Le blog

de REIGNAC

Shares

Inch allah 2021!

10 mars 2021 | Par Nicolas Lesaint

20210210_183133

Déjà hier soir on le sentait, même dans l’après-midi on le percevait… Cette nuit c’était, ciel dégagé, rayonnement terrestre total, refroidissement immédiat de l’ambiance qui nous rappelle à tous des moments difficiles… D’autant plus que depuis ce week-end on peut le dire, la course est lancée… Les bourgeons gonflent et pas que sur les sols de Graves, les jeunes parcelles réagissent les premières mais les anciennes les suivent de près. Des bourgeons qui gonflent, du coton qui se laisse voir ici et là sur les bouts d’astes ou sur les cots… Plus que jamais, encore une fois cette année, le démarrage sera long… Du moins dans un certain sens… Attendre le moment où l’on saura que le risque de destruction sera passé… Alors ce matin de première véritable gelée, on y a tous pensé. Ceux qui ont la chance d’avoir des outils de protection ont dû regarder leurs stocks de bougies ou de gaz, d’autres ont dû contacter leur pilote d’hélicoptère attitré ou plus exactement salarié pour les plus grands, et puis les fameuses bottes de foin… Celles-là dont on sait bien que l’efficacité technique plus que douteuse permet au moins de se réconcilier un peu avec soi-même en se disant qu’on a tout essayé avec ses propres moyens. J’ai essayé en effet en 2018… Pas vraiment une grande réussite si ce n’est de voir une jolie fumée monter droit ou partir du mauvais côté de la parcelle… Arriveraient sur le marché des outils efficaces permettant de protéger de grandes surfaces… Peut-être des mégaphones pour mieux faire entendre nos prières à ceux d’en haut.

A quelle sauce va-t-on être mangés ? Rendez-vous fin avril je pourrai alors vous raconter cette histoire.

En attendant les sols durcissent, les terres clapent de cette pluviométrie tombée depuis octobre et déjà évaporée en surface. Les décas commencent à tourner et le pliage avance au rythme du carrassonnage. Faire synchroniser tout cela lorsque pour telles ou telles raisons vous n’êtes pas dans le bon timing relève parfois d’un Tetris grandeur nature. Réparer parfaitement le palissage sans y passer trop de temps, sans bloquer les plieurs qui arrivent derrière ni les épandages d’engrais organique ou les outils d’ouverture des sols sous et entre les rangs… Rajouter à cela une pincée de COVID, de cas contacts et d’isolements et vous verrez que l’intelligence humaine et le pragmatisme sont de mise pour réussir à conserver la face dans cette course de fond qui maintenant a définitivement débuté.

Parallèlement à cela la profession reste rythmée par les affaires ou les documentaires de plus en plus « saillants », où des Giboulots fictionnisés caricaturent notre profession sans aborder réellement le fond des sujets, présentant chaque cloché comme le bobo parisien souhait le voir et où des tata Suzette se veulent des portes drapeaux sur les plateaux de télévision en prime time…. Et puis il y a le procès des antis HVE condamnés à payer et à arrêter de commenter le jugement et à qui on donne des portes voix nationaux en toute impunité pour le faire quand même…. Sans compter ce fameux classement des grands crus de Saint Emilion qui tourne au ridicule encore une fois repoussé en septembre… Que de belles images pour notre métier, que de belles initiatives qui nous aident dans notre volonté d’expliquer sereinement et de redorer un blason que trop d’envieux ou d’ignares ont décidé de salir. J’ai arrêté de me lancer dans ces débats, ces personnes ont gagné, refusant l’écoute et l’explication, déformant les propos attirant vers des controverses qui n’ont pas lieu d’être pour au final avoir de toute manière un portevoix et une oreille conciliante de la part de médias ne faisant plus vraiment leur travail.

Que sera notre métier dans dix ans ? Certainement pas à l’image de n’importe quel modèle actuel qui de toute manière quel que soit son mode vertueux, ne le sera bientôt plus à l’échelle de ce temps-ci, car voyez-vous la machine règlementaire infernale lancée par cette exigence urbaine ne fera qu’emporter l’ensemble du système pour des raisons d’équité pénale et judiciaire et les produits vus comme soft aujourd’hui devront disparaître demain n’en déplaisent à ceux qui aujourd’hui crient à tout va qu’ils ont LE système le moins pire de tous. Il deviendra le pire demain rassurez-vous, sauf pour les autres pays du monde.

En attendant le mur le plus proche reste le gel et ses conséquences mais bientôt ce sera aussi le mildiou qui, il y a deux semaines, voyait un tiers de ses spores être déjà matures.

De quoi s’occuper et se faire encore quelques cheveux blancs pour ceux qui réussiront à surmonter cette crise économique COVID qu’ils traversent. 2020 s’est fait parce qu’il le fallait, la saison était lancée lorsque tous ces problèmes sont arrivés, la vigne n’attendait pas. Mais aujourd’hui, un an après, que va-t-il se passer pour ceux qui n’ont pas pu faire leurs salons habituels ou qui, trop habitués à vendre au négoce n’ont pas la moindre connaissance de leurs clients finaux ? Finis les vendeurs de vrac ? Au revoir les vignerons déjà au bord du gouffre ? J’ai mal par avance pour eux. Et en plus cette permanente culpabilisation que cette société nous renvoie.

Alors oui il faut s’isoler mentalement, continuer dans cette trace que l’on a commencé à faire depuis quinze ans en serrant les dents et en se disant que peut-être on y arrivera pas mais qu’on ne sera pas les premiers à lâcher, ça non, jamais.

J’espère que l’état, les banques, les syndicats, les acheteurs, les revendeurs et les amoureux du vins joueront tous le jeu car c’est bien en 2021 que beaucoup de choses vont se jouer. En commençant par la survie de tout un pan des propriétés viticoles de France.

Inch allah 2021

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :