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A vouloir trop bien faire…

22 janvier 2019 | Par Nicolas Lesaint

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Biodiversité, Biodiversité, Biodiversité…

Ils n’ont que ce mot à la bouche, symbole de tolérance pour notre planète. On nous le donne en pâture, on nous l’écrit dans tous les journaux et on nous le fait prendre en perfusion journalière pour en comprendre enfin une signification trop longtemps oubliée. Moi le premier je tente de me l’approprier, dans mon quotidien professionnel, dans ma vie de citoyen. J’en suis un défenseur convaincu, forcément j’ai baigné dedans quand j’étais petit et déjà à mon échelle humaine je vois bien que les choses n’évoluent pas dans le bon sens. Où sont les Martinets du printemps, où sont les Grillons dans nos pelouses, où sont les Chauves-souris nocturnes que je voyais gamin tournoyer au-dessus de ma tête au début des soirées d’été ? Les Huppes, les Hérissons, les Lucanes, Vers luisants et autres Sphinx sont de moins en moins visibles… Pourquoi ? L’homme s’impose, s’étale, déversant sa vie, sa politique, son activité économique et sa nonchalance caractéristique le rendant destructeur de ce qui l’entoure. Ne voyant pas à sa propre échelle lilliputienne le moindre intérêt de faire évoluer sa notion de respect du vivant il avance, « pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens ? » c’est pas bien grave les enfants s’adapteront… Ou pas.

Malgré cela nous avons tous besoin que cette Biodiversité florale ou animale soit maintenue. Qu’elle évolue cela est bien normal, l’histoire naturelle de notre terre nous l’a bien montré le bal des espèces qui apparaissent et disparaissent reste un phénomène indispensable au développement d’une vie en harmonie avec sa planète. Mais encore faut-il que cela se fasse à un rythme qui lui donne les moyens de s’adapter. On voit souvent fleurir des reportages imaginant ce qu’il se passerait si en un claquement de doigts tous les humains disparaissaient… Comment de façon incroyable la vie redeviendrait fleurissante, se développant et se dédouanant de façon magnifique de cette main humaine contraignant tout. Un mois après, dix ans après, 100 ans après… Toute trace de l’homme aurait disparue…

Malheureusement les choses me paraîtraient plus simples. L’homme disparaît ? Que deviennent l’ensemble des réacteurs nucléaires répartis un peu partout dans le monde ?… Ils s’emballent tout simplement, aboutissant à quoi d’après vous ?… Remarque, peut-être qu’après cela de nouvelles formes de vie se développeraient…

Et que dire de cette catastrophe en devenir dont on commence à nous parler en Mer du Nord avec ces dépôts sauvages de milliers de tonnes d’obus chimiques dans des épaves coulées parce qu’alors on ne savait pas quoi en faire et qui maintenant commencent à fuir et dont on sait qu’une simple part s’écoulant dans nos fonds marins détruira la totalité des espèces vivantes pour des décennies…

Cette Biodiversité m’habite et malgré tout m’échappe dans ce que je peux faire pour la maintenir. Je ne suis pas un urbain, j’habite à la campagne je cultive au vignoble et même si ma Picoterie reste un havre de paix et si nous nous améliorons durant chaque millésime dans notre manière de faire du vin, je sais que le chemin à parcourir pour être sans impact environnemental est gigantesque. Peut-il d’ailleurs y avoir une activité de production et tout simplement une vie sans impact environnemental ? Non je ne le pense pas, on ne peut que chercher à la minimiser et à réparer ponctuellement les erreurs que l’on peut faire.

Un foyer consommera de l’énergie, sous quelle forme, avec quels rejets ? Il réalisera des lessives, quid des eaux de rinçage ? Il consommera de l’alimentaire, cultivé où et comment ? Il se déplacera marquant quotidiennement l’atmosphère de sa planète.

Une entreprise viticole cultivera, traitera, travaillera ses sols, désherbera, conditionnera du vin dans des bouteilles en verre responsables très majoritairement du bilan carbone délicat de la profession. Elle entretiendra un paysage qui l’entoure et interfère avec son activité.

Alors il existe des normes de rejets, des classifications toxicologiques, des recommandations et des cahiers des charges… Qui évoluent au fils du temps et des connaissances montrant que ce qui était bien il y a quinze ans ne l’est plus du tout aujourd’hui… Alors que faire ? Comment se définir un cap absolu symbole de respect et dont on serait certain que l’axe donné ne soit pas que le moins pire pour les dix années à venir ?

En lisant, en échangeant, en ne perdant pas la foi sur le fait qu’être conscient de son empreinte écologique et vouloir bien faire sont déjà les conditions sine quoi none pour réussir.

