eau coule derrière toi”… Derrière moi c’est Versailles, la fontaine magique qu’un fontainier fatigué aurait imaginé pour divertir une assemblé de chauffagiste, ma chaudière dégouline en jets noirâtres jusque sur la porte d’entrée… La cacatastrophe, le coup de bambou, c’est la chaudière qui a lâché… En une fraction de seconde mon esprit fait le tour des cuves en demande en ce moment et je sais que cela va être compliqué dans les jours à venir pour avoir les températures que l’on veut… Déjà ce n’est pas le froid qui est en rideau, c’est moins grave quand même. Et puis, logique, on est samedi, pas de SAV pour le chauffagiste qui nous fait la maintenance de ce bijou de technologie… Je vois le pire, toujours, et je sais que là ça n’est vraiment pas bon. De l’eau coule par l’échangeur arrière m’indiquant que la fuite n’est pas minime, mais ça dégouline aussi par le brûleur, nom d’un chien qu’est ce qui s’est passé, mais qu’est ce qu’il s’est passé pour que ça lâche comme ça? Rapidement, la source se tarit, retournant sur le tableau de contrôle je comprends désormais: à partir de 21h la chaudière s’est mise en demande ne cessant jamais de tourner le système s’est emballé pour monter à des 142°C irréversibles pour la machine. de tout évidence les sécurités électriques se sont ouvertes mais rien n’y a fait la machine infernale a poursuivit sa course pour atteindre un point de non retour lorsque la soupape de sécurité ne s’est elle non-plus pas déclenchée. Nous devons la vie sauve à une deuxième soupape sur le circuit qui elle a littéralement explosée entraînant avec elle une des pompes de circulation, vidant la chaudière et arrêtant le carnage alors que l’extérieur commençait à noircir… l’extincteur de sécurité ne s’est pas déclenché, pas assez de flammes pour cela, mais de toute évidence tout se serait arrêté par l’explosion de l’ensemble entraînant je ne sais quelle catastrophe…

Cette chaudière sort de révision, d’accord elle a trente ans de fonctionnement comme le fait deux mois par an une chaudière de cuvier, mais quand même. Cela s’est produit une heure avant mon arrivée sur site… Le foyer une fois ouvert révélera qu’il a entièrement fondu la machine s’est en fait autodétruite rendant impossible toute réparation, nous sommes donc sans chaud pour un moment…

Il est 7h, de toute manière personne ne répondra, je pars donc dans la désinfection de la réception et la connexion au cuvier tout en faisant turbiner mon esprit sur les possibilités de dépannages rapides… Existe-t-il des chaudières mobiles louables, par qui, quand, trouver un chauffagiste d’appoint , un samedi, Richard n’est pas là aujourd’hui ça va m’arranger…, déjà la machine tourne s’est bien, et si j’étais arrivé en plein emballement qu’est ce que j’aurais pu faire…

A 8h je commence à appeler un peu partout, je laisse messages sur messages, ça ne sert à rien mais ça me détend, je surfe sur l’ensemble des chauffagistes Eiffage qui ne répondent pas, même la maison mère me coupe le sifflet, ça me plait… Puis Sylvain répond… Oui Sylvain c’est mon interlocuteur du moment, “appelez moi quand vous voulez monsieur Lesaint je répondrais ça fait parti de mon job”, là garçon faut pas me dire ça…

Sylvain il travaille pour la société Air-Froid, informaticien et certainement un peu plus que ça dans cette entreprise. C’est lui qui finalise le nouveau logiciel de thermorégulation. On doit bien en être au centième appel pour régler tout ça et je te donne la main à distance et il me fait attraper un tournevis pour trifouiller dans les vannes trois voies et oui il reste en surveillance la nuit sur les températureS et oui je l’appelle ce matin une nouvelle fois au cas où il pourrait avoir une idée de dépannage pour moi. Et il répond… J’entends bien les enfants piailler derrière le combiné, oui il est en stand-by, chez lui, et répond. Déjà avoir quelqu’un en face c’est énorme vous pouvez même pas imaginer, en plus quand celui-ci comprend l’urgence du problème et ne joue pas au “monsieur Lesaint, nous ce sont les groupes froid et les réseaux, pas le chaud, on peut rien pour vous, il faut voir avec votre chauffagiste” mais au contraire se met en quatre vous dépêcher un chauffagiste en interne qu’il envoie ventre à terre pour diagnostiquer le problème et qu’en plus ensemble on trouve une solution pour que mardi prochain par une connexion externe avec une pompe à chaleur en 380 récupérée dans un coin de Gironde et rapatriée dès cet après midi, et bien la personne que vous avez au bout du fil vous l’aimez. Un peu comme le dit si bien Bigard qui sautant en tandem en parachute se trouve attaché avec un gros barbu qu’il aime à la folie au moment où dans le vide il sait que c’est lui qui va tirer sur le filin qui libérera le parachute…

Et Sylvain lui il trouve cela normal parce qu’il a la conscience professionnelle aiguisée. Tout comme Bruno de chez Pellenc en début de semaine qui venant régler une panne sur notre porteur en découvre une autre plus grave encore, diagnostiquant, démontant pour se rendre compte qu’aucune pièce n’est disponible, flux tendu oblige, alors que le lendemain matin il FAUT que l’on démarre. Alors Bruno il se bouge, il est pas si obligé que ça mais il le fait il, part avec son fourgon, trouve une partie des joints d’un côté, les autres d’un autre, il brase ce vérin qui fuit que certains nous auraient obligé à changer et il remonte en ayant pris le temps de le tester ailleurs sur un autre outil parce qu’une fois remonté on ne verra pas bien si le travail est si bien fait que ça. Alors Bruno avec son crâne rasé à la Barthez j’ai envie de l’embrasser comme si cela pouvait me donner un peu plus de chance pour la suite.

Nous dépendons directement des autres et de leur conscience à faire le beau. Parce que le beau n’est pas que dans un beau raisin, il peut être aussi dans le juste équilibre d’un réglage électrique ou la bonne course d’un vérin entraînant une chaîne de fonctionnements dont la vie du cuvier dépend.

Les journées sont aussi longues que les nuits sont courtes pour bon nombre d’entre nous, mais n’oublions pas celles de tous ceux qui nous secondent par leurs compétences techniques et professionnelles et qui font que nous pouvons régler nos outils comme nous le souhaitons, pour que l’humain facteur capital du terroir puisse s’exprimer dans ses vins. Merci à tous ces techniciens et réparateurs, électriciens, chauffagistes, dépanneurs viti-vinicoles et conseillers en tout genre, je ne le répéterai jamais assez cela change tout mais alors vraiment tout lorsque vous avez en face de vous quelqu’un qui vous écoute, vous comprend et sait tout ce qu’il y a derrière votre appel au secours. Encore merci et que ce modeste texte leur rende hommage.

Nicolas.

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