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Wargame viticole

27 mars 2019 | Par Nicolas Lesaint

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J’ai toujours en moi cette image, réelle ou imaginaire, d’une intelligence artificielle à qui on demanderait dans une idée d’optimisation de gestions de contraintes, de se pencher sur notre problème planétaire d’évolution écologique catastrophique. Celle-ci ayant en main l’ensemble des paramètres climatologie, de biodiversité , de mouvements planétaires, d’éruptions solaires et de démographie humaine et animale aurait vite fait d’analyser l’ensemble des possibles et des raisons pour lesquelles cela dérape inexorablement vers notre perte. Dans un algorithme savamment inventé elle se rendrait alors compte que ben oui, LE problème pour la terre est l’HUMAIN dans toute sa splendeur et sa bêtise égoïste. Alors, ayant pris possession de l’ensemble des pouvoirs destructeurs imaginés par ce même monstre, dans un War game fantastique et savamment orchestré, détruirait l’ensemble de l’espèce humaine pour laisser notre planète libre d’évoluer de nouveau à son rythme.

Sauf que voilà l’humain est là et bien là et par son activité il s’est rendu indispensable à l’évolution de la planète qui l’héberge. Que se passerait-il aujourd’hui si du jour au lendemain l’espèce humaine disparaissait ? Ben l’ensemble de nos systèmes de production d’électricité par le nucléaire s’emballerait et une nouvelle forme de nuit nucléaire verrait le jour à la surface du monde… Vous me direz les espèces animales et végétales se réadapteraient… Peut-être, nouvelles formes, cycles de vie plus courts pendant quelques millions d’années pour qu’enfin un nouveau primate prenne le dessus et refasse ce que quelques Cro-Magnons ont fait avant lui. Ou alors arriverait le règne des cloportes ou des méduses…

Pour l’instant l’homme est là et bien là et la démographie galopante de certaines régions du monde ne devrait pas aider à réduire la mainmise de l’humain sur la planète.

Nous devons être plus respectueux, plus « propres » pour notre planète. Et tant pis si nous petits français ou petits européens nous ne représentons rien en effectif à l’image de la population planétaire et tant pis si l’impact de nos pratiques n’a aucune espèce d’effet sur ce qu’il se passe actuellement en Inde ou en Afrique, nous nous devons de montrer l’exemple, de tendre vers cette magnifique évolution dont nous avons tous compris l’importance. Encore faudra-t-il passer pour beaucoup de la survie à la vie tout simplement et vus les mouvements sociaux actuels, c’est aps gagné…

Dans cette idée d’amélioration continue et sous la pression d’une frange de la population et des médias friands des polémiques nous devons, nous agriculteurs, évoluer. Nous devons le faire de plus en plus vite, à grande échelle, et tant pis si certains ne peuvent pas suivre ou si cela profite à des systèmes économiques beaucoup moins vertueux que le système familiale qui a pu faire la fierté du travail d’agriculteur à une époque. Il faut se réformer, alors réformons nous. Ou mourons.

Cela va faire une vingtaine d’année que j’ai commencé à travailler dans la viticulture, je ne suis pas propriétaire et ne le serai certainement jamais, mais je me considère comme quelqu’un de profondément conscient et impliqué dans le secteur économique que j’ai choisi pour gagner ma vie. J’ai donc ainsi pu voir évoluer notre métier et me rendre compte des changements profonds que nous avons pu mener sur la manière de conduire nos vignes. Cependant cette évolution non linéaire aujourd’hui d’ici peu ne nous permettra plus de cultiver la vigne en France si cela continue ainsi. A trop vouloir aller vite, à trop écouter d’où vient le vent sans chercher à comprendre les contraintes du terrain nous allons tous nous retrouver dans l’incapacité totale de produire du raisin. D’autres cultures seront par ailleurs très fortement impactées et elles aussi disparaîtront.

Remarque c’est peut-être le but, arrêter de produire des fruits et légumes en France pour mieux les acheter chez nos voisins qui eux continuerons à travailler comme avant ou de façon pire qu’avant.

L’évolution actuelle voudrait que le Bio ou la Biodynamie soient la solution. Pour en avoir souvent parlé ici il m’apparait claire que si ces modes de production restent aujourd’hui certainement ceux reconnus comme les moins polluants pour l’environnement ils ne sont pas adaptables partout permettant une vie économique autonome, et ne sont pas malgré tout dénués d’impacts pour l’environnement. Les cuivres ne sont pas neutres, certains insecticides non plus. La classification toxicologique de ces produits évolue les rendant eux-aussi de plus en plus difficiles à utiliser. C’est ce que montre la tendance actuelle de la réglementation. Ainsi l’IFV lors d’un colloque à Colmar a révélé les nouvelles tendances réglementaires à venir pour notre métier.