Alors on fait des formations, on recoupe les idées, on se frotte aux autres et à ceux dont le quotidien est d’observer le vivant. C’est ce que j’ai encore pu faire la semaine dernière en côtoyant une responsable de la LPO pour une conférence sur la Biodiversité « utile » ou « active » au vignoble, c’est-à-dire celle qui nous intéresserait de stimuler puisqu’elle pourrait nous aider à moins traiter ou même, rêve absolu, ne plus traiter. Comment la stimuler et surtout comment ne pas la détruire…

Tu te rends compte alors de la difficulté, voire même de l’impossibilité d’utiliser l’ensemble des leviers disponibles en culture pour développer cette Biodiversité au sein de tes vignes pour arriver à la conclusion que tu ne peux, peut-être, intervenir que sur celle de ton paysage entourant ton vignoble.

Tondre une vigne ? Ben la conséquence est de détruire l’ensemble des pontes en partie haute de tes herbes et donc condamner à faire disparaître les espèces d’Arachnides qui avaient osé rentrer dans tes inter-rangs.

Travailler tes sols ? C’est faire disparaître toute une frange de champignons, bactéries et autres insectes intéressant pour l’équilibre que tu cherches.

Faire des engrais verts ? Catastrophe tu deviens trop sélectif pour les espèces qui peuvent l’utiliser comme habitat… En plus à un moment il faudra bien que tu le détruises. Si en plus tu décides de semer des Légumineuses qui te libéreront de l’azote alors c’est meurtrier pour les abeilles puisque tu favoriseras obligatoirement un couvert végétal à base de Graminées qui ne les intéressent pas…

Tu t’es lancé, visionnaire que tu es, dans l’utilisation du rouleau Faca, bien connu pour coucher l’herbe sans la tondre maintenant ainsi une fraîcheur au sol et stimulant une vie du sol intéressante ? Ben non, une fois de plus c’est raté puisque couchant l’herbe tu amènes l’ensemble des pontes au sol, dans l’humidité et proches de leurs prédateurs, provoquant invariablement leur destruction…

A partir de là tu fais quoi ? Tu arrêtes de cultiver tes ceps les laissant sans tonte, sans travail, sans taille même peut-être et tu observes… Mourir tes vignes.

Tu peux aussi faire comme mon ami Yannick, heureux de m’apprendre qu’il venait de faire une formation d’apiculture pour mettre en place des ruches sur son terrain entouré d’arbres fruitiers avec l’idée dans quelque temps de proposer la mise en place de ruches sur la propriété dont il a la gestion…

« Alors je tiens à dire que les mises en place de ruches actuelles sont une fausse bonne idée… Les abeilles proposées sont en général des abeilles sélectionnées avec de grosses capacités de butinage mais réalisant un travail de fécondation grossier. Résultat elles occupent la place écologique des abeilles sauvages et accentuent leur disparition, c’est donc contre-productif… »

Dommage Yannick toi qui était tout fier il y a deux ans de me montrer ton rouleau Faca fait maison…

Bref, l’axe devrait donc être la biodiversité du paysage environnant les vignes tout en réalisant des ponts permettant des liaisons ponctuelles entre les vignes et ces réserves en Biodiversité stimulées là oui, par des tontes tournantes une seule fois par an, par des tontes ne descendant pas au-dessous de 10 cm, par des chablis laissés en place, par des murets conservés, par des toitures réservant des abris naturels et non pas des nichoirs ponctuels pas toujours efficaces. Les dits nichoirs devant être raisonnés en connaissant l’écologie de l’oiseau visé c’est-à-dire sa surface de chasse, inutile d’en mettre dix dans un jardin si un seul pour 5 km2 suffit.

Oubliez les jachères fleuries proposées dans le commerce et ne renfermant que des espèces nord-américaines inconnues pour nos abeilles. Regardez bien les origines des graines de coquelicot de ces mêmes mélanges qui lorsqu’ils sont de Nouvelle Zélande, comme dans 90%, des cas ont une floraison décalées dans le temps par rapport à nos espèces locales les rendant totalement inintéressants pour nos insectes. Doutez de tout.

Partez du principe que les espèces locales sont les meilleures, les plus adaptés à ce qui est naturellement présent dans notre environnement proche, pensez toujours que votre présence est dérangeante mais parfois indispensable, continuez de croire qu’il faut s’améliorer et que la meilleure des volontés reste avant tout celle de douter, des autres mais surtout de soi.

Car même en voulant toujours bien faire, on se rend compte inexorablement que l’on peut toujours être rattrapé par la patrouille.

Nicolas.

Commentaires(1)

  1. Duclos bernadette


    C’est difficile de faire bien. On est bien souvent mal informé… Je viens de me rendre compte de mon ignorance ou de mes fausses croyances….

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