ICI

D’ici peu l’ensemble des cuivres utilisés pourraient passés à une ZNT de 50m. Une ZNT est une zone définie pour chaque produit phytosanitaire bio ou pas définissant le risque de pollution pour la zone humide proche de la zone traitée. Ainsi un produit classé ZNT 20m ne peut être utilisé à moins de 20m d’un fossé alimenté en permanence, d’une mare ou d’un ruisseau. Passer tous les cuivres à 50m c’est interdire à tout producteur en culture biologique de traiter des parcelles ayant des bouts de rangs à moins de 50m de ces zones…. Une allée faisant en moyenne 7 à 8m cela veut dire arracher la parcelle… Notre paysage viticole va profondément changer…

Deuxième évolution, le port d’EPI sera obligatoire pour toute personne étant amenée à travailler dans une parcelle qui aura reçu au moins une fois dans l’année une dose de cuivre… Les EPI sont les lunettes de protection, les gants étanches, les combinaisons déperlantes, les masques. Cette notion déjà en place pour bon nombre de produits de traitement, ne sert qu’à protéger les firmes de toute poursuite éventuelle car en effet elles sont totalement inapplicables à moins de vouloir faire tomber en syncope le personnel dans les vignes l’été. Un salarié ayant un problème identifié comme lié à l’un de ces produits devra alors se retourner contre son employeur et plus contre la firme qui a mis le produit sur le marché puisque c’est lui qui n’aura pas respecté les conditions d’utilisation du produit incriminé. Comment vouloir laver plus blanc que blanc…

Mais l’ultime évolution resterait celle de l’interdiction d’utilisation de tous les produits phytosanitaires, une fois de plus Bio ou pas, pendant la période de production d’exudats… C’est quoi cette période ? Tout simplement celle où nous pouvons observer des fleurs. Donc en période de floraison de la vigne, plus de traitement possible…

Déjà cela va être très compliqué, mais comme le but est de ne pas risquer de détruire les butineurs, cela va concerner l’ensemble des floraisons avoisinantes chaque fleur produisant des exudats…

Donc toutes les plantes qui fleurissent toute l’année…

Qu’on m’explique comment on fait ? Plus d’engrais vert montant à fleur, une tonte permanente détruisant tous les refuges possibles de la biodiversité locale dans la vigne et dans les allées serait-elle idéale désormais? Impossible de traiter, impossible de produire, impossible de récolter.

L’évolution sera donc forcément vers des produits non classés produits phytosanitaires mais plutôt engrais foliaires avec dedans du cuivre ou d’autres molécules soit disant fertilisantes mais ayant un effet anti fongique. Va-t-il falloir continuer à trouver des astuces pour contourner les lois et ainsi réussir à produire jouant sur les dates d’homologations ?

A vouloir trop bien faire on va vers le n’importe quoi et cela ne concerne pas que le modèle Bio cela serait beaucoup trop réducteur de dire cela, c’est l’ensemble des modèles de production qui sont épinglés.

Cela à un seul mérite celui de mettre à plat l’ensemble des possibles et enfin de prendre en compte des produits dont on a trop souvent dit qu’ils étaient parfaits alors qu’ils ne le sont pas. Tout produit est dangereux, tout produit a une toxicité plus ou moins connue, il y en a juste des moins mauvais que d’autres.

Il faut continuer d’abandonner les CMR et les perturbateurs endocriniens c’est certains et la réduction important de ces produits en 2017 montre que les choses évoluent dans le bon sens mais on ne peut pas partir dans des interdictions aussi totales.

Tout ceci n’est pas applicable à ce jour mais correspond aux tendances et aux réflexions actuelles des différents organismes d’état qui vont d’ici peu nous rendre leurs conclusions.

On me parle déjà d’une réglementation devant très stricte pour des Biostimulants les rendant difficiles à utiliser alors que ce sont les produits qu’on veut nous faire appliquer à la place des anciennes générations de produits phytosanitaires…

Tout le monde se rappelle des trois derniers millésimes que nous venons de traverser et des pertes colossales subies par certains vignobles, imaginez les sous ces restrictions…

Vous comprendrez alors que d’ici peu nous ne pourrons plus produire de vin en France…

Mais peut-être est-ce le but.

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